Tivaouane met son patrimoine manuscrit à l’heure du numériques

Du 20 au 24 août 2026, la cité religieuse accueillera la première édition du Salon international du livre islamique et des manuscrits de Tivaouane. Chercheurs, oulémas, éditeurs, conservateurs et spécialistes du numérique réfléchiront aux moyens de préserver et de transmettre l’héritage islamique africain dans un environnement bouleversé par les nouvelles technologies.
La ville de Tivaouane s’apprête à devenir, pendant cinq jours, le carrefour du livre islamique et du patrimoine manuscrit. La première édition du Salon international du livre islamique et des manuscrits de Tivaouane (Silmit) se tiendra du 20 au 24 août 2026, durant la période du Bourda et du Gamou. Placée sous l’autorité spirituelle du khalife général des Tidjanes et sous le parrainage du président de la République, la rencontre aura comme pays invité d’honneur le Royaume du Maroc. « Patrimoine manuscrit et héritage spirituel : entre intelligence humaine et transmission du savoir islamique à l’ère du numérique » est le thème retenu pour cette édition inaugurale. À travers cette problématique, les organisateurs entendent ouvrir une réflexion sur la conservation et la diffusion des manuscrits anciens, mais également sur la place de l’intelligence humaine face à l’essor de l’intelligence artificielle et des nouveaux outils numériques.
Dans une ville dont l’histoire reste intimement liée à l’enseignement et à la transmission du savoir religieux, le manuscrit ne sera pas seulement présenté comme un objet ancien à conserver. Il sera abordé comme le témoin d’une pensée, d’une spiritualité et d’une tradition scientifique transmises de génération en génération. Le numérique pourrait, dans cette perspective, contribuer à élargir l’accès à ces documents, à condition que leur numérisation et leur diffusion respectent leur sens, leur contexte et leur valeur spirituelle. Organisé par la Cellule Zawiya Tijanniya, en collaboration avec plusieurs structures de la Hadra Mâlikiyya, le SILMIT réunira chercheurs, oulémas, bibliophiles, auteurs, éditeurs, libraires, universitaires, conservateurs et acteurs culturels. L’ambition affichée est de faire progressivement de Tivaouane un pôle international de conservation, d’étude et de valorisation du patrimoine islamique écrit.
Le legs d’El Hadji Malick Sy au cœur des échanges
La journée d’ouverture sera largement consacrée au Dīwān d’El Hadji Malick Sy. Plusieurs universitaires et spécialistes reviendront sur l’histoire de cette œuvre, sa valeur scientifique, sa beauté esthétique ainsi que ses dimensions soufie, éducative et sociale. Une exposition sera également inaugurée à cette occasion, parallèlement à un hommage aux érudits et aux gardiens du patrimoine manuscrit. Le vendredi 21 août sera consacré au patrimoine manuscrit africain, avec la Mauritanie mise à l’honneur en raison de l’importance de ses bibliothèques familiales et de sa tradition savante. Une conférence portant sur la préservation, la restauration et la transmission des manuscrits islamiques d’Afrique réunira notamment Serigne Samba Diagne et Seydi Ahmet Sy Ibn Al Amine. Ce panel sera aussi l’occasion de rendre hommage à Serigne Samba Diagne Sanar pour son engagement en faveur de la sauvegarde et de la transmission du savoir islamique.
La jeunesse face à l’intelligence artificielle
La place des jeunes dans cet effort de transmission occupera une part importante du programme. Une journée de réflexion portera sur « L’identité musulmane à l’ère de l’intelligence artificielle et des réseaux sociaux : quels repères à la lumière de l’enseignement de Cheikh Seydil Hadj Malick Sy ? ». Les échanges devront notamment interroger la multiplication des contenus religieux en ligne, la fiabilité de leurs sources et la nécessité de préserver des repères spirituels et intellectuels solides. Un hackathon est également annoncé. Le programme prévoit, en outre, une conférence sur Tivaouane comme capitale spirituelle du savoir et de la transmission.
Une autre rencontre mettra en lumière Serigne Hady Touré, figure de la tradition savante sénégalaise reconnue pour ses connaissances en mathématiques, en astronomie et dans le calcul du calendrier hégirien. Ses manuscrits serviront de point de départ à une réflexion sur les liens entre foi, sciences exactes et innovation. La dernière journée élargira les débats aux enjeux économiques. Un panel examinera la capacité des dahiras à devenir des incubateurs de petites et moyennes entreprises et de richesses locales. Une table ronde sera également consacrée au financement des projets culturels par des fonds de dotation modernes inspirés du waqf.
Durant toute la manifestation, le public pourra découvrir des manuscrits anciens, des livres rares et des éléments du patrimoine scientifique islamique. Des ateliers de calligraphie, de restauration, de conservation et de numérisation sont aussi prévus, aux côtés d’un marché international du livre et de rencontres entre professionnels. Le salon s’achèvera par l’annonce de l’édition 2027 et une grande rencontre « son et lumière ». Au-delà de l’événement culturel, le SILMIT veut ainsi poser les bases d’un dialogue durable entre mémoire spirituelle, recherche scientifique et innovation technologique.






