Une longue histoire avec des hauts et des bas

Adversaire coriace de Kosmos dans l'affaire Petrotim, souvent cité en référence dans ce dossier qui avait secoué le pays, l'ex-DG de Petrosen, Alioune Gueye, revient au-devant de l'actualité. Cette fois, il est le meilleur défenseur de la compagnie face à l'État qui lui réclame le paiement de pénalités pour des manquements à ses engagements.
Il s'était révélé au public sénégalais par le scandale, il réapparaît au public par le scandale. C'était en 2016, en pleine tempête Petrotim, Frank Timis et Alioune Sall. Expert-comptable de profession, Alioune Gueye, établi aux États-Unis, était un des collaborateurs privilégiés d'Ousmane Sonko sur le sujet. Son nom revient d'ailleurs au moins à trois reprises dans le livre « Pétrole et gaz au Sénégal : chronique d'une spoliation », publié aux éditions Fauves en 2017, en France.
À la page 164 du livre, Ousmane Sonko attribue à Alioune Gueye la définition qu'il retient du terme « FARM OUT AGREEMENT », qui liait Kosmos à Petrotim, et qui est pratiquement le socle de son accusation. « C'est un accord où le propriétaire d'un intérêt participatif assigne à une autre partie une portion de son intérêt dans un bloc, en contrepartie de cash ou de la prise en charge par l'acheteur d'une portion des coûts d'exploration d'un ou d'autres puits plus spécifiques, et/ou d'autres travaux comme conditions de l'assignation. »
A l'époque déjà, Gueye et Sonko faisaient cause commune contre Macky Sall dans le dossier impliquant Petrotim et Kosmos. L'histoire avait d'ailleurs été remise sur la table au lendemain de la nomination de l'expert-comptable à la tête de Petrosen Holding SA. Ex-militant de Pastef, Burhan Dia alertait sur sa page Facebook les autorités sur d'éventuels risques dans les relations entre les deux « ex-ennemis » : Kosmos et Alioune Gueye. Pour lui, il est risqué de confier Petrosen à quelqu'un qui peut avoir des difficultés à assumer toute son autorité devant une compagnie américaine.
Les alertes
« Il est éthiquement et professionnellement grave qu'ils (les dirigeants des multinationales) aient pour vis-à-vis quelqu'un sur qui ils ont un ascendant psychologique et dont ils savent un grave accident de parcours déontologique. Petrosen étant l'interface du Sénégal à travers ses 10 %. C'est la face et la réputation du Sénégal qui sont en jeu », avait-il averti dès l'annonce de la nomination, dans une tribune reprise par EMEDIA.
Monsieur Dia était même assez élogieux envers Gueye pour qui il dit avoir un grand respect. Cette sortie, assurait-il, n'avait rien de politique ou de partisan. « Connaissant Monsieur A. G., je lui souhaite même un département ministériel. Mais la direction de Petrosen n'est pas sa place. À travers sa personne, c'est tout le Sénégal qui s'expose au risque. Car rien n'interdit à Kosmos d'agiter le passé pour exercer une pression sur lui », prévenait-il, invitant les autorités à « mettre à l'abri » ce crack de la diaspora, qu'il décrivait comme excellent expert-comptable, « un homme affable, courtois et foncièrement patriote ».
En fait, à la suite de ces accusations de 2016, Kosmos avait activé ses avocats au Texas et une menace sérieuse pesait sur le compatriote. « ... Inutile d'entrer dans les détails, car mon objectif n'est pas de salir. Monsieur A. G. fut contraint de refaire un autre article pour revenir sur ses accusations, sous peine de graves conséquences (judiciaires) », rappelait Monsieur Dia cité par EMEDIA. Lui-même avait travaillé sur le dossier Kosmos avec Gueye, mais avait pris le soin de ne pas faire des interprétations hâtives, car les règles de la SEC (Securities Exchange Commission) étaient strictes et lui-même était sous le contrôle de la SEC via la Finra (Autorité de régulation des intervenants du marché).
