Publié le 2 Sep 2015 - 23:06
CONTRIBUTION

Aliou, un mot, si tu permets !

 

J’avais promis de rebondir sur le papier de Aliou Adam Ndiaye,« Industries créatives, Culture et Communication dans le PSE », que j’avais apprécié positivement. En effet, il était très fouillé, mais aussi et surtout il ne campait pas que sur les industries créatives encore moins sur l’événementiel qui s’est substitué au vocable de politique culturelle.

Toutefois, je pense que la culture, contrairement à l’avis que Aliou Ndiaye a émis est le premier« point fondamental », même devant la production d’énergie. En effet, à ce niveau, il y a, au-delà du choix économique, à considérer un choix dans le mode de production, à l’image de ce qui se faisait dans nos sociétés traditionnelles qui questionnaient le développement. On n’en était pas à cette course effrénée vers un objectif dont personne n’a une connaissance certaine. C’est, je crois, ce qui, entre autres, avait incité Senghor à professer voire à prévenir que « la culture est au début et à la fin du développement ».

Il serait donc intéressant de s’interroger sur le pourquoi et le comment du développement tout en ne jetant jamais aux orties notre savoir, notre savoir-être, notre savoir-faire et notre savoir-vivre, toutes choses que Senghor appelait « le génie sénégalais ». Mon jeune frère déplore d’ailleurs de manière pertinente que nos négociateurs ne sachent pas s’adosser sur ce qui nous est propre pour communiquer avec autrui, mais je vais me permettre de l’élargir à la valorisation des industries créatives.

En principe, ces industries devraient avoir pour matière première notre patrimoine matériel et immatériel. Je disais un jour que l’art n’est pas apatride car on subit consciemment ou inconsciemment l’influence de son milieu. Il n’est que de comparer le feuilleton C’est la vie de Moussa Sène Absa avec les autres. De surcroît, je pense qu’il est fondamental que l’homme sénégalais soit au-devant des préoccupations de nos gouvernants culturels. D’ailleurs, je me suis indigné, quand on organisait les Assises de l’Education, que les experts du Ministère de la Culture et les acteurs culturels n’aient pas pris part aux travaux.

Il s’agit de fait de contribuer à éviter des comportements comme celui du fameux « chauffeur de taxi » qui a emprunté « une passerelle piétonne », mais aussi ce manque de foi en son pays qui amène à prendre des chemins suicidaires pour aller dans des pays qui ne veulent pas de nous. Il est donc dommage qu’on confine la culture à l’expression de quelques artistes considérés comme n’ayant pas, à 85%, le niveau « du Certificat de fin d’études primaires ». La pauvreté du discours sur la culture vient justement de ce que les « experts » qui participent à la définition de nos politiques sont aveuglés par l’économisme. Je disais que j’ai clamé dans le désert dela présidentielle de 2012 à aujourd’hui. Je suis donc heureux que d’autres voix mieux outillées que la mienne s’élèvent pour qu’on arrête de réduire la vie des Sénégalais d’abord à la politique politicienne faite d’invectives et, de manière secondaire, à des chiffres sur un tableau en oubliant les dégâts humains subséquents.

Saër Ndiaye

 

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