Publié le 14 Jan 2026 - 17:45
AFFAIRE FARBA NGOM

Yassine Fall dévoile de “graves dérives”

 

« Des agissements d’une extrême gravité », appelant des poursuites judiciaires renforcées. C’est ce qui a été découvert suite à des investigations menées sur les conditions d’incarcération de Mouhamadou Ngom, dit Farba, actuellement sous mandat de dépôt. En conférence de presse hier, le ministre de la Justice, Yassine Fall.

 

« Il est de mon devoir d'informer l'opinion publique lorsque des faits surviennent en milieu carcéral et sont susceptibles de porter atteinte à l'intégrité de la Justice et à l'ordre public », a déclaré, hier en conférence de presse, le ministre de la Justice, Garde des Sceaux, Yassine Fall. Le 7 janvier 2026, le juge d'instruction a accordé une liberté provisoire assortie d’un placement sous contrôle judiciaire à Farba Ngom et Tahirou Sarr, deux personnalités proches de l’ancien régime. Alors que le dernier nommé est rentré chez lui, un recours a été introduit par le parquet financier contre M. Ngom, qui reste en prison. Or, lui et Tahirou Sarr sont poursuivis pour les mêmes faits, selon ses avocats qui parlent d’un acharnement contre ce bras droit de l’ancien président Macky Sall. Mais face à la presse hier, la ministre de la Justice a donné des explications sur cette affaire. Yassine Fall renseigne que des investigations « approfondies », qui ont commencé depuis deux semaines, menées sur les conditions d'incarcération de Mohamed Farba Ngom, actuellement sous mandat de dépôt, ont permis de « mettre au jour des agissements d'une extrême gravité appelant à des poursuites judiciaires renforcées ».

Les constats en milieu carcéral

« Lors de la fouille effectuée le 29 décembre 2025 dans sa cellule du pavillon spécial, le détenu Farba Ngom a été trouvé porteur de deux téléphones portables qu'il détenait furtivement et en violation manifeste de la loi n° 87-15 du règlement intérieur des établissements pénitentiaires », a réagi Yassine Fall. Elle déclare que ces appareils ont été utilisés pour des communications structurées et transfrontalières (Maroc, Mali, Autriche, Bangladesh, États-Unis). Ils ont aussi été utilisés pour des opérations financières nationales et internationales et le suivi de chantiers en construction, selon la ministre. Yassine Fall soutient que des échanges répétés avec plusieurs personnalités ont été identifiés : il y a des acteurs politiques : 65 interactions avec un acteur politique en liberté provisoire et 400 échanges d’appels et de messages WhatsApp avec un autre homme politique ; ses avocats, dont trois anciens ministres, avec 259 minutes de communication avec l’une d’entre eux.

Yassine Fall relève que le détenu Farba Ngom a aussi échangé, à travers les appareils trouvés sur lui, avec des journalistes et des hommes des médias. Il s’agit de 275 interactions téléphoniques et messages avec une journaliste patronne de presse bien connue ; 60 interactions avec un journaliste de presse en ligne ; 158 échanges avec le directeur de publication du journal d’un groupe de presse bien connu.

Ces appareils ont aussi été utilisés pour la réception et la diffusion de procès-verbaux judiciaires confidentiels d'un co-détenu sur deux dossiers. En outre, d'après la ministre, ces téléphones ont été aussi utilisés pour « la réception et le partage de contenus à caractère pornographique », y compris un partage avec un de ses avocats. À l’en croire, il y a eu des échanges relatifs à des « manœuvres et complots à caractère politique susceptibles de troubler l'ordre public ». Sur les faits impliquant les avocats, Yassine Fall annonce que le bâtonnier sera saisi. Concernant l'état de santé de Farba Ngom, beaucoup avaient parlé d'une incompatibilité sanitaire avec la détention. Mais selon le ministre de la Justice, les éléments « objectifs » relèvent une activité soutenue et constante, incluant des communications multiples, la coordination de flux financiers et des stratégies diverses. « Toute évaluation médicale relève exclusivement des autorités sanitaires compétentes et ne saurait faire obstacle à l'application de la loi », a indiqué Yassine Fall.

Par rapport à la portée juridique de ces faits, Mme la ministre soutient qu’ils sont susceptibles de qualifications pénales multiples. Elle a annoncé l’ouverture d’enquêtes approfondies. Elle a appelé à la vigilance. « L’État du Sénégal réaffirme sa tolérance zéro face à la criminalité organisée, aux violations des règles carcérales et à toute tentative d’instrumentalisation politique de faits judiciaires graves. La justice poursuivra son action avec fermeté, dans le strict respect de la loi et des droits, afin de préserver l’autorité de l’État et la confiance des citoyens », a-t-elle soutenu. Par rapport à la situation judiciaire de Farba Ngom, il est poursuivi dans le cadre de deux procédures distinctes pour des faits d'ampleur transnationale, notamment l'association de malfaiteurs, blanchiment de capitaux, escroquerie sur deniers publics, portant sur des montants estimés à 31 milliards 885 millions 944 mille 444 FCFA et 91 milliards 686 millions 628 mille 50 FCFA, complicité d’abus de biens sociaux.

