Publié le 9 Jan 2015 - 16:22
IBOU FALL (JOURNALISTE, EDITEUR)

‘’Les disparus sont entrés dans la légende’’

 

Journaliste et éditeur du mensuel satirique Le p’tit railleur sénégalais, Ibou Fall se sent concerné par les attentats contre le journal Charlie Hebdo. Il revient dans cette interview sur la notion de liberté d’expression et évoque l’avenir de l’hebdomadaire endeuillé.

 

En tant que journaliste et éditeur d’un périodique satirique, que pensez-vous de l’attaque qui a visé Charlie Hebdo ?

Cette affaire est un grand moment de bêtise humaine comme il en arrive souvent. La preuve : Charlie Hebdo va tirer mercredi prochain à un million d'exemplaires. Il n'aura jamais atteint ce chiffre sans l'assassinat de ses figures emblématiques. Leurs assassins ont tué des hommes mais pas leurs idées. Bien au contraire. Les disparus sont entrés dans la légende. Mon sentiment est que les satiriques forment une famille de pensée. Et donc, nous ressentons différemment cette affaire de ceux qui clament qu'ils sont Charlie depuis hier. C'est notre famille de pensée qui est agressée et cela nous laisse croire que nous ne sommes pas à l'abri de ce genre de réaction. Surtout lorsqu’on voit à quel point il existe plein de personnes qui s'en réjouissent.

La liberté d’expression doit-elle être exercée aux dépens du respect des croyances religieuses ?

La seule liberté est celle que notre propre conscience nous offre. Chacun la trace pour lui-même. Et en affronte les servitudes. Chacun se donne ses propres limites, selon sa conscience. Il m'arrive d'être choqué et de me sentir insulté par les prêches des guides religieux. Mais c'est leur liberté de dire ce qu'ils veulent. Je ne les assassinerai pas pour autant.

Ainsi décapité, Charlie Hebdo peut-il continuer à vivre ?

La France regorge de journalistes de talents, de caricaturistes de génie. Ils prendront sans doute la relève. Le prochain Charlie Hebdo sera tiré à un million d'exemplaires. Je reste convaincu que d'autres prendront la relève. Il ne faut pas oublier que c'est l'héritier de Hara-kiri qui a été interdit en 1970 pour avoir chahuté la mort du général de Gaulle "Bal tragique à Colombey : un mort". Ils ont été plusieurs fois condamnés, censurés. Mais tiennent depuis toujours.

Mariam Diallo (Stagiaire)

 

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