Ousmane Sonko sans langue de bois

Entre la gestion des alliances nationales et la structuration chirurgicale de sa base, le Premier ministre et leader des « Patriotes » a profité du lancement de son nouveau concept d'échange en ligne, « Face aux militants », pour envoyer un message de fermeté. Loin de l'image d'un parti replié sur lui-même, il théorise une ouverture sélective où la légitimité des urnes prime sur les calculs d'appareils, tout en préparant la mue numérique de sa formation vers son premier congrès ordinaire.
Le refus d'une « dilution » politique
Dans un paysage politique sénégalais en pleine recomposition après les secousses de 2024, la posture de PASTEF vis-à-vis de ses partenaires interroge : la coalition Diomaye Président snobée tout bonnement lors des dernières élections législatives. Face aux critiques l’accusant d’hégémonisme, Ousmane Sonko a choisi de clarifier certaines choses en mettant les points sur les i. Pour lui, le parti ne refuse pas l'ouverture, mais il y a une sorte ligne rouge à ne pas franchir. « PASTEF ne refuse pas de travailler ni de coaliser. Ce que nous refusons, c’est que quelqu’un vienne vouloir être à la tête de PASTEF, alors que PASTEF a tout le poids », a-t-il martelé pour marquer son territoire.
Cette fermeté cache une méfiance envers les manœuvres de coulisses qu’il juge délétères pour l’unité de la mouvance présidentielle. Selon le leader, certaines alliances ne cherchent pas la synergie, mais le pourrissement de l'intérieur : « Tu viens dans une coalition et tu veux diviser, faire des jeux pour séparer et mieux régner. C’est cela que nous refusons. Nous ne l’accepterons pas », a-t-il insisté, fustigeant au passage les nouveaux venus de 2024 qui seraient, selon ses calculs, responsables de 95 % du "bruit" médiatique actuel.
Cette exigence de loyauté ne ferme pas pour autant la porte aux collaborations historiques. Le Premier ministre s'est appliqué à rappeler que son parti s’est construit sur une culture de fusion dès 2015, citant les partenariats avec des figures telles que Cheikh Tidiane Dièye ou Aïda Mbodj comme des modèles de réussite. Pour prouver cette volonté de partage, il a mis en avant l'attribution de postes stratégiques, tant à l'Assemblée nationale qu'au sein du gouvernement, à des alliés de la première heure. « Il ne faut pas qu’on nous présente comme des gens qui ne veulent pas coaliser », a-t-il ainsi plaidé, soucieux de briser l'image d'une formation hermétique.
Interrogé sur son avenir, Ousmane Sonko a affirmé ne pas être focalisé sur une fonction particulière, tout en dénonçant des manœuvres visant, selon lui, à affaiblir son rôle. « Même des pastefiens sont dans des manœuvres pour se débarrasser d’un Premier ministre fort », a-t-il déploré. Toutefois, à qui veut l'entendre, le chef du Pastef entend défendre corps et âme la vision de sa formation politique au sein du régime. « Le Président revendique son appartenance au PASTEF, le Premier ministre aussi, et la plupart des ministres également. Tant que je serai Premier ministre, la gouvernance reflétera la vision du PASTEF ».
Souveraineté des bases : l'antidote au « parachutage »
C’est précisément ce respect du terrain qui guide sa stratégie pour les prochaines échéances locales. Interrogé par les militants de Kaolack sur le processus d'investiture, il a opposé une fin de recevoir à toute tentation de dirigisme centralisé. En renvoyant le pouvoir de décision aux bases locales, il entend revigorer la démocratie interne du parti. « Les textes disent que les bases choisissent. C’est une question de démocratie. Je ne peux pas connaître les meilleurs candidats mieux que les populations », a-t-il affirmé avec conviction.
Le message est limpide : le sommet n'interviendra qu'en dernier recours, avec une rigueur assumée, si le consensus local échoue. Cette méthode, qu'il décrit comme celle ayant toujours porté chance au mouvement, vise à éviter les frustrations nées des désignations arbitraires et à garantir que chaque candidat soit le reflet authentique de sa communauté. Il a ainsi invité les militants à privilégier l’intérêt général pour que chaque commune s'accorde sur son représentant avant les échéances.
Vers une ère numérique et un Congrès
Enfin, cette vision politique s'appuie sur une ambition de modernisation structurelle sans précédent au Sénégal. Pour Ousmane Sonko, la pérennité de PASTEF passe par une maîtrise chirurgicale de ses effectifs. L’annonce de la mise en service de 400 000 cartes de membres hautement sécurisées, dotées d’identifiants uniques et gérées via une plateforme numérique, marque une rupture avec l'ère des fichiers militants opaques. « Nous lançons des cartes sécurisées avec une base réelle, impossible à falsifier. Cela nous débarrassera des membres fictifs », a-t-il précisé, tout en prenant soin de lever toute ambiguïté sur une éventuelle confusion avec les fichiers de l'État.
Ce chantier titanesque de numérisation n'est pas une simple formalité administrative, mais le socle sur lequel reposera le futur congrès ordinaire du parti. En formalisant ses instances de manière transparente et en nommant des superviseurs départementaux pour encadrer le processus, PASTEF entend achever sa transformation d'un mouvement de contestation en une institution politique pérenne, prête à affronter les défis de la gouvernance sur le long terme.
Dans une toute autre rubrique, le chef du Pastef a poussé pour des ressources encore beaucoup plus qualitatives au sein de son parti. «Nous allons renforcer la formation pour partager la vision du parti. Nous allons le faire de manière fréquente, et en ligne, parce que le virtuel nous facilite les choses ». Selon lui, ces formations doivent permettre d’harmoniser les positions, de mieux expliquer les orientations du parti et de préparer les militants aux responsabilités politiques.
MAMADOU DIOP







