Le mot d’ordre suivi à plus de 75 %

La journée de ce vendredi 10 juillet 2026 a été marquée par une paralysie importante de plusieurs secteurs clés à travers le Sénégal. À l’appel du Front Syndical pour la Défense du Travail (FSDT), une coalition inédite regroupant les principales centrales du pays (CNTS, UNSAS, CNTS/FC, CSA, UDTS, FGTS/B, etc.), les travailleurs ont massivement observé le mot d’ordre de grève générale de 24 heures sur l’ensemble du territoire national. Au cœur de la discorde : le projet de réforme des codes du travail et de la sécurité sociale, transmis à l’Assemblée nationale sans consensus.
Un taux de participation historique de 77 % à 80 %
Le bras de fer est engagé. Quelques heures après l'expiration du mot d'ordre, le premier bilan tiré par les leaders syndicaux fait état d'une paralysie générale. Réuni au terme de cette journée d'action, le FSDT a procédé à une première évaluation de la mobilisation, qualifiée d'« exceptionnelle » par les instances dirigeantes.
Les premières remontées enregistrées dans les différentes régions du pays font état d'un taux de participation global estimé entre 77 % et 80 %, faisant de cette journée l'une des plus fortes mobilisations syndicales de ces dernières années au Sénégal.
Secrétaire général de la Conférence nationale des travailleurs du Sénégal (CNTS), Mody Guiro tire un bilan très positif de cette journée d'action : « Le mot d'ordre de grève générale de 24 heures a été suivi à plus de 75 % à l'échelle nationale. C'est la preuve d'une mobilisation réussie, au terme d'une semaine de tractations infructueuses avec l'exécutif. »
De la santé aux transports, en passant par l'éducation et la justice, l'impact s'est fait ressentir sur toute l'étendue du territoire. Même si le service minimum obligatoire a été respecté dans les hôpitaux pour parer aux urgences, le signal envoyé aux autorités est fort.
D'autres centrales membres du Front syndical, à l'instar de l'Union nationale des syndicats autonomes du Sénégal (UNSAS), se félicitent également d'une « mobilisation totale, responsable et disciplinée » du public, du privé et du parapublic.
Pour le FSDT, cette adhésion remarquable traduit sans équivoque le rejet par les travailleurs des politiques de passage en force, du déficit de dialogue social et de la remise en cause des acquis sociaux.
La réforme des codes de la discorde
Pour les syndicats, la rupture du dialogue est imputable à la méthode adoptée par l’exécutif, qui aurait forcé le passage textuel de réformes d'envergure. « Nous reprochons au gouvernement d'avoir transmis à l'Assemblée nationale, sans concertation préalable jugée suffisante, les projets de réforme du Code du travail et du Code de la sécurité sociale », fustige Mody Guiro.
Parmi les points d'achoppement les plus critiques figure la modification des règles régissant la flexibilité de l'emploi. Le leader de la CNTS met en garde contre les dérives prévisibles de cette nouvelle loi : « L'allongement de la durée des contrats à durée déterminée (CDD) est une porte ouverte à la précarisation de l'emploi et un affaiblissement de la représentation syndicale. »
Les exigences du Front Syndical
Face à ce recul social, le mouvement a exposé ses exigences phares, rappelant l'urgence d'une révision intégrale des textes bloqués pour garantir une refonte concertée et équitable du Code du Travail et du Code de la Sécurité Sociale.
Le Front réclame également l'application stricte et immédiate des conclusions issues des États Généraux du secteur des transports, tout en insistant sur le respect effectif du dialogue social et l'application des accords d'ores et déjà signés avec les autorités.
Enfin, la plateforme revendicative intègre la généralisation du paiement de l'indemnité de logement à tous les travailleurs, ainsi que la préservation et l'amélioration constante des acquis sociaux des salariés face aux velléités de régression.
L’échéance du 16 juillet en ligne de mire
Cette forte mobilisation constitue un avertissement sérieux et un appel pressant à l’ouverture de négociations sincères et responsables. Le gouvernement se retrouve aujourd'hui acculé et contraint de revoir sa copie, s'il souhaite éviter un enlisement du climat social.
Le FSDT a d'ores et déjà informé l'opinion nationale et internationale de la suite des événements : « La Conférence des Secrétaires généraux se réunira le mercredi 16 juillet 2026 afin de procéder à une évaluation exhaustive du mouvement et de définir les perspectives de lutte, si le gouvernement persistait dans son refus d'apporter des réponses concrètes à la plateforme revendicative. »
Bien que le Front réaffirme son attachement au dialogue social et aux principes de concertation, il prévient qu'il demeure pleinement mobilisé et prêt à engager toute action syndicale appropriée pour la défense des intérêts des travailleurs. Toutefois, le mot d'ordre reste unanime : "La force des travailleurs, le respect de nos droits !"
MAMADOU DIOP






