“Il existe des divergences entre Israël et le Sénégal, mais...”

En poste au Sénégal depuis août 2024, l'ambassadeur d'Israël au Sénégal, Son Excellence Yuval Waks, est en fin de mission. Dans cet entretien accordé à EnQuête, celui qui est également accrédité comme ambassadeur non-résident auprès du Cap-Vert, de la Gambie, de la Guinée et de la Guinée-Bissau, revient sur son passage au Sénégal, ses réalisations, ses regrets et satisfactions ainsi que l'état des lieux de la relation israélo-sénégalaise.
Excellence, après 18 mois à la tête de l'Ambassade d'Israël au Sénégal, vous arrivez à la fin de votre mission, avez-vous le sentiment de l'avoir accomplie ?
Je termine ma mission avec un sentiment de satisfaction, tout en sachant qu'en diplomatie, il reste toujours quelque chose à accomplir. Ces deux dernières années ont été particulièrement complexes, notamment pour Israël, et le contexte régional au Moyen-Orient a naturellement eu un impact sur notre travail au Sénégal. Malgré cela, nous avons réussi à maintenir un dialogue constant, à approfondir nos relations avec de nombreux acteurs sénégalais et à poursuivre des coopérations concrètes. Pour moi, le fait d'avoir pu continuer à dialoguer et à travailler ensemble, même dans une période marquée par des divergences importantes, constitue en soi un résultat significatif.
Qu'est-ce que vous retenez le plus du Sénégal ?
Avant tout, les Sénégalais. La Teranga n'est pas seulement un mot : lorsqu'on vit ici, on comprend qu'elle représente toute une culture de l'accueil, de l'ouverture et des relations humaines. J'ai également été très impressionné par la capacité de la société sénégalaise à conjuguer des traditions, une identité et une foi fortes avec une véritable culture de tolérance et de dialogue. Je quitte le Sénégal avec de nombreuses amitiés et des liens personnels qui, j'en suis certain, m'accompagneront encore longtemps.
Durant votre mandat, dans quels secteurs avez-vous mis le plus l'accent et pourquoi ?
Nous avons choisi de nous concentrer sur les domaines dans lesquels l'expérience et le savoir-faire israéliens peuvent répondre à des besoins concrets du Sénégal, notamment l'agriculture, l'eau, la santé, l'innovation et la formation professionnelle. Il était important pour moi que notre coopération ne reste pas limitée aux rencontres officielles et aux déclarations, mais qu'elle puisse produire des résultats concrets sur le terrain. C'est pourquoi nous avons également cherché à agir au-delà de Dakar, à mieux comprendre les besoins locaux et à construire des partenariats avec des acteurs sénégalais.
Si vous deviez juger le Sénégal en termes de développement, que diriez-vous ?
Je ne pense pas qu'il appartienne à un ambassadeur étranger de donner une note au pays dans lequel il sert. Ce que je peux dire, en revanche, c'est que le Sénégal dispose d'un potentiel considérable : une population jeune, une position stratégique, une tradition institutionnelle importante et de nouvelles ressources qui peuvent ouvrir de nombreuses perspectives. Il existe naturellement aussi des défis, notamment en matière d'emploi des jeunes, d'éducation, de santé, d'agriculture et d'infrastructures. L'un des grands enjeux des prochaines années sera de parvenir à transformer ce potentiel en croissance et en améliorations concrètes dans la vie quotidienne des Sénégalais.
Quel est le poids d'Israël dans l'économie sénégalaise ?
Israël ne figure pas parmi les principaux partenaires commerciaux du Sénégal. Il serait donc réducteur de mesurer notre relation uniquement en termes de volume des échanges. La valeur ajoutée d'Israël au Sénégal réside beaucoup dans le partage de connaissances, d'expérience et de savoir-faire, notamment dans deux domaines essentiels : l'agriculture et la santé. Dans le domaine agricole, Israël dispose d'une longue expérience de l'agriculture dans des conditions climatiques difficiles, de l'irrigation, de la gestion de l'eau et de technologies permettant d'améliorer les rendements et la productivité. Dans le domaine de la santé, notre coopération repose notamment sur le transfert de connaissances, la formation professionnelle et le partage d'expérience entre professionnels et institutions médicales. Ce sont des domaines qui ont un impact direct sur la vie des populations et dans lesquels je vois un potentiel considérable pour approfondir encore la coopération entre Israël et le Sénégal.
