Publié le 4 Sep 2014 - 20:22
3 QUESTIONS… À ALY TANDIAN (DIRECTEUR DU GERM & FAITS DE SOCIÉTÉS À L’UGB)

“Il faut savoir raison garder, il n’y a pas de chasse aux Sénégalais”

 

Un jeune compatriote a été tué au Maroc avant qu'un autre ne soit abattu par un policier en Côte d'Ivoire hier, ces assassinats constitueraient-ils la face visible de l'iceberg ?

Je pense qu’il ne faut pas s’enflammer et donner à ces évènements les proportions qu’ils n’ont pas. Il ne s’agit guère d’une chasse à l’homosenegalensis ou encore d’une impitoyable chasse aux Sénégalais comme certains le font savoir avec excès. Ce qui s’est passé au Maroc est un évènement à placer dans un contexte précis, à savoir, le prolongement d’une gestion sécuritaire de la migration. Pour rappel : durant plusieurs années, de nombreux jeunes subsahariens se sont engagés dans les migrations irrégulières qui ont pris rapidement des proportions importantes avec la simple volonté de se rendre en Europe pour se réaliser.

Nombreux ont été les ‘’cayucos’’ qui se sont échoués sur les côtes espagnoles. Ce qui a poussé le gouvernement espagnol à mettre sur pied le dispositif Frontex. Et  le 24 novembre 2007, le Sénégal et l'Espagne avaient annoncé la prolongation, jusqu'en juillet 2008, de ce dispositif sans réellement se pencher sur la situation qu’allait occasionner la migration de transit par voie terrestre à laquelle de nombreux jeunes subsahariens ne cessent de s’engager pour se rendre au Maroc ou en Lybie.

Aujourd’hui, il est quasi impossible pour les candidats à la migration de quitter les terres marocaines et se rendre en Europe. Avec un verrouillage accru des frontières européennes et la mise en œuvre de différents dispositifs de dissuasion de la migration de survie, de nombreux Sénégalais et subsahariens de manière générale sont obligés de s’activer sur place. Entre débrouilles et bricolages, ils résident, le plus souvent, avec de faibles moyens matériels dans la rue, dans des cimetières, dans les forêts ou dans des quartiers populaires comme à Boukhalef où il y a eu récemment le meurtre d’un Sénégalais. Si pour certains, cet événement est l’indicateur pertinent d'un racisme affirmé, pour d’autres, c’est un cas qui confirme cette peur qui commence à envahir tout le nord du Maroc, notamment à Nador et Tanger, les deux points de chute des candidats à l'immigration vers l'Europe.

Pour ce qui s’est passé en Côte d'Ivoire, j’ignore encore les raisons qui ont occasionné la mort du Sénégalais.

Pour certains, la vie de nos compatriotes est en danger aussi bien en Europe, en Afrique qu’en Asie, ou ailleurs dans le monde, que répondez-vous?

Je ne suis pas du tout d’accord avec ces esprits forts alarmistes ! Ils sont nombreux ces Sénégalais qui s’activent en toute quiétude dans divers domaines et parfois même avec des responsabilités aiguës en Europe, en Afrique, en Asie, ou ailleurs dans le monde. Il ne faut pas prendre des cas isolés et en faire des principes généraux.

Nos compatriotes  prêtent-ils  souvent le flanc à l'étranger ou devrait-on placer cette série de meurtres sur le compte de la xénophobie et de la montée de l'extrême droite ?

Non ils ne prêtent pas le flanc. Pourquoi et comment nos compatriotes le feraient-ils ? En revanche, je ne saurais de manière globale parler de la xénophobie ou de la montée de l'extrême droite même s’il faut noter que dans certains pays, des propos racistes ou offensants sont évoqués pour désigner l’autre, le Sénégalais ou l’étranger tout simplement. Des expériences en rapport avec la peur de l’inconnu, de la différence d’identité ou de l'origine géographique, de l’ethnie, de la couleur de la peau ou du faciès, etc., tout migrant peut en citer des cas personnels.

Matel BOCOUM

 

 

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