Le « maître de la parole », s’est éteint
Le Sénégal culturel est en deuil. Le professeur Babacar Mbaye Ndaak s’est éteint dans la nuit du dimanche 26 au lundi 27 juillet 2026, à Dakar. Avec sa disparition, le pays perd bien plus qu’un enseignant et un conteur : un passeur de mémoire et l’un des défenseurs les plus engagés de son patrimoine oral.
Surnommé le « Maître de la parole », Babacar Mbaye Ndaak avait consacré l’essentiel de sa vie à la transmission. Professeur d’histoire et de géographie, conteur, formateur et ardent défenseur des traditions orales, il avait fait du récit un instrument d’éducation, de sauvegarde de la mémoire collective et de cohésion sociale. Un engagement qui aura contribué à maintenir vivante une tradition confrontée aux profondes mutations de la société.
Originaire de Ngourane, dans l’ancien Kajoor, il était issu d’une famille profondément ancrée dans l’univers des griots et des traditionnistes. De cet héritage familial, il avait fait une mission. Chez Babacar Mbaye Ndaak, le conte n’était jamais un simple divertissement. Il était une école de la vie, un espace de réflexion sur la société et un moyen de léguer aux nouvelles générations des valeurs, des récits et des enseignements constitutifs de l’identité collective.
Son parcours fut aussi celui d’un formateur. À travers l’Association des conteurs du Sénégal « Leeboon ci Leer », dont il était le président fondateur, Babacar Mbaye Ndaak a accompagné plusieurs générations de conteurs, de comédiens et de communicateurs. Il a œuvré à redonner aux arts du récit toute leur place et à faire entrer davantage la tradition orale dans les espaces éducatifs et culturels.
Pendant plusieurs décennies, il s’est produit au Sénégal comme à l’étranger. Devant les enfants comme devant les adultes, il racontait l’Afrique, l’homme, la société et son histoire. Nourri de connaissances historiques et de traditions, son récit savait à la fois captiver, instruire et questionner.
Son legs dépasse ainsi le cadre d’une carrière individuelle. Il s’inscrit dans le patrimoine culturel sénégalais. Ceux qui l’ont écouté, côtoyé ou qui ont bénéficié de son enseignement garderont le souvenir d’un homme soucieux de préserver le lien entre les générations et de transmettre ce qu’il avait lui-même reçu.
Sa disparition survient à un moment où la question de la sauvegarde du patrimoine immatériel prend une acuité particulière. Dans une société où les modes de communication et de transmission se transforment rapidement, le combat de Babacar Mbaye Ndaak rappelle l’urgence de préserver les récits, les langues, les savoirs et les traditions qui constituent la mémoire d’un peuple.
Pour ses proches, ses élèves, ses compagnons de route et toute la communauté des arts oratoires, c’est un repère qui disparaît. Mais ce qu’il a semé continuera de vivre dans les récits qu’il a partagés et, surtout, à travers les générations qu’il a contribué à former.
Car c’est peut-être là que réside le véritable héritage de Babacar Mbaye Ndaak : avoir fait en sorte que la tradition ne repose pas sur une seule voix. D’autres raconteront après lui. D’autres transmettront à leur tour. Et chaque fois qu’un conte permettra de relier une génération à une autre, une part du « Maître de la parole » continuera de vivre.