Quelle a été votre plus grande satisfaction et quel a été votre plus grand regret durant ces deux années ?
Ma plus grande satisfaction réside dans les relations que nous avons construites et dans le fait d'avoir vu certaines coopérations se transformer en réalisations concrètes. Je suis particulièrement fier des projets menés dans les domaines de la santé, de l'agriculture et de la formation, ainsi que de notre capacité à aller au-delà de Dakar et à toucher différentes communautés. S'il y a un regret, c'est que le contexte régional et la guerre aient limité notre capacité à réaliser tout le potentiel de la relation entre nos deux pays. Plusieurs initiatives auraient pu avancer plus rapidement et à une plus grande échelle. Je suis heureux que la prochaine Ambassadrice d'Israël au Sénégal puisse poursuivre le travail là où nous le laissons, et je lui souhaite de pouvoir développer encore davantage la coopération entre nos deux pays.
Comment avez-vous trouvé les relations israélo-sénégalaises à votre arrivée et où les avez-vous amenées ?
À mon arrivée, j'ai trouvé une relation ancienne, avec une longue histoire de coopération, mais également des divergences sur certaines questions politiques. Durant mon mandat, cette relation a été confrontée à une épreuve importante à la suite du 7 octobre et de la guerre qui a suivi. Il existe des divergences entre Israël et le Sénégal et il ne sert à rien de les cacher. Mais malgré ces désaccords, nous avons réussi à préserver les relations diplomatiques, à maintenir les canaux de communication ouverts et à poursuivre la coopération dans de nombreux domaines. À mes yeux, la solidité d'une relation entre deux pays ne se mesure pas seulement lorsque tout le monde est d'accord, mais aussi à la capacité de continuer à dialoguer et à travailler ensemble lorsque des désaccords existent.
Quel sera l'avenir de cette coopération ?
Je suis optimiste. Les relations entre Israël et le Sénégal sont bien plus anciennes que le mandat d'un ambassadeur ou d'un autre. Elles reposent sur des intérêts communs, mais également sur des liens humains construits au fil des années. Il existe de nombreuses possibilités d'approfondir notre coopération, notamment dans l'agriculture, l'eau, la santé, la technologie, l'innovation et la formation. Je suis convaincu que, lorsque le contexte régional le permettra, cette coopération pourra se développer de manière beaucoup plus importante.
A-t-il été facile pour vous d'être Ambassadeur dans un pays où la majorité de la population est opposée à la politique militaire de votre pays ?
Je ne reprendrais pas nécessairement l'affirmation selon laquelle il s'agit d'une « majorité de la population ». En revanche, il ne fait aucun doute qu'il existe au Sénégal de fortes critiques à l'égard d'Israël et de la guerre à Gaza, et je suis pleinement conscient de la sensibilité et des émotions que cette question suscite ici. Cela a évidemment rendu mon travail plus complexe, mais c'est aussi précisément le rôle de la diplomatie. Un ambassadeur n'est pas envoyé uniquement pour parler avec ceux qui sont d'accord avec lui. Mon rôle était d'expliquer la position d'Israël, mais aussi d'écouter et de comprendre les positions sénégalaises, même lorsque nos points de vue étaient très éloignés. Je suis fier que, même dans les moments les plus difficiles, nous ayons réussi à préserver le dialogue et le respect mutuel.
Si vous aviez un conseil à donner à votre successeur, quel serait-il ?
Je lui dirais : sortez de Dakar. Parcourez le Sénégal, rencontrez les Sénégalais, écoutez-les et cherchez à connaître le pays au-delà des réunions officielles et de la politique. Le Sénégal est beaucoup plus vaste et beaucoup plus riche que ce que l'on peut voir depuis un bureau à Dakar. J'ai appris ici qu'en définitive, les relations entre les États se construisent d'abord entre les personnes, et que la confiance et les relations humaines sont à la base de presque tout.
PAR CHEIKH THIAM






