Mister Gass lance un cri d’alerte

À travers son nouveau single « Réseaux sociaux », le reggaeman sénégalais interpelle sur les dérives du numérique tout en rappelant le potentiel éducatif de ces plateformes.
Au Just For You, ce jeudi 10 septembre, la musique s’est invitée dans un débat de société. À l’occasion de la sortie de son nouveau single, « Réseaux sociaux », le reggaeman sénégalais Ibrahima Gassama, connu sous le nom de Mister Gass, a réuni autour de lui sociologue, psychologue, religieux et acteurs de la culture pour interroger la place qu’occupent désormais les plateformes numériques dans les vies. La rencontre, suivie d’un showcase, a surtout permis de poser une question simple : que faisons-nous de ces outils qui ont profondément changé nos manières de communiquer, de nous informer et de nous exposer ?
Pour Mister Gass, le déclic est venu de TikTok. En parcourant des contenus africains, l’artiste dit avoir été frappé par la multiplication de publications qu’il considère comme peu éducatives ou peu constructives. Une observation qui s’est transformée en mélodie. « Réseaux sociaux, réseaux sociaux », chante-t-il d’abord. Puis les couplets sont venus donner corps à l’idée. Le morceau a mûri pendant près de six mois, entre son studio personnel et celui du reggaeman Charles Sou. Mais derrière la chanson, il y a surtout une inquiétude : celle de voir les plateformes devenir des espaces de conflits, d’insultes, d’exhibition et de règlements de comptes publics.
Mister Gass ne fait pourtant pas le procès des réseaux sociaux. Il en reconnaît au contraire les possibilités. Pour lui, ces plateformes peuvent servir à apprendre, s’informer, découvrir, partager et s’ouvrir au monde. « Les réseaux sociaux constituent une université monumentale », estime-t-il. Le problème serait donc moins l’outil que l’usage qui en est fait. L’artiste s’interroge particulièrement sur l’impact de cette exposition permanente sur les enfants et les jeunes. Le téléphone portable, devenu omniprésent, peut-il finir par dicter les comportements et absorber une part excessive du temps quotidien ? La question dépasse, selon lui, la seule responsabilité des utilisateurs. Familles, spécialistes du numérique, éducateurs et pouvoirs publics doivent prendre part à la réflexion. Mister GASS plaide notamment pour une meilleure régulation des contenus et pour une réflexion à l’échelle africaine sur les pratiques numériques.
Plusieurs regards sur un même phénomène
La conférence de presse a justement été pensée comme un espace de discussion. Le sociologue Djiby Diakhaté, le psychologue Moussa Ka, le père Stéphane, un imam ainsi que Grand Amara ont apporté des éclairages différents sur les conséquences sociales, psychologiques et spirituelles de l’omniprésence des réseaux sociaux. Une manière pour l’artiste de sortir du seul registre musical et de faire de son single le point de départ d’une réflexion plus large. Cette démarche correspond à la conception que Mister GASS se fait de la musique. Après un premier album sorti en 2014, puis un second dix ans plus tard, le reggaeman revendique une musique tournée vers la transmission et la sensibilisation. « Je n’ai pas choisi la musique. Dieu a mis la musique en moi », affirme-t-il. Pour lui, une chanson peut divertir, mais elle peut aussi questionner, provoquer une prise de conscience et participer au débat public.
Le showcase est venu donner une autre dimension au projet. Après les échanges, Mister Gass a retrouvé la scène pour interpréter son nouveau single et partager ce message avec le public. Avec « Réseaux sociaux », l’artiste transforme ainsi une préoccupation très contemporaine en matière musicale. Il ne s’agit ni de rejeter le numérique ni de nier ses apports, mais d’interroger notre rapport à ces nouveaux espaces de vie. Entre les dérives qu’il dénonce et les opportunités qu’il reconnaît, Mister Gass lance finalement un appel à la responsabilité. Ne pas subir les réseaux sociaux, mais apprendre à les utiliser. Et surtout, ne jamais oublier que l’outil doit rester au service de l’homme, et non l’inverse.
Fatou Ba






