Publié le 2 Mar 2026 - 15:29
MORT ALI KHAMENEI

Trump sème la terreur

 

Après avoir capturé le président vénézuélien Nicolas Maduro, Donald Trump a procédé à l’élimination du Guide suprême de la République Iranienne Ali Khamenei, déclenchant ainsi au Moyen-Orient une nouvelle guerre aux conséquences pour le moment incertaines.

 

L’Iran est ébranlée. Mais elle n’est pas tombée. C’est la conviction de Régis Hounkpé, analyste senior en géopolitique, directeur exécutif d'InterGlobe Conseils. La mort de Khamenei, selon l’enseignant-chercheur, ne signifie pas automatiquement la fin du régime des Mollahs. “Symboliquement, c'est un coup dur pour le régime... Attendons -nous à une guerre qui va prendre son temps et générer des morts et de la désolation dans une population iranienne qui a déjà trop souffert. Jusque-là de la nature répressive du régime des Mollahs ; et qui va subir le feu israélo-américain de la façon la plus sanglante”, s’inquiète le spécialiste.   

Cela faisait quelques semaines que le président américain proférait des menaces. Le dirigeant iranien n’avait en réalité qu’une option : capituler ou périr. Il a choisi la mort plutôt que de renoncer au droit de son pays à s’armer et à se défendre. Aujourd’hui, ils sont nombreux les observateurs à craindre une montée de l’insécurité dans cette région et dans le monde.

Pour sa part, M. Hounkpé constate une escalade déjà palpable. “La riposte des Gardiens de la Révolution Islamique ne s'est pas fait attendre... En attaquant frontalement Israel et les bases américaines dans le Golfe, pas moins de huit pays sont impliqués”, a-t-il expliqué.

“2026 est décidément une année de chaos géopolitique !”

Avant l’assassinat de l’ayatollah Ali Khamenei, Donald Trump s’était signalé par une opération inédite menée contre le Venezuela en enlevant tout simplement le chef de l’État Nicolas Maduro. Sans parler des menaces d’invasion contre le Groenland et le Canada. Renforçant ainsi l’idée d’un monde sans règle qui se met de plus en plus en place.

Selon le directeur exécutif d’InterGlobe conseils, cette résurgence des empires fait courir au monde un risque de fragmentation par blocs et une instabilité internationale. Le droit international et le respect des normes, reconnaît-il, est en pleine souffrance, ce qui réduit considérablement les espoirs d'un monde stable et multilatéral. “Je crains, et je suis très pragmatique et lucide à la fois, que nous sommes bien loin des promesses post-seconde guerre mondiale de paix et de sécurité. La force est devenue la loi”, regrette le spécialiste de la géopolitique, qui ajoute que “2026 est décidément une année de chaos géopolitique !”

Les répercussions de la guerre

Au-delà de ces bouleversements, cette guerre déclenchée par les États-Unis et leur allié israélien a des conséquences économiques immédiates sur presque tous les pays. Dès les premières heures, plusieurs armateurs ont annoncé suspendre leurs transits vers le Détroit d’Ormuz et les zones environnantes. Idem pour le transport aérien dans la région qui a été complètement paralysé. Mais la plus grande crainte, c’est une flambée des prix mondiaux, en particulier du pétrole.

Pour le directeur exécutif du cabinet InterGlobe conseils, cela va de soi que l'économie régionale et mondiale subira les contrecoups de cette nouvelle guerre. Les pays africains non plus ne seront épargnés. Le spécialiste estime que le risque est grand pour ceux, en particulier les non producteurs de pétrole, qui n’anticiperont pas sur les possibles chocs exogènes. Ce, d’autant plus qu’il y a de sérieuses menaces sur le Détroit d’Ormuz, qui est l’une des routes maritimes les plus stratégiques au monde, avec un cinquième de la production mondiale de pétrole qui transite dans ses eaux.

“Si le régime des Mollahs décide de le fermer par représailles, la sécurité énergétique du monde subira un coût social, économique et géopolitique aux conséquences incertaines. Cela aura des conséquences sur les marchés financiers et énergétiques”, soutient l’analyste, qui rappelle que les Chinois “s'alimentent” beaucoup en pétrole iranien.

Interpellé, le journaliste espagnol Jaume Portell Caño, spécialiste des questions économiques et des relations internationales, apporte des éclairages. “D’un côté, je suis désolé de le dire mais, une flambée des prix avec la fermeture du Détroit peut être une bonne chose pour le Sénégal en tant que pays producteur, ça voudrait dire plus de revenus pour le pays. D’un autre côté, il y a les effets négatifs. Parce que le pays est aussi consommateur d’essence et d’autres produits pétroliers qu’il importe, sans parler de la hausse généralisée des prix sur toutes les marchandises. Je pense que les effets négatifs sont plus importants”, analyse le journaliste espagnol, qui relève aussi une possible hausse des taux d’intérêt. Ce qui serait préjudiciable à des pays très endettés comme le Sénégal qui peinent déjà à accéder aux marchés.

 

AMETH GUISSÉ, PRÉSIDENT ASP

“Nous avons un mécanisme comme le FSIPP qui permet d’amortir les chocs.”

