Publié le 27 Oct 2026 - 11:38
PROJET LFR

Une guerre fratricide coûteuse !

 

Face à une majorité parlementaire hostile menée par l’ancien Premier ministre devenu président de l’Assemblée nationale, Cheikh Diba devra se démener pour faire passer la loi de finances rectificative décisive pour l’avenir du pays.

 

Trop de bruit. Trop de polémiques. Peu d’actes. Certains vont même jusqu’à dénoncer un sabotage en règle noté dans la gouvernance du pays depuis 2024. Cela a commencé par un grand déballage sur les secrets entourant la gestion des comptes publics. Aujourd’hui, c’est le pays entier qui retient son souffle face aux menaces de rejet de la loi de finances rectificative, rendue indispensable par des choix budgétaires aléatoires et une conjoncture internationale peu favorable. Les conséquences risquent d’être néfastes pour les Sénégalais.

Banquier de profession, ancien directeur de la Banque islamique du Sénégal, Monsieur Mouhamadou Madana Kane alerte sur les conséquences d’un rejet de la LFR. “Il y a plusieurs scénarios envisageables. Le premier c’est celui de la raison avec à la clé le vote de la LFR, ce qui va rassurer les partenaires. Ils se rendront compte que ces gens sont responsables et sauront faire preuve d’un esprit de dépassement, malgré les divergences. Le deuxième c’est le rejet de la loi, qui va saper la confiance des investisseurs”, prévient le président du Mouvement Dundu.

La situation actuelle, selon de nombreux experts, ne saurait perdurer. Depuis l’éclatement de cette affaire de dette cachée, le gouvernement utilise l’essentiel de ces recettes dans le paiement de la dette. Seule une portion congrue est réservée aux investissements. Une situation qui a fini de rendre exsangue le tissu économique. D’où la nécessité impérieuse d’un nouveau programme avec le FMI, gage d’un retour des investisseurs. À défaut, le pays va à coups sûr vers le scénario du pire. C’est la conviction de l’ancien directeur de la Banque islamique du Sénégal.

“Si le FMI et les partenaires ne viennent pas, nous pourrons entrer dans une situation où nous pouvons même avoir du mal à payer les salaires. L’autre risque c’est d’avoir des difficultés de nous approvisionner en hydrocarbures comme nous l’avons connu récemment, mais à un niveau encore plus grave”, alerte Madana, qui invite les deux parties à se mettre d’accord pour l’intérêt supérieur de la Nation.

Madana Kane met en garde contre le scénario du pire

Il faut noter que la situation actuelle ne laisse personne indifférente. Politiques, sociétés civiles, secteurs privés, tout le monde se mobilise pour mettre en garde contre le danger qui guette. Président du Conseil national des dirigeants d’entreprises, Birame Yaya Wane dénonce la situation dans laquelle le secteur privé est plongé depuis plusieurs mois. “Dans notre sous région, tous les pays avancent. Nous sommes les seuls à stagner. Ce qui nous arrive c’est une vraie malédiction. Et on se permet de petites querelles politiciennes stériles, qui risquent de nous enfoncer davantage dans le gouffre”, s’insurge le chef d’entreprise.

A l’en croire, les politiques économiques en vigueur depuis 2024 ont fini de mettre à terre les acteurs économiques. “Le Pres était un plan inique. Nous avons été pressés comme du citron. Aujourd’hui, nous n’avons plus rien, alors que ce sont les acteurs économiques qui créent de l’emploi. C’est un cauchemar ce que nous vivons”, fulmine Monsieur Wane, qui estime que le Sénégal est largué même par les pays qui font face au péril djihadiste. Les divergences politiques, selon lui, ne doivent pas pousser à prendre en otage le pays.

Ancien membre de la mouvance présidentielle, ancien directeur des moyens généraux de la présidence de la République, Cheikh Oumar Diagne parle d'enfantillages, qui aura comme seule victime le peuple sénégalais. “Quel que soit le vainqueur à l’issue de ce bras de fer, c’est le peuple sénégalais qui sera perdant. La vérité est que dans ce pays, la situation va  de mal en pis. Les populations sont dans le désarroi. Les investissements sont dans le qui-vive. Et nous avons de grands enfants qui se battent, qui prennent le pays tout entier en otage”, regrette l’économiste.

À l’en croire, ceux qui dirigent ce pays sont en train de porter un grand préjudice à l’image du Sénégal, à la réputation du Sénégal, à la notoriété du Sénégal, mais surtout à la respectabilité du Sénégal. Oumar Diagne a presque envie de rire quand il entend les justifications de la majorité pour ne pas voter la LFR. “Quand je vois Pastef se présenter comme les chantres du pouvoir d’achat des Sénégalais, cela me fait rire. Nous étions là en 2024 et 2025. Personne dans ce pays n’a été épargné par la taxation tous azimuts, même pas le thiak-thiak (conducteurs de deux roues) et le vendeur de cacahuètes. Les seuls qu’ils ont épargnés ce sont leurs amis qui sont aux impôts et domaines ”, charge l’ancien ministre conseiller.