AFFAIRE FARBA NGOM

L'APR dénonce une hérésie juridique

Dans son siège, ce mardi, l'Alliance pour la République est revenue sur ce retournement de situation dans l'affaire Farba Ngom. L'ancien régime estime que d'aucuns usent de la justice pour éliminer de l'opposant.

Mamadou Diop

Comme il fallait s'y attendre, l'Alliance pour la République a commenté ce nouvel épisode dans l'affaire Farba Ngom. L’APR est dans l'incompréhension et parle dès lors d’« hérésie juridique » dans la mesure où le principal concerné a recouvré sa liberté, tandis que son présumé complice reste en prison. Dans l'entendement de cette frange de l'opposition, c'est tout simplement la volonté du chef du gouvernement lui-même qui a été satisfaite par une justice à sa solde.

« L'annonce de la libération de Farba Ngom et de Tahirou Sarr dans la journée du 12 janvier 2026 a été accueillie positivement par l'ensemble des populations du Sénégal. Mais cette joie fut de courte durée du fait d'un appel, contre toute attente, du procureur du parquet financier du Premier ministre Ousmane Sonko », commente le porte-parole du jour, Seydou Gueye. Celui-ci en rajoute une couche, estimant que le PM ne poursuit que son dessein de « ridiculiser la justice en demandant, après un rabat d'arrêt, la réouverture de son procès pour sa candidature hypothétique en 2029. Cette décision de justice d'hier est un scandale jamais vécu dans l'histoire de notre pays ».

Les apéristes se disent tout de même confortés dans leur position de départ. En effet, Seydou Gueye et ses camarades ont toujours soutenu que cette affaire Farba Ngom reste un acharnement envers un personnage politique qui pèse lourd dans le nord du pays. « Cette opposition à la libération de l'honorable député-maire des Agnam, Mouhamadou Ngom dit Farba, traduit un acharnement contre un homme qu'ils ne prennent plus comme un adversaire politique, mais plutôt comme un ennemi à abattre.

Cette décision de maintenir le député Farba Ngom en prison nous conforte dans notre position que ce dossier est purement politique », nous fait savoir M. Gueye. Enfin, les Républicains ont voulu mettre les citoyens devant le fait accompli dans cette histoire qui concerne le maire des Agnam. « Les Sénégalaises et les Sénégalais et tous les citoyens épris de justice ont fini par être convaincus de l'acharnement et de la volonté de musèlement pour casser de l'opposant ».

Au-delà de Farba Ngom, l'ancien porte-parole du gouvernement sous le régime du président Macky Sall estime que c'est toute la justice sénégalaise qui en prend un sacré coup. Argumentant davantage, il prévient contre des conséquences pouvant être encore beaucoup plus fâcheuses. « Cet acte posé par le procureur du parquet financier après l'ordonnance de libération provisoire accordée par le juge d'instruction fragilise l'État de droit et sonne le glas de la crédibilité de l'institution judiciaire, qui est le dernier rempart pour garantir notre commun vouloir de vie commune ».

L'Alliance pour la République et ses alliés, fidèles à leur posture de « défense de la République et de l'État de droit », entendent cependant faire face au « régime totalitaire de Pastef ». Pour l'APR, cette lutte s'amorce d'abord par avoir une pensée à l'endroit de celles et ceux qui ont goûté à la déferlante judiciaire. « Notre parti exprime son soutien total aux camarades de parti et aux citoyens sénégalais injustement privés de liberté, comme : Pape Malick Ndour, Lat Diop, Ismaël Madior Fall, Mamina Daffé, Moustapha Diop, Aïssatou Sophie Gladima Siby, Jérôme Bandiaky, Ndeye Saly Diop, Soya Diagne, Maodo Malick Mbaye, Madiambal Diagne », a énuméré Seydou Gueye. Pour tirer d'affaire tout ce beau monde, l'Alliance pour la République, de connivence avec toute l'opposition, va mettre en place une approche bien ourdie.

« À cet effet, un plan d'action sera mis en œuvre pour la restauration de l'État de droit et la défense de la République auprès de la société civile, des autorités religieuses, des représentations diplomatiques et de toutes les forces citoyennes organisées. La date d'une grande marche nationale vous sera incessamment communiquée », annonce Seydou Gueye.

Pour rappel, incarcéré depuis près d’un an, Farba Ngom a été mis en examen en février 2025 pour plusieurs infractions, dont « association de malfaiteurs en vue de blanchiment », « blanchiment » ou encore « escroquerie portant sur les deniers publics ».

Les ennuis judiciaires du maire des Agnam, l’un des fiefs de Macky Sall, ont commencé après un signalement de la Cellule nationale de traitement des informations financières (Centif) pour « activités suspectes de blanchiment de capitaux ». Le préjudice est évalué à plus de 120 milliards de F CFA (183 millions d’euros). Mais ce lundi, contrairement à Farba Ngom, Tahirou Sarr a recouvré la liberté ce 12 janvier. Il bénéficiait lui aussi d’une ordonnance de libération provisoire sous contrôle judiciaire et, dans son cas, le parquet financier n’a pas fait appel, alors même qu’il est considéré par l’accusation comme l’auteur principal et Farba Ngom comme son complice.

 

BABACAR SY SEYE

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