Des Afro-américains déplorent la non-participation de Gorée
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Présents à Dakar dans le cadre d’une série d’activités, des intellectuels américains conduits par l’animateur culturel, Malick Kane, ont pris l'initiative de pousser les Sénégalais à entreprendre le futur sous de nouveaux auspices. Cependant, ils déplorent le fait que Gorée ne célèbre pas la journée mondiale de l’esclavagisme.
La journée mondiale de l'esclavagisme occupe une place de choix dans l'agenda des peuples noirs et afro-américains. Mais au Sénégal, l'esclavagisme ne figure guère dans l'agenda culturel. Un fait que dénoncent des militants des droits de l’Homme qui déplorent que le Sénégal ne célèbre pas à sa juste valeur la journée mondiale de l’esclavage alors qu’il a voté cette loi.
‘’Comment comprendre qu’aucune manifestation n’ait été organisée à Gorée, lieu symbolique de l’esclavage. C’est dommage pour le Sénégal que Gorée soit délaissée, il n’y aucune vision pour inscrire Gorée dans le site des consciences, de par son symbolisme, son importance, ses enjeux au plan économique.
Gorée n’a même pas de budget, il dépend du budget du patrimoine historique qui gère d’autres sites. Il ne sert que de site pleurnichoir’’, se désole l'animateur culturel Malick Kane. Pour lui, comme pour le vétéran Rasul Muray, la question de l’esclavage mérite d’être intégrée au rang des priorités pour éviter de verser dans l’esclavagisme moderne qui se présente sous plusieurs formes.
‘’L’esclavage est une question éducationnelle. Aux États-Unis, par exemple, les ressortissants africains y exercent des métiers minables que répugnent les Afro-américains, mais ils sont contraints de les pratiquer à cause de la clandestinité’’, renseigne Rasul Muray.
En outre, si les autorités sénégalaises sont tenues, à ses yeux, à l’obligation de se pencher sur cette problématique, c’est parce qu’au niveau culturel, idéologique, 'si on n'a pas un mouvement qui aide les Africains à se saisir de leur âme, de leur authenticité face à cette mondialisation, on ne pourra pas prétendre au développement.
''Toutes les grandes nations se sont développés à partir de leur propre identité, de leurs propres modèles endogènes car le développement est humain au départ. Dès lors, les autorités doivent apprendre à toucher la fibre patriotique, et toucher une fibre émotionnelle’’, déclare le jeune Malick Kane. Ce dernier, avec le vétéran Muray, veut amener les Sénégalais à procéder à une analyse rationnelle de l’esclavage mais aussi à tirer des enseignements de la célébration, l'année dernière, du cinquantenaire de l’institution historique et culturelle, ‘’African Ground Burial National Monument,’’
Fédérer les énergies pour le triomphe des noirs
A travers une série d’activités, un groupe d'intellectuels a décidé de poser des jalons pour la déconstruction des mentalités et par là, favoriser également l’égalité des peuples. Il sera aussi question de construire un pont entre des chercheurs sénégalais qui ont travaillé sur la question, afin de fédérer les énergies pour le triomphe de la race noire.
Pour ce groupe de penseurs, l’Afrique doit s’inspirer du combat mené avec brio par des Afro-américains pour sortir des sentiers battus et restaurer aux Noirs leur dignité. Dans cette dynamique, ils rappellent que ''l’African Burial Ground New York'', considéré comme un ''Terrain d’enterrement des morts'' des premiers Africains esclaves de New York de 1640 à 1790, a pu s’imposer grâce à un engagement sans faille d’une communauté déterminée.
Par ailleurs, pour l’animateur culturel, Malick Kane, la contribution des esclaves et autres Africains dans l’essor des États-Unis est de taille. Par conséquent, il juge que ce sujet, loin d’être en déphasage avec les défis de l’heure, peut aider le continent noir à ouvrir une page plus dynamique.
Matel BOCOUM