Des relations sans éclat

Départ des bases militaires ; non tenue du séminaire intergouvernemental en 2025 ; absence de visites du président de la République française depuis huit ans… L’axe Dakar-Paris peine à se réchauffer, malgré les échanges de bons procédés.
8 décembre 2022 - 28 janvier 2026. Voilà plus de trois ans que le séminaire intergouvernemental entre la France et le Sénégal ne s’est pas tenu. Il y a quelques mois, les autorités des deux pays l’avaient pourtant annoncé pour fin 2025 au plus tard. Le secrétaire général du Gouvernement, Boubacar Camara, s’était même déplacé en France, notamment dans le cadre de la préparation de cette réunion qui, en principe, doit se tenir tous les deux ans.
Dans un communiqué publié au mois de septembre 2025, la Primature informait que ce séminaire allait se tenir dans les prochaines semaines. “Le Premier ministre accueillera son homologue français à Dakar dans les prochaines semaines, dans le cadre du séminaire intergouvernemental (SIG) annoncé par les deux Chefs d’État sénégalais et français”, précisait la source, en réaction à une information selon laquelle le chef du Gouvernement devait se rendre à Paris à l’invitation de BPI France.
Depuis, aucune nouvelle. En visite au Sénégal les 26 et 27 janvier, la ministre déléguée auprès du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, en charge de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l’étranger, a été interpellée sur la question, en particulier sur les raisons de la non-tenue de ce séminaire depuis plus de trois ans.
Les raisons de la non-tenue du SIG
À en croire Éléonore Caroit, le plus difficile, c’est de trouver un moment où les deux équipes seront disponibles. S’y ajoute que, pendant longtemps, le Premier ministre français était plus mobilisé par les questions internes. “Comme vous le savez, on a eu une séquence où le Premier ministre était entièrement mobilisé sur le budget. Il s’est très peu déplacé et s’est très peu projeté sur des sujets autres que les problèmes internes. Je ne veux pas donner de date, mais cela se fera le plus vite possible”, a-t-elle soutenu, non sans ajouter que “les travaux préparatoires sont en cours pour que le séminaire se tienne dans les meilleures conditions”.
Dans le même sillage, la ministre déléguée a été interpellée sur la possibilité d’une visite du Président Emmanuel Macron au Sénégal. À ce propos, Mme Caroit s’est voulue on ne peut plus circonspecte. “L’expérience m’a appris qu’il ne faut pas s’engager sur l’agenda du Président parce qu’il est le seul à le maîtriser. Aussi, ce calendrier peut toujours changer. En tout cas, la volonté politique d’avoir des visites au plus haut niveau et de manière réciproque est toujours là. Je ne peux pas donner de dates, mais l’intention est là.”
Visite Macron à Dakar
Il faut noter que la première et dernière visite d’Emmanuel Macron au Sénégal remonte à 2018, quelques mois après son accession à la magistrature suprême. Son homologue sénégalais l’avait invité publiquement lors de la 81e commémoration du massacre de Thiaroye, mais il n’a pu faire le déplacement.
Cela dit, la ministre déléguée Éléonore Caroit a magnifié l’état des relations entre les deux pays, mais surtout le niveau d’intégration des communautés françaises. “J’ai ressenti une communauté très heureuse d’être ici à Dakar, une communauté qui est très intégrée”, a-t-elle souligné. Dans cette communauté, beaucoup sont établis à Dakar depuis longtemps, et il y a aussi de nombreux binationaux. La ministre les appelle d’ailleurs à s’inscrire sur les registres des Français de l’étranger, ce qui permettrait “de moduler la taille des services consulaires”, en vue de répondre au mieux “à leurs attentes en termes d’état civil, de demandes de documents…”.
Depuis l’avènement du régime Diomaye-Sonko à la tête du Sénégal, les relations entre le Sénégal et la France semblent en dents de scie. Malgré deux visites du président de la République sénégalaise à Paris, les choses peinent toujours à décoller sur le plan diplomatique. Paris avait d’ailleurs très mal accueilli l’annonce unilatérale de la reprise des éléments français au Sénégal, en raison surtout de la méthode. Par la suite, on a senti un léger mieux dans le deuxième semestre de l’année dernière, avec à la clé une nouvelle visite de Bassirou Diomaye Faye au mois d’août et l’annonce du séminaire intergouvernemental.
La recomposition ?
De plus en plus critiquée en Afrique de l’Ouest, la France revoit aussi son positionnement sur le continent. C’est dans ce contexte que le prochain sommet France-Afrique va se tenir à Nairobi, au Kenya, au mois de mai prochain. À la question de savoir si ce choix procède d’une réorientation stratégique au détriment de l’Afrique francophone, voici la réponse de la ministre déléguée française : “Ce n’est pas la ministre de la Francophonie qui va vous dire que c’est vrai, d’autant plus que ce n’est pas exact. À un moment donné, c’était effectivement important de montrer que le partenariat avec l’Afrique va au-delà de l’Afrique francophone… Mais avec l’Afrique francophone, on a un partenariat un peu plus fort.”
Ce partenariat, selon la ministre, s’adosse sur une histoire commune, une histoire partagée, mais aussi sur la langue que les pays ont en partage. “Il y a beaucoup plus d’investissements français dans cette région de l’Afrique (francophone) que dans d’autres, pour des raisons historiques, mais aussi parce que l’on partage la même langue”, a-t-elle fait savoir.
En visite au Sénégal les 26 et 27 janvier dans le cadre de la réunion préparatoire de haut niveau des Nations unies sur l’eau, la ministre déléguée en charge de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l’étranger a eu une série de rencontres, notamment avec les représentants de la communauté française, les représentants des entreprises françaises, les conseillers de commerce, ainsi que les représentants des écoles françaises au Sénégal, en sus des visites à l’île de Gorée, à la Baie de Hann et à la Learning Academy des JOJ, entre autres.
MOR AMAR






