Publié le 17 Oct 2026 - 00:23
CÉRÉMONIE D’OUVERTURE FILDAK 2026

 Le livre au cœur de la mémoire africaine

 

Ouverte ce jeudi 15 octobre au CICES par le Premier ministre Ahmadou Alhaminou Mouhamed Lô, la 18e Foire internationale du livre et du matériel didactique de Dakar place les bibliothèques et la transmission des savoirs au centre des débats. Hommage à Cheikh Hamidou Kane, plaidoyer pour une Bibliothèque nationale et coopération culturelle avec l’Égypte ont marqué la cérémonie.

 

La 18e édition de la Foire internationale du livre et du matériel didactique de Dakar (FILDAK) a été officiellement ouverte ce jeudi 15 octobre au Centre international du commerce extérieur du Sénégal (CICES), sous la présidence du Premier ministre Ahmadou Alhaminou Mouhamed Lô, représentant le chef de l’État, Bassirou Diomaye Diakhar Faye. Placée sous le thème « Bibliothèque, Transmission, Souveraineté », cette édition met en lumière les enjeux de conservation du patrimoine, d’accès à la lecture et de valorisation des savoirs africains.

La cérémonie d’ouverture a été marquée par la leçon inaugurale du professeur Ibrahima Wane, spécialiste de littérature africaine à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, ainsi que par l’intervention du vice-ministre égyptien de la Culture, Omar Selim, représentant le pays invité d’honneur.

Cheikh Hamidou Kane, une pensée qui demeure

L’ouverture de la foire s’est déroulée dans le deuil, après la disparition, le 3 octobre dernier, de l’écrivain Cheikh Hamidou Kane, auteur de L’Aventure ambiguë et des Gardiens du temple, décédé à l’âge de 98 ans. Le Premier ministre a présenté les condoléances du président de la République, du gouvernement et de la nation à sa famille. Il a salué l’œuvre d’un intellectuel qui a permis à plusieurs générations d’Africains de réfléchir aux rapports entre identité, tradition et modernité. À travers le personnage de Samba Diallo, L’Aventure ambiguë pose une interrogation toujours actuelle, particulièrement à l’heure du numérique et de l’intelligence artificielle : comment s’ouvrir au monde sans renoncer à ses propres références ?

Le chef du gouvernement a également rendu hommage à Cheikh Anta Diop, disparu il y a quarante ans. Il a rappelé le rôle de cet éminent chercheur dans la réhabilitation de l’histoire africaine, notamment à travers Nations nègres et culture, publié en 1954. L’évocation de Cheikh Anta Diop a pris une résonance particulière avec la présence de l’Égypte comme invitée d’honneur. Le Premier ministre a aussi rappelé le premier Congrès international des écrivains et artistes noirs, organisé en 1956 à l’initiative d’Alioune Diop et de la revue Présence Africaine, qui a contribué à affirmer le droit des peuples africains à penser et à créer selon leurs propres références.

Ibrahima Wane plaide pour des bibliothèques accessibles

Dans sa leçon inaugurale, le professeur Ibrahima Wane a retracé l’histoire des bibliothèques africaines et rappelé leur rôle dans la production et la transmission des connaissances. De Tombouctou à Pir Saniakhor, il a mis en lumière des traditions savantes anciennes, souvent méconnues, qui témoignent de la richesse intellectuelle du continent. Il a également évoqué les pertes subies pendant la période coloniale, notamment la destruction de collections à Pir Gou Rey en 1869 et le transfert en France d’une partie de la bibliothèque d’El Hadj Oumar Tall après la prise de Ségou en 1890. Selon les données citées par l’universitaire, 518 volumes de cette collection sont aujourd’hui conservés à la Bibliothèque nationale de France.

