Publié le 30 Oct 2026 - 16:34
SENEGAL AI SCALING HUB

L’IA au cœur des priorités

 

Malgré les grandes ambitions affichées, le New deal technologique reste confronté à plusieurs défis. À l’occasion du lancement hier du Senegal AI SCALING HUB, les acteurs ont mis en lumière les obstacles à surmonter pour faire de lA un véritable levier de développement.

 

Lancé il y a quelques mois, le new deal technologique poursuit son déploiement, mais de manière assez timide selon de nombreux acteurs. Hier, tout l’écosystème s’est donné rendez-vous dans un hôtel de la place pour les besoins du lancement du Sénégal AI Scaling Hub, une structure qui va permettre de réunir toutes les parties prenantes pour faire du Sénégal un hub numérique.

Cette ambition, selon le ministre des Télécommunications et du Numérique, s’inscrit dans les objectifs stratégiques de l’Agenda national de transformation Sénégal 2050, dont le New Deal technologique constitue la déclinaison numérique. “Nos objectifs à travers cette stratégie sont clairs et mesurables : porter la contribution du numérique au PIB à 15 % d'ici 2034, créer 150 000 emplois directs, dématérialiser 90 % de nos procédures administratives et assurer une connectivité haut débit à 100 % sur l'ensemble du territoire national”, a déclaré le ministre Samba Diouf.

Pour le directeur de l’Économie numérique, dans le cadre de la mise en œuvre de ces initiatives, le Sénégal peut compter sur des ressources humaines de qualité qui existent déjà mais aussi sur le grand enthousiasme patriotique suscité par le nouveau programme. Il donne l’exemple d’un startupper qui est venu le rencontrer pour lui présenter de magnifiques solutions, parfaitement adaptées au contexte local, même chez les moins instruits et les moins bien équipés.

Pour Roger Thiam, cette solution a la particularité de s’adresser à un double obstacle de certaines populations, celles du monde rural qui ont non seulement une barrière de langue mais aussi l’accès aux smartphones. “Ce startupper nous propose une solution vocale dans nos langues nationales parfaitement adaptée, mais il est aussi allé démarcher un industriel qui nous permet d’avoir des téléphones pas chers et qui peuvent recevoir cette solution. Il m’a fait un transfert d’argent via Wave sans toucher au téléphone et en utilisant nos langues nationales (wolof, sérère et diola) ; ce sont des solutions que chaque personne pourra utiliser quel que soit son niveau d’études, quelle que soit sa zone d’habitation”, souligne le DG Roger Thiam.

L’option du Sénégal, c’est d’identifier des problématiques concrètes auxquelles sont confrontés les Sénégalais pour y apporter des solutions. Pour le moment, le ministère accorde une attention particulière à trois secteurs spécifiques : Éducation, Santé et Agriculture. L’idée est de travailler avec les acteurs de ces secteurs pour identifier leurs problèmes, interagir avec les acteurs de l’écosystème pour trouver des solutions et enfin essayer de passer à l’échelle pour le développement de ces solutions.

Pour Cheikh Ndongo, intervenant, le Sénégal a tout ce qu’il faut pour relever le défi. “Nous avons l’infrastructure, un écosystème solide et très dynamique ; nous avons des laboratoires (UCAD, UGB, ESP…) ; de grandes entreprises (Sonatel, Wave, Expresso, Yas). Nous avons également des entreprises spécialisées sur la partie infrastructures dont le savoir-faire n’est plus à démontrer ; il s’agit de tous les mettre ensemble pour le développement du secteur”, souligne le spécialiste, qui n’a pas manqué de relever pas mal de défis.

Des progrès qui restent timides

Parmi les défis identifiés par les intervenants, il y en a qui sont imputables à l’administration : lenteurs administratives ; procédures lourdes ; défaut de coordination des initiatives… Le deuxième grand défi, selon Ndongo, est lié aux infrastructures, avec notamment des datacenters peu performants. L’expert pointe également les équipements et la gouvernance qui doivent être améliorés… Mais l’un des plus grands obstacles, c’est le financement. “La question du financement et de la soutenabilité est un gros problème. Sur un objectif de mille milliards, nous n’avons mobilisé à ce jour que 200 milliards, soit un cinquième du besoin”, regrette le spécialiste, qui estime qu’il faut une mobilisation plus importante du secteur privé et des champions.

Pour réussir le pari, le Gouvernement compte surtout sur des ressources humaines de qualité. À cet effet, une place très importante a été donnée à la formation non seulement des acteurs mais aussi des utilisateurs. À noter que d’importantes solutions existent déjà dans plusieurs secteurs, notamment dans le domaine de la lutte contre le cancer du côlon où des chercheurs de l’ESP mènent des travaux très intéressants et prometteurs. Là où il y a encore des efforts à faire, c’est dans la mise à l’échelle.

Une révolution à ne pas manquer

L’intelligence artificielle, de l’avis du ministre, représente une révolution majeure et le Sénégal ne doit pas être en reste… “Nous voulons que le Sénégal en soit un acteur de premier plan, non un simple spectateur. Nous allons mettre ensemble tous les acteurs pour relever ce défi”, souligne-t-il.

Dans la phase pilote, selon lui, le Gouvernement cible la santé, “pour mieux prévenir et mieux guérir”, l’éducation, “pour permettre un accès plus équitable à la connaissance, quel que soit le lieu où on est né”, mais aussi l’agriculture, “pour une augmentation durable des rendements, pour accélérer l’atteinte de notre objectif de souveraineté alimentaire”, a renchéri le ministre Samba Diouf. Cette ambition, estime-t-il, requiert des fondations numériques robustes.

Pour le représentant de la fondation Gates, partenaire de l’initiative, l’une des priorités doit être de doter les Sénégalais d’une identité numérique pour leur permettre d’accéder à tous les types de services.

MOR AMAR

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