Publié le 26 Oct 2026 - 17:12
LOI DE FINANCES RECTIFICATIVE

Pastef pose ses conditions au gouvernement

 

Face au projet de loi de finances rectificative (LFR), les députés de la majorité parlementaire soutiennent qu'ils ne cherchent pas à bloquer l'action gouvernementale ni les transferts sociaux. Le parti d'Ousmane Sonko demeure exigeant par rapport à la transparence et au maintien des investissements prioritaires dans les services publics.

 

Transparence et réserves sur la LFR : la mise au point d'El Malick Ndiaye

Les débats autour de la loi de finances rectificative (LFR) continuent de susciter de vives réactions dans l'espace politique. Lors d'un point de presse organisé par son parti ce dimanche, El Malick Ndiaye, ancien président de l'Assemblée nationale, a tenu à clarifier la posture des parlementaires de sa formation. Face aux accusations d'obstruction, le responsable politique assure que les députés de Pastef ne s'inscrivent nullement dans une démarche de blocage systématique de l'action publique, mais entendent au contraire formuler des propositions constructives et responsables pour préserver les ménages.

« Nous ne refusons pas le dialogue et nous ne cherchons pas à bloquer les bourses de sécurité familiale », a-t-il affirmé.

L'objectif affiché par les parlementaires du parti est d'obtenir la mise en place de mécanismes clairs, précis et transparents. Selon eux, la protection des citoyens et le soutien à leur pouvoir d'achat exigent une gouvernance exemplaire et des garanties concrètes pour que les Sénégalais soient « effectivement protégés ».

Au-delà des modalités d'application, El Malick Ndiaye exprime de profondes réserves quant à l'opportunité même de voter un tel texte à ce stade de l'année financière. Selon le vice-président de l'Assemblée nationale, le projet de loi de finances rectificative soumis aux députés intervient à une période où l'essentiel des crédits et des ressources budgétaires en jeu est déjà largement engagé, voire totalement consommé par l'administration. Dans ces conditions, les marges de manœuvre pour rectifier le tir s'avèrent particulièrement restreintes. « Même si ce texte était adopté, son impact resterait limité », a-t-il soutenu.

À travers cette position exprimée ce dimanche, la formation politique réaffirme sa double exigence : une transparence rigoureuse concernant la gestion des fonds d'aide sociale et l'arbitrage de choix budgétaires dont l'impact économique direct sur le pouvoir d'achat des populations est « réellement perceptible ».

Sur un autre terrain, alors que le gouvernement cherche à maintenir le contact avec le Parlement, les tentatives de rapprochement menées par l'Exécutif se heurtent à de vives réticences au sein du groupe parlementaire de la majorité. La récente main tendue par le Premier ministre Al Aminou Lo a suscité des réactions très fermes de la part d'El Malick Ndiaye, lors de cette même rencontre avec la presse, dénonçant ouvertement des attitudes jugées contradictoires et dévalorisantes à l'endroit de la représentation nationale.

Le député a fermement critiqué des prises de position publiques qu'il estime irrespectueuses envers les parlementaires de son groupe, mettant en doute la bonne foi de l'appel à la concertation lancé par la primature : « Il ne peut pas se permettre de nous insulter, de nous rabaisser, de dire que les députés de Pastef ne parlent pas bien français et ensuite revenir nous parler de dialogue », a-t-il fait valoir.

Pour l'ancien président de l'Assemblée nationale, cette situation pose une question fondamentale de cohérence politique et de considération institutionnelle. Interrogeant la sincérité de la démarche gouvernementale, le parlementaire a lancé une interpellation directe : « Ils dialoguent avec qui ? », s’est-il interrogé.

À travers cette déclaration, El Malick Ndiaye rappelle que toute concertation républicaine doit reposer sur des bases saines et sur un respect mutuel strict entre les pouvoirs exécutif et législatif. Cette sortie met en lumière la persistance de vives tensions politiques alors même que le chef du gouvernement affirme sa disposition à échanger directement avec les élus de Pastef pour débloquer la situation.

Éducation et services publics au cœur du bras de fer budgétaire

Au-delà des querelles de méthodes et de ton, le différend entre l'Exécutif et la majorité parlementaire porte sur des choix d'orientation budgétaire structurants pour le pays. L'un des points de friction les plus importants concerne la prise en charge des infrastructures éducatives, et plus particulièrement la question de la résorption des abris provisoires dans le système scolaire sénégalais.

Intervenant également lors du point de presse de ce dimanche, le président du groupe parlementaire Pastef, Ayib Daffé, est monté au créneau pour déplorer la suppression des crédits initiaux qui étaient spécifiquement alloués à la résorption de ces abris. Selon lui, ce programme constitue une politique publique vitale pour réduire les inégalités territoriales et sociales, tout en garantissant une véritable égalité des chances pour tous les élèves du pays. « On ne peut pas sacrifier l’éducation », a-t-il défendu avec véhémence.

À l'instar d'El Malick Ndiaye, Ayib Daffé tient à préciser que son groupe ne cherche en aucun cas à paralyser la marche des institutions ou à rejeter d'emblée la discussion. Toutefois, le parlementaire insiste sur le fait que l'opposition de son parti porte sur la hiérarchie des dépenses publiques retenue dans le projet de LFR, des arbitrages qui pourraient avoir des conséquences néfastes sur la qualité des services offerts aux citoyens.

Tout en reconnaissant le bien-fondé et l'importance des bourses de sécurité familiale destinées à soulager de manière immédiate les ménages les plus vulnérables face à la conjoncture économique difficile, le président du groupe parlementaire estime que l'assistance financière directe ne doit pas se faire au détriment des investissements d'avenir.

« Donner de l’argent aux Sénégalais pour les soulager est une bonne idée, mais leur donner cet argent sans avoir d'écoles pour apprendre, d'hôpitaux pour se soigner et de routes pour se déplacer n'est pas pertinent », soutient-il.

MAMADOU DIOP

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