Cheikh Oumar Diagne parle d’enfantillages

Si dans l’ensemble il trouve légitimes certaines lignes rouges fixées par la majorité parlementaire, Madana se demande où étaient les députés de Pastef quand le gouvernement, sous le leadership de Ousmane Sonko, multipliait les coupes sur les investissements, quand il se taillait des fonds politiques dans les lois de finances de 2025 et la LFI de 2026. “Il y a un problème de cohérence politique. On est dans la politique politicienne. Nous avons du mal à comprendre les arguments avancés par l’actuelle majorité parlementaire”, fustige le banquier, qui relève également des contradictions.

Aussi, pense-t-il, si la LFI doit aujourd’hui être corrigée, c’est parce que l’ancienne équipe avait raté ses prévisions. Le président de Dundu renvoie ainsi dos à dos Kiiraay et Pastef. “Il ne faut pas tomber dans le piège en pensant que les deux premières années c’est Pastef, le reste Kiiraay. Quand on faisait ce Plan de redressement, c’est Diomaye qui était le président de la République. Ils sont donc tous responsables de l’échec de ce plan”, indique le Banquier.

Ce sort qui accable le Sénégal, poursuit Madana Kane, est tout simplement fort regrettable. La vérité, selon lui, est que toutes nos recettes vont dans le remboursement de la dette. “Nous vivons cette situation parce que le gouvernement n’a rien voulu entendre quand nous alertions sur l’insoutenabilité de la dette. Ils ont continué à s’endetter à des coûts plus chers et c’est ce qui a aggravé la Voilà pourquoi l’État n’a pas les moyens pour faire des investissements, pour supporter certaines dépenses à caractère social”, soutient-il.

De l’espoir à la désillusion

Selon le président du mouvement Dundu, le Sénégal avait tout pour prendre son envol à la suite de la dernière alternance : un triomphe remarquable de la démocratie, une ère nouvelle avec l’exploitation du pétrole et du gaz, de la fraîcheur dans la gouvernance avec des jeunes qui ont été portés au pouvoir.

A l’arrivée, l’espoir s’est transformé en désillusion. “L’argent devait couler à flot. Si tout se passait bien, certains problèmes sociaux auraient dû être réglés définitivement. Si les présidents antérieurs ont pu amener des investisseurs, mettre en place de grandes infrastructures, en garantissant un minimum au plan social pour les Sénégalais. Avec toutes ces nouvelles opportunités, les choses auraient dû se passer autrement pour notre pays”, se désole le président du mouvement Dundu, qui déplore le niveau du débat au moment où la Côte d’Ivoire et le Nigeria s’apprêtent à mettre en place un corridor qui va accueillir plus de 70% des échanges intra-Cedeao

PROJET LFR

La société civile appelle au dialogue 

Face à cette situation, la société civile monte au créneau pour lancer un appel au dialogue et à la responsabilité. “La société civile sénégalaise, soucieuse de l’intérêt général, appelle le gouvernement et la majorité parlementaire à sortir du blocage actuel du processus de vote de la LFR 2026. Le pays a besoin d’un budget qui restaure la crédibilité des finances publiques, protège le pouvoir d’achat des ménages et renforce la transparence, sans sacrifier l’avenir”, fulminent plusieurs organisations à la suite d’une rencontre organisée par Legs Africa et IBP.

Le Sénégal, selon le communiqué de la société civile, n’a pas besoin d’un bras de fer entre l’exécutif et l’Assemblée qui retarde les décisions, fragilise la confiance et exacerbe l’austérité et les souffrances des Sénégalais. “Nous appelons à un dialogue des institutions fondé sur les documents budgétaires officiels et des chiffres vérifiés, avec les éclairages d’experts indépendants et d’organisations citoyennes”, soutiennent les OSC.

L’intérêt des Sénégalais, selon Elimane Kane et ses amis, exige un compromis qui garantisse la continuité de l’État, la justice sociale et la redevabilité. “Nous invitons les acteurs politiques à placer l’intérêt général au-dessus des calculs politiques partisans. Nous encourageons un rapprochement des positions du gouvernement et de la majorité parlementaire à travers l’adoption des amendements nécessaires, pour éviter le rejet de la LFR 2026 et de la LFI 2027, ainsi qu’un recours à des procédures exceptionnelles pouvant entamer l’exécution sincère et transparente du budget au seul profit des citoyens sénégalais”, lancent les OSC.

Sur les différents points de désaccord, les organisations de la société civile réclament un encadrement clair et effectif des fonds spéciaux. L’État, selon elles, doit éviter des hausses brutales qui frappent d’abord les ménages modestes, le transport et les produits alimentaires. Elles demandent que les subventions soient progressivement mieux ciblées en faveur des ménages pauvres, du transport commun, des secteurs sociaux essentiels, plutôt que de rester largement généralisées.

 

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