Président de l’association sénégalaise des pétroliers, Ameth Guissé est d’avis qu’une fermeture du Détroit d’Ormuz aura forcément des conséquences sur les prix des produits d’hydrocarbures. Le détroit de Dormuz, précise-t-il, est un point nodal dans le trafic pétrolier. Il y passe 20 à 30% du pétrole mondial, surtout à destination de l’Asie et d’autres parties du monde.

“Sa fermeture va nécessairement impacter l’approvisionnement d’une partie du monde et imposera des détours qui vont affecter le transport des hydrocarbures. Cette donne et la raréfaction qui va s’organiser vont à coup sûr avoir une incidence sur les prix”, souligne le président des pétroliers sénégalais.

Le Sénégal, rappelle le directeur général de Maack Petroleum, bien que producteur de pétrole, est tributaire du commerce mondial, surtout que l’essentiel de l’hydrocarbure qu’il consomme est importé. “Toute perturbation affectera l’ensemble des pays importateurs”, souligne le pétrolier. Toutefois, il reste serein pour un approvisionnement correct du pays.

“Je ne crois pas qu’il y ait un risque de rupture parce que les canaux sont nombreux. Je pense plutôt à un renchérissement du produit, si le confit perdure”, indique M. Guissé, qui précise que le Sénégal est approvisionné principalement par le Nigeria, mais aussi en Europe et en Russie pour les produits raffinés.   

À la question de savoir quelles mesures le pays pourrait prendre pour se prémunir contre les éventuelles répercussions, le président des pétroliers explique : “Nous avons un mécanisme tel que le FSIPP (fonds de sécurisation des importations des produits pétroliers) qui permet à l’Etat d’amortir certains chocs sans répercuter la totalité des hausses sur le prix au consommateur. Ce mécanisme a été bien pensé et est alimenté régulièrement. En cas de flambée des prix à l’international, l’Etat l’active pour résister aux aléas.”


MORT DE KHAMENEI

Ousmane Sonko dénonce un assassinat

Face à ses militants hier, le président de Pastef les patriotes est largement revenu sur ce qui se passe au Moyen-Orient. Ousmane Sonko n’a pas mis de gants pour s’en prendre vigoureusement à la politique de Donald Trump et des États-Unis. “Nous vivons des moments assez particuliers, des moments très sombres, des moments très délicats, dont il faut mesurer toutes les conséquences et implications. Depuis deux jours, s’est déclenchée au Moyen-Orient une guerre. Déclenchée par les États-Unis d’Amérique et leurs alliés israéliens, qui ont choisi de frapper l’Iran, déclenchant une riposte qui a embrasé toute la région du Golfe”, déplore-t-il.

De l’avis du Premier ministre sénégalais, le monde serait naïf de penser que ce conflit va se limiter à ce qui se passe actuellement en Iran. Il craint l’entrée en guerre d’autres acteurs, avec des conséquences encore plus fâcheuses. “Depuis un an maintenant, nous sommes dans une situation de remplacement du contrat social mondial par un retour à l’état de nature, de liquidation du droit international, où un pays peut se donner le droit, à tout moment, de kidnapper des présidents, de s’attaquer à d’autres pays, d’asphyxier des pays pour annoncer en prendre possession”, constate Sonko, qui considère ce qui s’est passé en Iran comme un assassinat. “Ceci est extrêmement grave. Et tout l’équilibre du monde, qui a été conçu ces 45 dernières années, s’en trouve compromis”, condamne-t-il.

Les impacts sur le plan économique, selon lui, risquent d’être néfastes pour tous les pays, en particulier les plus vulnérables, notamment le Sénégal. “Vous savez que tout dépend des hydrocarbures : les industries, l’économie, les produits de consommation courante, tous les autres produits seront impactés. Et tout ça par une décision unilatérale d’un pays, tout-puissant soit-il, de déclencher une guerre, de frapper d’autres pays. C’est inadmissible”, soutient le leader politique.

Pour Ousmane Sonko, le problème est bien plus profond. L’objectif de Trump dépasse de simples frappes contre l’Iran et le Venezuela. L’objectif, c’est directement la Chine. “Nous savons que des puissances émergentes, regroupées autour des BRICS, avec la Chine comme pays moteur, sont en train non seulement de rattraper leur retard, mais aussi de prendre le dessus sur le vieux monde occidental avec, en tête de file, les États-Unis d’Amérique.

Tout ce que vous voyez, ce sont des réactions de ce pôle, particulièrement des États-Unis qui ont peur de perdre leur domination sur le reste du monde”, analyse le PM, convaincu que c’est comme ça qu’il faille comprendre d’abord la capture de Maduro, et maintenant “l’assassinat” de Khamenei.

L’Afrique, de l’avis de Sonko, doit prendre conscience des enjeux, afin de prendre toutes ses responsabilités, de travailler et d’être consciente qu’elle ne peut compter que sur elle-même. Si elle ne le fait pas, souligne le PM Sénégalais, elle n’est pas à l’abris d’autres formes de domination comme sous la colonisation.

Par Mor Amar

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