Le taux de couverture encore faible
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Il est difficile aujourd’hui pour certains travailleurs de bénéficier d’une assurance maladie obligatoire. La faiblesse du taux de couverture pousse l’Icamo à mettre en place un programme de lutte contre l’invasion sociale.
L’obtention d’une assurance maladie obligatoire est quasiment difficile voire impossible pour beaucoup de travailleurs. Pourtant, la création d’une institution de prévoyance maladies (IPM) d’entreprise ou l’affiliation interentreprises est une obligation qui pèse sur l’employeur, au même titre que l’obligation d’affiliation à la Caisse de sécurité sociale et à l’IPRES. Au Sénégal, malgré les efforts faits dans ce sens, le taux de couverture est toujours faible. Alors le ministère en charge du travail a mis en œuvre une réforme du système qui a permis d’améliorer considérablement le cadre juridique, la coordination et la gouvernance des institutions de prévoyance maladie.
A sa suite, l’Institution de coordination de l’assurance maladie obligatoire (Icamo) a pris des initiatives et mis en œuvre des projets contribuant aux efforts d’amélioration de l’efficacité et de l’efficience du système. La finalité de tous ces efforts, explique la Directrice de l’Icamo, Marie Rosalie Ngom, est l’atteinte d’un taux de couverture satisfaisant, en vue d’une contribution significative aux objectifs nationaux. Ce, pour une matérialisation d’une couverture maladie universelle dans le monde du travail. Elle présidait, hier, un atelier de formation au profit de l’association des journalistes en santé, population et développement sur l’assurance maladie obligatoire.
A son avis, l’objectif est que tous les travailleurs aient accès aux soins de santé essentiels sans barrière financière et géographique. Mais, regrette-t-elle, malgré les efforts déployés et les résultats enregistrés, le taux de couverture de l’Assurance maladie obligatoire comparée à sa cible, aux ambitions et aux atteintes des acteurs, reste encore faible.
Cette situation, souligne Mme Ngom, pourrait s’expliquer par l’absence d’une intervention ciblée et coordonnée pour informer, sensibiliser, contrôler et accompagner les cibles quant au respect de cette obligation. ‘’C’est à cela que l’Icamo veut s’exercer, aujourd’hui. Cela, à travers la mise en œuvre d’un programme de lutte contre l’invasion sociale dans le domaine de l’assurance maladie obligatoire’’, soutient-elle.
Si ce programme doit se faire, c’est avec la réussite des stratégies mises en place par l’Agence de la couverture maladie universelle (CMU). D’ailleurs, le chargé de la restructuration des mutuelles de la Santé à la direction des opérations de la CMU souligne qu’on est en 2021, date fixée pour atteindre 75 % de couverture du risque maladie de base, mais l’échéance c’est en décembre 2021. ‘’Pour tous les régimes confondus, nous nous battons aujourd’hui, pour atteindre ces 75 %. Nous sommes sur la bonne voie’’, rassure Amadou Ndiaye Sow.
Selon lui, il y a aujourd’hui 676 mutuelles de santé dont 655 fonctionnelles et 631 agréées, 43 unions départementales de mutuelles de santé fonctionnelles. Il y a également 3 millions 573 mille 975 personnes couvertes par les mutuelles de santé communautaires. ‘’ Elles sont ainsi réparties : un million 246 mille, 233 bénéficiaires classiques, 337 mille 214 élèves, 4 347 talibés, 33 941 enfants de moins de 5 ans enrôlés dans les mutuelles de santé et 18 057 indigents et autres pris en charge par les collectivités territoriales, mécènes, etc.
‘’Pour les initiatives de gratuité, la prise en charge des enfants de moins de 0 à 5 ans est de 13 millions 113 mille 270 cas. Pour la gratuité de la césarienne, nous sommes à 71 902 bénéficiaires. Le Plan Sésame, notamment la gratuité des soins pour les personnes âgées de 60 ans et plus, concerne 425 933 personnes. Grace à la gratuité de l’hémodialyse, 996 personnes sont maintenues en vie’’, partage Mamadou Ndiaye Sow.
S’agissant de la dette des hôpitaux, il précise qu’avec les Fonds de force Covid-19, la CMU dispose d’une enveloppe de 15 milliards de F CFA qui lui a permis d’éponger ses dettes jusqu’au 31 décembre 2019. Ce qui fait qu’il y a eu des conventions d’épuration qui ont été signées avec l’ensemble des structures sanitaires, les Etablissements de santé publique (EPS) ou les régions médicales. Ce qui a fait qu’ils ont pu éponger cette dette. ‘’Mais, vous savez que ce sont des prestataires et des dettes qui se reconstruisent au fur et à mesure qu’on offre les soins. Nous sommes en train aujourd’hui aussi de réfléchir sur une portabilité nationale pour que les gens puissent se soigner, quelle que soit la localité où ils se trouvent’’, fait-il savoir.
VIVIANE DIATTA