Publié le 20 Jul 2017 - 16:00
FATOUMATA BOCOUM, LA PARTIE CIVILE

‘’Papis et Malick m’ont menottée, séquestrée, déshabillée et volée’’

 

Placés sous mandat de dépôt, depuis le 12 mai 2011, Mamou Faye et Malick Cissé risquent 10 ans de travaux forcés pour association de malfaiteurs, séquestration, vol et usurpation de fonction. La Chambre criminelle de Dakar va rendre son délibéré, le 8 août prochain.

 

Mamour Faye alias Papis et Malick Cissé risquent gros. Attraits à la barre de la Chambre criminelle de Dakar, ils ont répondu pour les faits de séquestration, de vol, d’usurpation de fonction et d’association de malfaiteurs. Pour cela, ils risquent de croupir 10 longues années en prison. Les deux accusés sont en détention préventive, depuis le 12 mai 2011. Qu’est-ce qui s’est réellement passé ? Cette histoire digne d’un film remonte d’il y a 6 ans. La dame Fatoumata Bocoum, qui n’a pas comparu, avait saisi la police d’une plainte dans laquelle, elle avait expliqué sa mésaventure. Elle a narré avoir été interpellée par les deux inculpés, quelques jours plus tôt, le 1er mai, vers 3 heures du matin. Ces derniers l’ont embarquée de force dans un taxi pour l’emmener dans une maison abandonnée située à la Médina. Puis, ils se sont présentés à elle comme étant des policiers. La plaignante raconte qu’une fois sur les lieux, elle a été menottée avant d’être déshabillée. Par la suite, ils lui ont remis un pagne pour qu’elle ne puisse pas s’échapper.

Ses ravisseurs, dit-elle, se sont partagés le contenu de son sac qui contenait la somme de 180.000 FCFA, son téléphone portable, entre autres gadgets. Avant que ‘’l’inspecteur de police’’ ne déserte le lieu. Du coup, Fatoumata Bocoum a réussi à se sauver vers 5 heures du matin, car sa gardienne, Belle Thiam, s’était endormie. Les enquêteurs saisis d’une plainte ont procédé à l’arrestation de Mamour Faye. Qui, soumis à un interrogatoire serré, est passé à table. Selon ses dires, Fatoumata Bocoum avait organisé le viol de sa fiancée, en la donnant à un nommé Seck Ndiaye. Qui l’avait droguée et abusé d’elle. Celle-ci avait même porté plainte. Mise au courant de cette action judiciaire, elle avait pris la fuite en s’exilant vers Ziguinchor. Lorsqu’il a été informé du retour de la partie civile à Dakar, plus précisément à Mermoz, il s’est à sa recherche et l’a localisée. Pour se venger, il a sollicité les services d’un ancien gendarme pour l’interpellation de Fatoumata Bocoum. Arrêté à son tour, Malick Cissé a nié avoir exhibé une carte professionnelle, en se faisant passer pour un flic.

Pourtant à l’enquête, le gardien de la Cité à Mermoz, Babacar Ndiaye, a soutenu avoir été alerté par les cris au secours d’une dame. Lorsqu’il s’est levé pour s’enquérir de la situation, il a aperçu les individus introduire de force Fatoumata dans un véhicule. Il les a interpellés. L’un d’eux lui a rétorqué que la fille était mêlée dans une affaire de viol qui était en cours d’enquête au commissariat de Reubeuss. Abdourahmane Sow a lui renseigné avoir remarqué la présence des accusés devant le domicile de sa petite-amie durant toute la journée qui a précédé les faits. Le lendemain, il a vu Fatoumata Bocoum couverte d’un pagne, la mine déconfite.

Devant le prétoire, Mamou Faye a déclaré : ‘’J’ai fait arrêter Fatoumata Bocoum, mais, je ne l’ai ni frappée ni séquestrée. C’est une amie. J’ai demandé à Malick Cissé de lui faire subir un interrogatoire sur les faits de viol. Il l’a interpellée de force pour l’entraîner dans la voiture’’.  Toutefois, les inculpés ont eu à reconnaître l’association de malfaiteurs devant le magistrat instructeur.

Les accusés encourent 10 ans de travaux forcés

Dans son réquisitoire, la parquetière a souligné que chacun a essayé de se laver à grande eau pour échapper à la sanction de Dame justice. ‘’Ils ont commis une bêtise et ont fait leur mea culpa, depuis le début cette procédure. Ils n’avaient aucune prérogative pour agir de la sorte’’, a lancé Ramatoulaye Ly Ndiaye. Qui ajoute que les faits sont constants et les tentatives de dénégations soutenues ne sauraient prospérer. Elle note qu’en ce qui concerne l’usurpation, Malick Cissé s’est fait passer pour un policier pour empêcher l’intervention des populations. ‘’C’est un ancien gendarme qui fait aujourd’hui office d’un vigile dans une société de la police. Les faits d’usurpation sont constants. Le Sénégalais lambda ne peut nullement faire la différence entre le gendarme et un policier’’, a-t-elle précisé.  Pour l’usurpation de fonction, elle a demandé 2 ans ferme contre Cissé et l’acquittement pour son co-accusé. Pour le vol, 5 ans ferme et une amende de 50 000 de FCFA ont été requis contre tous. Et 10 ans de travaux forcés pour l’association de malfaiteurs et la séquestration. Le parquet a ainsi demandé la confusion des peines, en les condamnant à la peine la plus élevée.

Pour les avocats de la défense, le ministère public a ‘’aggravé la sanction’’. Car, aucun élément du dossier n’a attesté le vol et l’usurpation de fonction. Néanmoins, ils ont sollicité une application bienveillante de la loi pénale pour les autres chefs de prévention. « Si les inculpés étaient des bandits, la dame Fatoumata Bocoum n’aurait pas échappé à un viol collectif », a laissé entendre un des conseils de la défense.

La décision de la Chambre criminelle est attendue dans 21 jours. 

AWA FAYE

 

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