Focus sur les métiers essentiels et invisibles du cinéma

Au Centre Yennenga, le Festival Films Femmes Afrique a offert une immersion rare dans les métiers essentiels mais souvent invisibles du cinéma : la communication et la musique de film, à travers deux masterclass portées par Aboubacar Demba Cissokho et Alicia Mendy.
Le Festival Films Femmes Afrique, fidèle à sa vocation de transmission et de valorisation des savoirs, propose une première masterclass dédiée à un métier clé mais souvent méconnu : celui d’attaché de presse. À la tribune, Aboubacar Demba Cissokho, journaliste culturel à l’Agence de presse sénégalaise depuis plus de deux décennies, critique de cinéma reconnu et auteur de l’ouvrage « Fespaco, par-delà les écrans », publié en 2025, incarne une mémoire vivante du cinéma africain contemporain.
Dès les premières minutes, le ton est donné : cette rencontre ne sera pas un simple exposé théorique, mais une plongée concrète dans les réalités du terrain. « L’attaché de presse est le pont entre l’œuvre et le public », lance-t-il. Une phrase simple, mais qui résume l’essence d’un métier stratégique. Le rôle central de l’attaché de presse dans la vie d’un film. Au fil de son intervention, Aboubacar Demba Cissokho déconstruit certaines idées reçues.
Non, l’attaché de presse ne se limite pas à envoyer des communiqués. Non, il ne s’agit pas uniquement d’organiser des interviews ou de gérer des invitations. À travers des exemples concrets tirés de ses années de couverture du FESPACO et d’autres festivals internationaux, il montre combien la communication est aujourd’hui un levier déterminant dans la réussite d’un film. « Un film sans visibilité est un film qui n’existe pas », affirme-t-il.
Ce faisant, il détaille les différentes étapes du travail : élaboration d’une stratégie de communication adaptée ; rédaction de dossiers de presse percutants ; gestion des relations avec les médias ; organisation d’événements (avant-premières, conférences, rencontres publiques) ; accompagnement des réalisateurs et des équipes dans leur prise de parole.
Au-delà de ces aspects techniques, le panéliste insiste sur une dimension essentielle : la compréhension profonde de l’œuvre. « On ne peut pas défendre un film, si on ne le comprend pas. L’attaché de presse doit être le premier spectateur engagé », explique-t-il.
Entre passion, exigence et responsabilité
Loin de romaniser la profession, l’intervenant évoque également ses contraintes : pression des délais, exigences des producteurs, attentes parfois divergentes des réalisateurs et des médias. Le métier exige rigueur, diplomatie et endurance. Mais pour lui, la passion reste le moteur principal. « Si vous aimez le cinéma, si vous aimez raconter des histoires, alors vous avez déjà une base solide », confie-t-il aux participants.
Les échanges avec le public viennent enrichir la session ; Aboubacar Demba Cissokho répond, partageant conseils pratiques et anecdotes personnelles. Il encourage notamment les jeunes à développer leur réseau, à rester curieux et à maîtriser les nouveaux outils numériques. Les participants ne sont pas de simples spectateurs, mais de véritables acteurs de l’échange. « Aujourd’hui, on comprend que le cinéma ne se limite pas à la réalisation. Il y a tout un écosystème ». La session s’achève sous des applaudissements nourris.
Musique et cinéma
L’après-midi, place à la musique : quand le cinéma s’écoute. La deuxième masterclass est animée par Alicia Mendy, artiste aux multiples facettes. Réalisatrice d’origine sénégalaise, italienne et suisse, elle s’est fait remarquer avec son film dystopique « Beutset (L’Aurore) », présenté en 2025. Particularité notable : elle compose elle-même les musiques de ses œuvres.
« La musique est ce que le spectateur ressent sans toujours pouvoir l’expliquer », explique Alicia Mendy. À travers des extraits de ses courts métrages, elle démontre comment une composition peut transformer une scène, amplifier une émotion ou, au contraire, créer une tension subtile. Elle explique son processus de création : lecture et analyse du scénario, identification des émotions clés, expérimentation sonore, collaboration (ou non) avec d’autres musiciens, ajustement en fonction du montage final.
Contrairement à une approche classique où la musique intervient en post-production, Alicia Mendy privilégie une démarche organique, souvent initiée dès l’écriture. « Pour moi, l’image et le son naissent ensemble », précise-t-elle. Une approche hybride et personnelle.
L’un des aspects les plus marquants de son intervention réside dans sa capacité à mêler différentes influences : musiques traditionnelles africaines, sons électroniques, textures expérimentales. Son univers est à la croisée des cultures et des genres. Elle évoque notamment l’importance de l’identité dans la création artistique. « Nous avons une richesse sonore incroyable en Afrique. Il ne faut pas la copier, il faut la réinventer », déclare-t-elle.
Dans un contexte où les moyens de production peuvent être limités, Alicia Mendy insiste sur la nécessité de s’adapter. « Vous n’avez pas besoin d’un grand studio pour créer une musique forte. Vous avez besoin d’idées ». Elle partage des astuces concrètes : utiliser des logiciels accessibles, enregistrer des sons du quotidien, travailler avec des instruments disponibles localement, expérimenter sans peur de l’erreur. Cette dimension pratique rend la masterclass particulièrement accessible et inspirante.
Des échanges riches et spontanés. Comme le matin, la session se transforme rapidement en espace interactif. Les questions fusent : comment entrer dans le métier ? Faut-il être musicien avant tout ? Comment collaborer avec un réalisateur ? Alicia Mendy répond avec sincérité, n’hésitant pas à évoquer ses propres doutes et ses débuts. « J’ai appris en faisant. Et je continue d’apprendre », confie-t-elle.
À travers ces deux rencontres, le Festival Films Femmes Afrique confirme son engagement en faveur de la formation et de la transmission. Qu’il s’agisse de communication ou de musique, les deux intervenants ont mis en lumière des métiers essentiels à la vie d’un film, souvent relégués au second plan. Dans un paysage cinématographique souvent focalisé sur les réalisateurs et les acteurs, ces masterclass ont eu le mérite de mettre en lumière des métiers de l’ombre.
Sans attaché de presse, un film peine à exister médiatiquement. Sans musique, il perd une part essentielle de son émotion. Ces deux dimensions, bien que différentes, participent pleinement à la construction de l’expérience cinématographique.
FATOU BA (STAGIAIRE)







