Féminicides

Les violences faites aux femmes demeurent une réalité mondiale, mais l’Afrique reste aujourd’hui la région la plus dangereuse pour les femmes lorsqu’il s’agit des violences commises par un partenaire intime ou un membre de la famille.
C’est le constat dressé par Anna Rosés i Belló, déléguée du gouvernement de Catalogne en Afrique de l’Ouest, lors de la 4e édition du Forum international sur les violences machistes et la promotion de l’égalité de genre. S’appuyant sur des données internationales, elle a rappelé qu’en 2017, près de 20 000 féminicides ont été recensés en Asie, contre 19 000 en Afrique. Les Amériques ont enregistré environ 8 000 victimes, l’Europe 3 000 et l’Océanie près de 300. Toutefois, au-delà du nombre absolu de victimes, l’Afrique présente le taux le plus élevé de féminicides commis dans le cadre conjugal ou familial, avec 3,1 homicides pour 100 000 femmes.
Face à cette situation, la représentante catalane a réaffirmé l’engagement de son gouvernement dans la lutte contre les violences basées sur le genre à travers ses politiques de coopération internationale. Selon elle, les violences machistes portent atteinte à l’autonomie, à la dignité, à la santé physique et mentale ainsi qu’à la sécurité des femmes. Elles entraînent également de lourdes conséquences psychologiques, sociales et économiques, tout en constituant un frein majeur au développement humain et à l’égalité entre les sexes. Elle a souligné que le forum vise précisément à renforcer la concertation entre les différents acteurs afin d’améliorer les stratégies de lutte contre les violences basées sur le genre et leur mise en œuvre au niveau local et communautaire. Anna Rosés i Belló est également revenue sur l’évolution du cadre juridique et conceptuel en Catalogne. Elle a rappelé que la législation catalane définit le féminicide comme le meurtre ou l’homicide d’une femme en raison de son sexe, mais également comme les suicides ou incitations au suicide résultant de violences exercées contre les femmes.
...Selon elle, cette définition est le fruit d’un long travail mené par les mouvements féministes, les chercheurs et les institutions de défense des droits humains. La responsable a insisté sur l’importance du vocabulaire utilisé pour qualifier ces violences. En Catalogne, a-t-elle expliqué, les termes ont progressivement évolué, passant de « violence intrafamiliale » à « violence conjugale », puis à « violence contre les femmes » avant d’aboutir à la notion de « violence machiste ». Cette évolution traduit, selon elle, une meilleure compréhension du phénomène. Elle permet de dépasser la lecture individuelle des violences pour les analyser comme l’expression d’inégalités structurelles entre les femmes et les hommes. Pour cette raison, la lutte contre les violences machistes ne peut se limiter à la prise en charge des victimes.
Elle doit également s’attaquer aux causes profondes qui alimentent les discriminations et les rapports de domination. La déléguée du gouvernement catalan a également mis en garde contre certaines interprétations des statistiques relatives aux violences faites aux femmes. Selon elle, les politiques de sensibilisation et de prévention produisent parfois un effet paradoxal : à mesure que la société prend conscience du phénomène, davantage de victimes identifient les violences qu’elles subissent et osent les dénoncer. Dans ce contexte, l’augmentation des signalements et des plaintes ne signifie pas nécessairement que les violences se multiplient, mais peut traduire une plus grande visibilité du phénomène et une meilleure capacité des victimes à faire entendre leur voix.






