Cheikh Diba s’explique !

Face à la polémique suscitée par l’article du Financial Times sur l’emprunt de 650 millions de dollars, le ministre des Finances et du Budget multiplie les sorties pour désamorcer la bombe. Hier, il a encore fait face à la presse pour faire une nouvelle déclaration.
Le communiqué n’aura pas suffi pour dissiper la controverse suscitée par l’article du Financial Times relatif à l’emprunt de 650 millions d’euros auprès de structures émiraties. Hier, le ministre des Finances et du Budget est revenu à la charge pour apporter de nouvelles clarifications. Tout en reconnaissant la crédibilité du média anglais, Cheikh Diba estime qu’il n’est pas infaillible. “Le crédit du Times doit inviter à examiner l’information avec sérieux, mais il ne constitue ni une preuve définitive ni une condamnation. Le débat politique opère un déplacement discursif en transformant une analyse financière prudente en accusation de dette cachée”, s’est-il défendu.
Revenant sur les faits, il a balayé l’accusation et soutenu que tout s’est déroulé dans les règles de l’art par rapport au Total Return Swap (TRS). D’emblée, il a expliqué que le recours à ces mécanismes concorde avec la volonté du Sénégal de contribuer à l’approfondissement du marché régional à travers la participation d’investisseurs étrangers dans ces émissions, lesquelles servent à financer les besoins de l’État. “Le recours à ces instruments a permis à l’État de se financer à des conditions nettement plus favorables que celles des marchés internationaux, tout en maîtrisant les risques et en optimisant le service de la dette”, a-t-il relevé.
Selon Diba, l’opération a permis à l’État de gagner 36 milliards de francs CFA, car si le Sénégal avait recouru aux eurobonds comme il l’a toujours fait, les taux auraient été entre 11 et 12 %, contre 7 % pour les TRS. Le ministre a aussi soutenu qu’il n’y a “aucune condition contraignante et aucun passif caché”. À l’en croire, lesdits investisseurs ont souscrit à des adjudications de l’État. Et à l’issue de ces adjudications, le financement a été obtenu par le Trésor comme pour toute autre émission sur ce marché. “Le financement est en francs CFA et l’ensemble du montant pouvant être payé dans le cadre de ces opérations est inscrit dans les statistiques du marché des titres publics. Aucun bien de l’État n’a été donné en gage dans le cadre de la mobilisation de ces financements”, explique Diba.
Dans le même sillage, il a précisé qu’il n’y a pas de traitement préférentiel comme le Times l’avait soutenu. “Les investisseurs restent des détenteurs de titres obligataires émis sur le marché des titres publics. Aussi, ces instruments ne sont pas opaques et ce n’est pas la première fois que le Sénégal fait recours aux swaps”, informe le ministre, insistant sur le fait que tout a été fait dans le cadre du plan de financement de l’année 2025.
Pour lui, le gouvernement avait bien informé le Parlement et les partenaires, dont le Fonds monétaire international. “Cela s’est fait dans la légalité, la transparence, la parfaite maîtrise des risques et une communication responsable avec la représentation nationale et avec les partenaires. Une telle démarche ne saurait être assimilée à de l’opacité, de la dissimulation et/ou à des financements secrets”, réagit le ministre des Finances et du Budget.
Cheikh Diba appelle par ailleurs les Sénégalais à faire bloc derrière le gouvernement pour barrer la route à ceux qui souhaitent l’échec du Sénégal. “Ne laissons personne — je dis bien personne — remettre en cause le succès que nous avons ensemble réalisé et qui nous a permis d’honorer tous nos engagements jusqu’ici, et particulièrement les eurobonds que nous avons payés le 13 mars dernier. Il y a beaucoup de personnes qui attendaient le défaut et qui pensaient que c’était l’occasion de faire en sorte que le Sénégal plie, afin qu’ils puissent dérouler leurs programmes, au détriment de notre peuple”, plaide le ministre des Finances.
Selon le ministre, son gouvernement fait recours à plusieurs mécanismes pour renverser la tendance des finances publiques. La stratégie de consolidation budgétaire se fait sans éviction de dépenses dans les secteurs sociaux, notamment la santé et l’éducation. Elle permettra de réduire le déficit budgétaire, qui devrait passer de 13,4 % en 2024 à 3 % en 2027.
“Le Sénégal a bâti une stratégie de dette à moyen terme avec des orientations en cohérence avec la vision des plus hautes autorités pour un développement endogène qui s’accommode à un financement endogène. Cette stratégie de dette à moyen terme s’exécute à travers des plans de financement annuels déroulés correctement d’année en année”, précise le ministre Diba.
MOR AMAR