Au Sénégal, le professeur a rappelé les avancées institutionnelles engagées depuis l’indépendance, en particulier l’adoption de la loi n° 76-29 du 9 avril 1976 relative aux bibliothèques, qui reconnaît celles-ci comme dépositaires du patrimoine culturel national. Mais le réseau actuel demeure confronté à des difficultés : insuffisance des infrastructures, manque de moyens et accès inégal aux ouvrages. Ibrahima Wane a plaidé pour le développement des bibliothèques scolaires et publiques, ainsi que pour le renforcement des centres de lecture et d’animation culturelle (CLAC), notamment dans les zones rurales et périurbaines.

Il a surtout appelé à faire avancer le projet de la Bibliothèque nationale du Sénégal, dont la création a été consacrée par la loi n° 2002-17 du 15 avril 2002. Cette institution permettrait de centraliser la production intellectuelle nationale, de faciliter la recherche et d’établir une bibliographie nationale. Le professeur a insisté également sur la nécessité de préserver les œuvres en langues africaines et le patrimoine oral, à travers la collecte et la conservation de documents sonores et audiovisuels. Le numérique, a-t-il souligné, peut contribuer à rendre ces ressources plus accessibles aux chercheurs, aux étudiants et au grand public.

Les NEAS, un patrimoine à relancer

Le Premier ministre a, pour sa part, souligné l’importance des Nouvelles Éditions africaines du Sénégal (NEAS), créées en 1972 pour soutenir le développement de l’édition africaine. La maison a contribué à la diffusion d’œuvres majeures, dont Une si longue lettre de Mariama Bâ, ainsi qu’à la production de manuels scolaires.

Ahmadou Alhaminou Mouhamed Lô a appelé à redonner aux NEAS le rayonnement qu’elles méritent, au service des auteurs, des lecteurs et du système éducatif. Cette ambition met en évidence un enjeu essentiel : renforcer toute la chaîne du livre, de la publication à la distribution, afin de faciliter l’accès aux œuvres et de soutenir la création nationale.

L’Égypte, invitée d’honneur, mise sur le dialogue culturel

Prenant la parole au nom des autorités égyptiennes, le vice-ministre de la Culture, Omar Selim, a salué l’accueil réservé à sa délégation et exprimé la fierté de son pays d’être l’invité d’honneur de cette édition. Il a également relevé les similitudes entre certaines expressions musicales et théâtrales sénégalaises et égyptiennes. Le responsable a rappelé les liens diplomatiques établis entre les deux pays en 1960, ainsi que l’héritage de Gamal Abdel Nasser et de Léopold Sédar Senghor, deux figures associées à l’émancipation des peuples et au dialogue entre les cultures. Il a notamment cité l’Université Senghor d’Alexandrie comme un exemple de coopération dans la formation et le partage des connaissances.

La participation égyptienne à la FILDAK prévoit également des rencontres sur la littérature et l’édition, les relations culturelles entre l’Égypte et l’Afrique, l’économie créative et le patrimoine populaire. Des spectacles de musique et d’arts traditionnels doivent compléter cette programmation. À l’endroit des élèves, des étudiants et de l’ensemble des citoyens, le Premier ministre a lancé un appel à fréquenter massivement la foire, à découvrir les auteurs et à faire du livre un compagnon de formation et d’épanouissement.

À quelques semaines des Jeux olympiques de la jeunesse Dakar 2026, il a également souligné les valeurs communes au sport et à la culture : la rencontre, le respect, le partage et l’humanisme. En déclarant officiellement ouverte cette 18e édition, Ahmadou Alhaminou Mouhamed Lô a ainsi placé le livre au cœur des priorités éducatives et culturelles. Les défis restent importants : développer les bibliothèques, renforcer l’édition locale, préserver les langues africaines et faciliter l’accès aux connaissances.

Au CICES, la cérémonie a rappelé qu’une politique ambitieuse du livre ne se limite pas à la conservation des ouvrages. Elle consiste aussi à faire vivre les œuvres, à former des lecteurs et à transmettre aux générations futures une mémoire plurielle, accessible et vivante.

FATOU BA

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