Publié le 10 Mar 2021 - 21:59
EN POSITION IRRÉGULIÈRE DEPUIS 4 JOURS

Le capitaine Touré arrêté dans 2 jours, si…

 

Considéré comme absent, pour le moment, la donne sera tout autre, dans deux jours, si le capitaine Oumar Touré ne retourne pas à son service, à la Section de recherches de la gendarmerie. Il sera, alors, en position d’abandon de poste, puisque sa lettre de démission n’a pas encore été déposée.

 

Ayant déserté son bureau depuis plusieurs jours, le capitaine Oumar Touré n’a toujours pas déposé sa lettre de démission sur la table du boss de la Section de recherches, le chef d’escadron Abdou Mbengue. En cas de réception, il va la remettre au général de corps d’armée Jean-Baptiste Tine, le haut-commandant de la gendarmerie nationale, Directeur de la Justice militaire (Haucomgen).

Selon nos informations, pour pouvoir démissionner des rangs de la gendarmerie, il faut au moins faire dix ans de service. Ce qui n’est pas le cas pour le capitaine Touré qui est adjoint d’officier de police judiciaire (OPJ) à la Section de recherches de la gendarmerie de Colobane.

Nos interlocuteurs disent ne pas connaître les raisons profondes des velléités de démission de l’officier, publiquement déclarées. Mais ils pensent savoir que la pression qu’il subit au quotidien pourrait être un motif. ‘’Il n’a pas encore remis sa lettre de démission, depuis lors. Donc, l’on peut dire que tous les actes qu’il est en train de poser sont contraires à son statut de militaire. Il est toujours considéré comme un gendarme, pour ne pas dire élément de la Section de recherches. Il est considéré comme un absent. Maintenant, au cas où il dépose sa démission, ce sera à l’autorité de décider de la suite à prendre’’, souligne une de nos sources. Pour qui les arguments avancés par le capitaine Touré, concernant une insécurité sur sa personne, ne tiennent pas la route, car avec sa famille, il loge dans le camp de la gendarmerie.

Un endroit qui est hyper sécurisé, confie-t-on. ‘’En ce moment, on considère qu’il est en position irrégulière, dans le jargon militaire. Devant les statuts de la gendarmerie, il est considéré comme un absent, au moment où je vous parle. Mais au bout de 6 jours, s’il ne rejoint pas les rangs, il sera recherché et arrêté manu militari et acheminé dans les locaux de la gendarmerie, là où il était, par des éléments de la grande maréchaussée. Par la suite, une procédure sera déclenchée contre lui. Mais tant qu’il n’a pas encore fait 6 jours, on ne peut pas l’interpeller. Mais au bout de ces jours, il le sera. En ce moment, il est considéré comme un absent’’, renseignent plusieurs sources.     

Ainsi, dans les rangs, beaucoup pensent qu’il ne supporte pas la forte pression liée à la charge d’officier de la Section de recherches. Toutefois, nos interlocuteurs sont d’avis que seul le capitaine Touré sera à même de dire avec exactitude les raisons pour lesquelles il agit de la sorte, car, à leurs yeux, rien ne peut l’expliquer.  

Fuites sur le procès-verbal et persécutions

Dans cette affaire, il faut rappeler que le capitaine Oumar Touré était en charge de l’enquête, dans l’affaire opposant Adji Sarr à Ousmane Sonko. Le 7 mars dernier, il a annoncé sa démission de la gendarmerie. ‘’Je transmets, aujourd’hui, ma démission au président de la République du Sénégal, par voie hiérarchique, en renonçant volontairement et d’une manière absolue aux prérogatives attachées à mon grade’’, lit-on dans la lettre qu’il a rendue publique.

L’officier de la gendarmerie y déclare qu’il pose cet acte dans le souci de préserver sa sécurité et celle de sa famille. Car, dit-il, depuis la fuite du procès-verbal de l’enquête qu’il a menée avec ses collègues, il est suivi par des individus qui seraient des éléments de la Direction nationale du renseignement sénégalais. ‘’Pour une affaire privée, j’ai été plutôt très surpris par cette mesure… J’ai ainsi saisi ma hiérarchie par correspondance, en date du 3 mars 2021, de mes craintes pour ma sécurité et celle de ma famille’’, dit-il dans sa lettre.

Mais, soutient-il, aucune mesure n’a été prise et ces individus ont continué de suivre ses déplacements, allant jusqu’à mettre sur écoute ses communications, en anticipant ses faits et gestes. ‘’Ce qui constitue une violation de mes droits constitutionnels. Tout cela parce que je suis soupçonné, à tort, d’être à la solde d’un opposant que je n’ai rencontré que le jour de la remise de sa première convocation dont j’étais porteur, donc en faisant mon travail conformément aux ordres de mes chefs’’, s’est-il plaint.

Evitant de rester inerte face au mutisme de ses autorités, le capitaine Oumar Touré déclare : ‘’Il est vrai que je suis astreint au droit de réserve. Toutefois, lorsque l’Etat n’applique pas la réciprocité en respectant ses engagements envers moi, en mettant en danger ma vie et celle de ma famille, je suis en droit de dénoncer et de prendre les Sénégalais à témoin. Je tiens à informer la communauté nationale et internationale que tout ce qui m’arrivera à moi ou à un membre de ma famille sera de la responsabilité exclusive de l’Etat du Sénégal et de la gendarmerie nationale qui n’a rien fait pour faire cesser la violation de mes droits.’’

Pour démontrer sa bonne foi dans le traitement de cette affaire, le capitaine Touré a défié quiconque de produire la preuve matérielle de son contact avec le député Ousmane Sonko, hormis pour le motif cité plus haut. ‘’Rien ne justifie qu’on me surveille comme un vulgaire criminel, en tant qu’officier public. Si un officier de gendarmerie peut subir une telle discrimination pour faire plaisir à un individu, je me demande comment le Sénégalais lambda sera traité. Je préfère la faim avec la conscience tranquille que l’opulence en perdant mon sommeil et ma sécurité. Toute ma vie, je me suis battu contre l’injustice et maintenant, c’est moi qui en fait l'objet’’.

Pour l’instant, ‘’EnQuête’’ n’a pu avoir de renseignements sur les allégations du capitaine Touré disant avoir saisi la hiérarchie d’une correspondance pour se plaindre de harcèlements. Nous y reviendrons.

CHEIKH THIAM

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