Le travail de soins non rémunéré au cœur de l’agenda politique africain

Reconnaître enfin la valeur économique du travail de soins non rémunéré et en faire un axe des politiques publiques. C'est le principal message porté par les participants à la 4e Conférence NTA Africa, qui s'est achevée à Saly par l'adoption de la Déclaration de Saly et d'une feuille de route destinée aux États africains.
C’est sur un appel à « transformer la charge invisible en levier de justice sociale » que s’est achevée, ce jeudi, la 4e édition de la Conférence NTA Africa, tenue durant trois jours à Saly. Chercheurs, parlementaires, gouvernements, société civile et partenaires techniques de plusieurs pays africains ont planché sur l’économie générationnelle et la place du travail domestique et de soins non rémunéré (TDNR) dans les politiques publiques.
Dans son mot de clôture, le Secrétariat technique régional (STR) du CREG a rappelé l’ampleur des échanges : cinq sessions plénières, sept sessions ordinaires, quatre doctorales et deux séminaires scientifiques. « Tout le monde a été à l’œuvre pour que les avancées de la connaissance et de la pratique soient connues et partagées », a souligné le STR.
Plusieurs résolutions ont été adoptées. La Conférence encourage notamment le CREG à poursuivre son appui aux États africains sur le dividende démographique, à renforcer le multilinguisme dans la famille NTA, à former les parlementaires au vote de budgets sensibles au genre et à impliquer davantage la société civile, « en position idoine pour poser les problèmes ».
Temps fort de la clôture, la « Déclaration de Saly », portée par les organisations de la société civile africaine. Le texte qualifie le travail domestique et de soins non rémunéré de « pilier invisible qui soutient la force de travail globale et l’économie de tous les États ». Or, rappelle la déclaration, ce travail reste « largement exclu du calcul traditionnel du PIB et ignoré par les politiques macroéconomiques ». Les OSC appellent à un changement de paradigme. Aux gouvernements, elles demandent d’intégrer les TDNR dans les systèmes de comptabilité nationale, de renforcer la protection sociale et l’assurance-maladie pour les femmes et d’adopter des lois tenant compte de ces enjeux. Aux parlementaires : voter des budgets sensibles au genre et au dividende démographique, et légiférer pour intégrer les TDNR dans le PIB. Aux partenaires techniques et financiers : soutenir la collecte de données probantes et accompagner la vulgarisation des lois.
« Des communications d’une exceptionnelle densité »
Pour Amadou Diaw, secrétaire général du CREG, ces trois jours ont permis « d’aller à des commentaires extrêmement pertinents » et de « tirer d’utiles enseignements » sur l’économie générationnelle et l’économie des soins. Même constat du côté de l’État sénégalais. Représentant la ministre de la Famille, de l’Action sociale et de la Solidarité, Mme Marie-Angélique Mame Selbé Diouf, la directrice de l’Équité et de l’Égalité de genre, Aïssatou Guèye Diouf, a salué « des échanges d’une très grande qualité ».
Elle a insisté : « L’économie des soins n’est pas un secteur périphérique. Elle constitue un véritable pilier de la production de richesses, de la cohésion sociale et du développement durable. » La conférence aura surtout acté un message : la recherche africaine existe, produit et doit éclairer la décision publique. « Les données probantes ne doivent plus rester dans les laboratoires. Elles doivent orienter les investissements, guider les réformes », a martelé Aïssatou Guèye Diouf. Elle cite comme avancées les expériences pilotes de budgétisation sensible au dividende démographique menées dans certains pays.
Au-delà des recommandations, Saly laisse « un héritage plus précieux encore : celui d’une communauté africaine de savoir, d’engagement et d’actions innovantes », a conclu la représentante du Sénégal. Le défi, désormais : « transformer les résultats de ces recherches en actions concrètes » et faire de l’économie générationnelle et de l’économie des soins « des composantes essentielles de nos stratégies nationales de développement ». Le Sénégal, pays hôte, a réaffirmé sa disponibilité à poursuivre la coopération scientifique et le dialogue politique.
Les participants, eux, repartent avec une feuille de route claire : mettre la « charge invisible » des femmes au centre des comptes nationaux, des lois et des budgets. Le prochain rendez-vous de NTA Africa est attendu pour mesurer les avancées.
PAPE MBAR FAYE






