Publié le 26 Feb 2026 - 14:04
FRONT SOCIAL-MENACES PREMIER MINISTRE  

Le pacte de l’échec 

 

Alors que le gouvernement menace et invite les syndicats à respecter les engagements pour une trêve des revendications, des syndicalistes dénoncent une intimidation et se démarquent du pacte signé par les centrales.

 

Le constat a été fait par le ministre de la Fonction publique Olivier Boucal. Face aux députés, avant-hier, il a dénoncé un non respect des engagements par certains syndicats, en particulier chez les enseignants. L’année dernière, rappelle-t-il, au mois de mai, le gouvernement et les syndicats avaient igné un pacte de stabilité sociale. “Le gouvernement a pris des engagements à mettre en œuvre sur les trois ans à venir. L’autre partie s’est engagée pour une trêve sociale. Même pas un an après, on a vu des grèves partout. Pour le secteur de l’éducation, ils en sont déjà à leur cinquième plan d’actions. Ils sont en grève depuis octobre…”, constate le ministre Boucal, non sans préciser que le gouvernement s’est efforcé de respecter tous les engagements qu’il avait pris.

Le Premier ministre a saisi la balle au bond pour dénoncer ce qu’il considère comme une surenchère syndicale. Pour lui, les syndicats doivent prendre conscience de la situation économique et financière difficile du pays. “Il faut que les Sénégalais sachent qu’il n'y a pas de richesses à partager. Chacun s'agite pour poser de nouvelles doléances. Vous avez des recettes de plus de 6 000 milliards de francs CFA, des dettes de plus de 5000 milliards... On se bat tous les jours pour surmonter ces difficultés et les gens se permettent de sortir tous les jours de nouvelles revendications”, a fulminé Ousmane Sonko, qui menace : “… L’objectif du pacte c’était de bâtir des consensus forts. Il ne faut pas pousser l'État à bout hein. Si on nous pousse à bout, on fera face. Le pays ne se limite pas aux 200 000 fonctionnaires ou 200 000 étudiants. Ça ne peut pas se faire et ça ne se fera pas.”

Les ponctions de la discorde

Le lendemain, les grévistes semblent avoir reçu un “sukaru koor” amer de la part du gouvernement. En grève depuis octobre pour les enseignants, certains ont costaté des ponctions énormes sur leurs bulletins de paie. Interpellé, le secrétaire général du Cusems Aliou Diouf dit ne pas être contre les ponctions, qui sont en principe légales, en cas de grève. “Ce que nous dénonçons par contre, c’est la façon de faire ces ponctions. C’est des ponctions sauvages qui sont presque assimilées à des sanctions. Le gouvernement ne peut pas dire qu’il veut l’apaisement et faire des ponctions dans l’illégalité.”

En fait, au lieu de défalquer les jours de grèves à la fin de chaque mois, le gouvernement a laissé pourrir la situation pendant plusieurs mois. Et d’un coup, il prend la fâcheuse décision qui regroagit sur tous les mois de greve. Monsieur Diouf dénonce vigoureusement : “Même pour une banque, il y a des quotités à respecter. Mais si vous prélevez plus de 200 000 sur le salaire d’un enseignant, c’est autre chose. J’ai eu quelqu’un qui a été ponctionné à hauteur de 285 000 francs. C’est une ponction sauvage et nous la dénonçons avec la dernière énergie.”

Aussi, ajoute-t-il, il y a des syndicalistes qui n’ont pas été en grève, parce qu’ils sont dans l’administration centrale et on leur a appliqué la sanction.   

Aliou Diouf, SG Cusems : “Nous attendons le PM sur le terrain des solutions, pas des invectives et des menaces

A propos des menaces du Premier ministre, Aliou Diouf se dit surpris, d’autant plus que ce dernier a toujours été à leurs côtés du temps où il était dans l’opposition. “Je dois dire que tout ce que nous connaissons sur la surimposition, sur le déséquilibre dans le système de rémunération, c’est lui qui nous l’a appris. Ce que nous attendons de lui, c’est de trouver des solutions. Un gouvernement compétent et capable, un leader compétent et capable, il n’a pas besoin de menacer parce qu’il a des solutions aux problèmes qui se posent”, rétorque le syndicaliste.

Les enseignants n’ont pas manqué hier de faire circuler sur les réseaux sociaux quand Sonko prenait leur défense. Dans l’une des vidéos largement partagées, le leader de Pastef souligne qu’il n’est pas normal que les députés paient 1500 francs au titre des impôts, alors que les enseignants qui gagnent 10 fois moins paient entre 70 000 et 80 000 francs. “On lui demande de prendre des actes forts et non de se renier. Il était dans l’opposition, il ne pouvait pas faire grand-chose. Aujourd’hui, il est au pouvoir nous attendons des actes. C’est plus éloquent que les mots”, rouspète le SG du Cusems, Aliou Diouf.

Le gouvernement rejette les accusations

Du côté du gouvernement, on affirme être dans le timing de mise en œuvre des engagements. C’est la première fois, selon Boucal, qu’un gouvernement mette en place des organes qui fonctionnent dans le cadre de la mise en œuvre du pacte. Sur les revendications, il a soutenu que le gouvernement a respecté tous ses engagements sur la première année. Il s’inscrit en faux contre les allégations de surimposition, les accusations de lenteurs administratives…. Sur le système de rémunération qui cristallise le plus la colère syndicale, le ministre rétorque : “Quel que soit le corps, le salaire est identique, si vous avez le même point indiciaire. La différence, c’est au niveau des régimes indemnitaires. Mais s’il y a des corps qui sont bien habillés, le corps des enseignants en fait partie…..”

La réponse n’a pas tardé chez les enseignants. Certains ont demandé à l’ancien prof de philo pourquoi il a quitté le corps pour aller faire autre chose. En attendant d’avoir la réponse, les syndicalistes du secteur de l’enseignement campent sur leurs plateformes revendicatives. Pour eux, il n’y a aucune nouvelle revendication. Toutes entrent dans le cadre du passif social, c’est-à-dire des engagements qui ont été pris par l’ancien régime et qui tardent à se concrétiser. Outre les lenteurs administratives et la surimposition, ils insistent sur la retraite et le système de rémunération.

Au gouvernement qui oppose le pacte, les syndicats rejettent et estiment que ce pacte a été signé avec les centrales et non avec les syndicats de base.

La santé aussi en mouvement

Outre le secteur de l’éducation, la santé est aussi marquée par des perturbations tous azimuts, depuis plusieurs mois. Le 16 février dernier, la fédération des syndicats de la santé (F2S) a tenu une marche pour dénoncer ce qu’ils considèrent comme un non respect des engagements. Auparavant, elle avait décrété plusieurs mots d’ordre, avec des cessations de travail, des assemblées générales, des rétentions d’informations, etc.

La F2S demande que des réponses concrètes soient apportées aux questions essentielles relatives à : l’équité dans le traitement salarial des agents ; la généralisation de l’indemnité de logement (personnel administratif, contractuels EPS et MSHP) ; le règlement définitif du retard dans le payement des salaires des contractuels ;  la définition des critères d’allocation budgétaire et l’augmentation des subventions pour les hôpitaux ; la gestion des carrières, entre autres revendications.

Par Mor Amar

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