Publié le 3 Nov 2015 - 23:57
HELENE TINE, (DEPUTE DE LA MAJORITE)

‘’On a assisté à une bagarre de chiffonniers’’

 

Député de la coalition Benno Bokk Yaakaar, Hélène Tine revient  dans cet entretien avec EnQuête  sur la bagarre qui a rythmé hier le travail parlementaire. Pour ensuite appeler les uns et les autres au dépassement car l’ancien porte-parole de l’Alliance des forces du progrès de Moustapha Niasse estime que seule l’Assemblée nationale a à perdre dans ce conflit aux allures de règlement de comptes.

 

Comment se sont déroulés les travaux en Commission à l’Assemblée nationale ?

Nous avons pu tenir les travaux des commissions. Mais avant cela, il y a eu une violence inouïe, une bataille rangée entre députés de l’opposition et de la majorité. Je le déplore. Ce sont des faits graves. Ce qui est arrivé est regrettable et n’honore pas l’Assemblée nationale. Des députés ont voulu bloquer les travaux de Commissions comme ils l’ont annoncé urbi et orbi. Et il y a eu une confrontation. Je ne dis pas que tel a raison ou tel à tort. Je pense que l’Assemblée nationale est une institution, nous devons trouver des moyens de dépasser cette situation et prendre de la hauteur au lieu d’en arriver à des bagarres de borne-fontaine. C’est une bagarre de chiffonniers que j’ai vu aujourd’hui à l’Assemblée nationale. Pour l’intérêt général, nous ne devons pas en arriver là. Maintenant, il y a des actes qui ont été posés aussi bien par la majorité que par l’opposition.

Qu’est-ce qui peut, selon vous, expliquer cette situation ?

Je pense qu’on a voté une loi qui a verrouillé toutes les issues et qui ne laisse aucune chance à l’opposition en cas de crise interne. Si nous n’avions pas voté cette proposition de loi au mois de juin dernier, qui condamne tout député qui quitte un groupe à être un non-inscrit, l’opposition aurait pu trouver aujourd’hui une issue pour s’en sortir. Les gens qui l’ont théorisé voulaient éviter un risque de glissement de la majorité. Mais aujourd’hui, ce qui arrive est pire. Ce sont de piètres politiciens qui nous ont amenés à cette situation.

C’est un recul démocratique. Même étant de la majorité, je fais partie des députés qui ont attaqué la loi au Conseil constitutionnel. Et voilà le résultat aujourd’hui. On en est là parce qu’il y a eu des problèmes politiques qui sont transférés à l’hémicycle. L’opposition se bagarre pour le contrôle du groupe parce que ceux qui vont quitter vont se retrouver comme non-inscrit. L’opposition a une part de responsabilité par son comportement mais nous aussi, nous avons notre part de responsabilité par les actes politiques que nous avons posés à travers cette proposition de loi.

Comment dépasser cette situation ?

Il faut que les gens sachent raison garder. Il faut qu’on essaye de solder ces problèmes d’une autre façon que d’essayer de bloquer l’Assemblée nationale. C’est comme si Dakar était en état de siège ce matin (hier). Il y avait des barricades et des forces de l’ordre partout. Les populations ne pouvaient pas vaquer à leurs préoccupations paisiblement parce qu’il y a un contentieux au niveau de l’Assemblée nationale. C’est inacceptable ! L’opposition (le Pds) doit solder ses comptes au sein de son appareil politique. Mais je pense en même temps que nous (majorité) n’avons pas le droit de voter certaines lois qui nous amènent à des reculs démocratiques et mettent en danger nos institutions. Je lance un appel aux hommes de bonne volonté surtout aux leaders religieux parce que si nous continuons comme ça, il peut y avoir des faits graves.

Déjà ce matin, il y avait une bagarre générale entre des députés de l’opposition et de la majorité. La bagarre était tellement violente que des députés auraient pu même se blesser de façon grave. Woré Sarr a même failli perdre son doigt. Ils ont fait tomber le ministre de l’Environnement et son collaborateur. Mais c’est grave. La bagarre ne se passait pas seulement entre Oumar Sarr et Boughazeli. C’était une bataille rangée entre groupes de députés de l’opposition et de la majorité. Parmi les gens de l’opposition, j’ai vu Thierno Bocoum, Oumar Sarr, Mamadou Diop Decroix, Woré Sarr, etc. et Me El Hadji Diouf (je ne sais pas s’il est de la majorité ou de l’opposition, rire). Et de l’autre côté, il y avait toute une ribambelle de députés de la mouvance présidentielle. Cela ne nous honore pas. Même dans les cours de récréation de nos écoles, cela n’existe pas.

Quels sont les ministères dont le budget a été examiné par l’Assemblée nationale ?    

Il y a quatre ministères qui sont donc passés. Le ministère de la justice et de l’Environnement sont passés le matin et ceux du Tourisme et du Transport aérien et des Forces armées sont passés dans l’après-midi. Les incidents ont eu lieu le matin (hier) dans le cadre de la Commission du ministère de l’Environnement. Il faut qu’on fasse tout pour que de tels incidents ne se reproduisent plus à l’Assemblée nationale. On n’est pas sorti de l’auberge parce que c’est la majorité qui leur a offert un couloir pour se revigorer et dénoncer ce recul démocratique.

Il faut qu’on essaye de trouver une solution parce que le peuple nous attend sur d’autres terrains, notamment ceux de leurs préoccupations, mais pas la bagarre. Comment un député peut se glorifier ou se bomber le torse pour dire : j’ai giflé ou battu un autre député. Cette situation ne peut pas arranger la majorité. S’il y a quelque chose à perdre, c’est la majorité qui va perdre de sa crédibilité devant le peuple. Il faut savoir raison garder et trouver une solution pour sortir de cette impasse. Cette situation affaiblit le Parlement devant l’opinion et écorne son image. 

PAR MAMADOU DIALLO (STAGIAIRE)

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