« Les règles de Wall Street sont des plus contraignantes avec fenêtre directement ouverte sur la prison pour ceux qui savent », précisait l'ancien militant de Pastef devenu, quand nous échangions pour la dernière fois, un adversaire coriace de l'actuel président de l'Assemblée nationale et de son parti.
Aux origines du contentieux
Sur les faits, Alioune Gueye reprochait plus exactement à Kosmos d'avoir payé 88 millions de dollars à Timis, alors que la compagnie et l'État réfutaient tout paiement. « ... L'analyse des états financiers (de Kosmos en 2016) révèle que Kosmos a payé cash ses 60 % d'intérêts participatifs pour les deux blocs (Cayar et Saint-Louis Offshore) en raison d'au moins 88 millions de dollars. Cette somme est directement traçable dans les états financiers, à l'acquisition par Kosmos des 60 % d'intérêts participatifs de Timis Corporation. Ce qui contredit formellement la version du Premier Ministre et à travers lui celle du Gouvernement », accusait à l'époque Alioune Gueye.
Menacé par Kosmos, Monsieur Gueye était par la suite revenu sur ses accusations qui étaient pourtant reprises par plusieurs détracteurs du régime Sall. « Kosmos Energy, par le biais de son avocat basé à Dallas, Texas, m'a contacté pour m'informer que sur les 88 millions d'augmentation d'actifs de Kosmos Energy dans le troisième trimestre de 2014, seuls 700 000 concernent le Sénégal. Et cette somme concerne seulement les frais de dossiers et de diligences liés à cette transaction. »
Sur la base de ces nouvelles informations, poursuivait-il, il retire son article du 23 septembre 2016 mentionné ci-dessus. « Spécifiquement, à la demande de Kosmos Energy, je déclare ce qui suit : Kosmos Energy n'a pas payé de cash ou échangé quelque autre forme de liquidités, directement ou indirectement avec M. Frank Timis, Timis Corporation, ou toute autre personne en connexion avec l'acquisition des 60 % d'intérêts participatifs relatifs aux blocs Cayar Offshore Profond et Saint-Louis Offshore Profond au Sénégal. »
Les retrouvailles
De juin 2024 à juillet 2026, il a donc été à la tête de Petrosen Holding. Il dirigeait en même temps la sous-commission pétrole et gaz au sein du Comité en charge de la renégociation des contrats. Limogé au début du mois de juillet, à la suite du départ d'Ousmane Sonko du Gouvernement, il est devenu très actif sur les réseaux sociaux, faisant un marquage à la culotte au ministre de l'Énergie et à ses collaborateurs. Les accusations du Premier ministre sont ainsi tombées comme un couperet.
Pour Al Amine Lo, il se serait substitué à l'État en prenant des actes allant dans le sens de dédouaner Kosmos du paiement d'un montant de 55 millions de dollars, au titre des pénalités que la compagnie doit payer du fait d'un manquement à ses obligations d'investissements. Pire, cette décision aurait été prise à l'encontre même d'une instruction ministérielle.
Réagissant aux accusations, AG a tout réfuté, soutenant que tout a été fait dans les règles de l'art et avec les félicitations de l'ancien PM Ousmane Sonko. Selon lui, « personne ne s'est substitué à l'État, et personne n'a pardonné quoi que ce soit ».
« L'accord du 22 avril 2026 contient une clause 8 que je cite mot pour mot : "Pour éviter tout doute, cet accord ne porte préjudice à aucun droit de la République du Sénégal au titre du CRPP." Un texte qui préserve expressément les droits de l'État ne peut pas être le texte qui les efface », s'est-il défendu, précisant pourquoi il a estimé que le Ministère n'était pas en droit de réclamer de l'argent à l'opérateur américain. À noter que le ministre en question qui refusait de signer l'arrêté et qui réclamait le paiement des pénalités n'était pas Abdourahmane Diouf, mais son prédécesseur Birame Souleye Diop.
MOR AMAR






