Aminou sans concession !

Face à une perte de recette substantielle et à l’explosion des charges publiques provoquées par la guerre en Iran, le Gouvernement n’avait d’autres choix que de revoir ses choix budgétaires. Le Premier ministre a fait le point en Conseil des ministres, hier.
Plus de 340 milliards de pertes de recettes, plus de 540 milliards de dépenses supplémentaires à supporter, un déficit qui repart à la hausse…. Voilà les principales raisons mises sur la table par le Premier ministre Al Aminou Lo pour justifier la nécessité impérieuse de cette loi de finances rectificative soumise à l’examen de l’Assemblée nationale. Pour lui, il faut faire la différence entre la prérogative parlementaire de faire proposer des amendements et l’obstruction du travail gouvernemental.
“L’article 82 de la Constitution donne aux députés la prérogative de l’amendement. Vous voulez cette prérogative, prenez-là. Et assumez la devant vos mandants : le peuple sénégalais. Mais ce que nous voyons, c’est plus de l’obstruction. Nous demandons à ceux qui ont rejeté ce texte en commission de formuler des amendements sans rester dans des généralités, qui s’apparentent plus à de l’obstruction”, a souligné le chef du gouvernement face aux journalistes, rappelant que ces arbitrages ont été faits dans les mêmes conditions que ceux des budgets précédents.
Justification et alerte
Pour Al Aminou, il faut surtout noter que cette LFR ne vise qu’à corriger la loi de finances initiale qui est confrontée dans sa mise en œuvre à des limites objectives. “Nous avons juste l’obligation de rectifier en tenant compte de certains événements qui n’étaient pas prévus. Si la majorité n’est pas d’accord sur certains aspects, il peut faire ses amendements. Mais, ne punissez pas le peuple sénégalais”, fulmine Al Aminou Lo, qui alerte sur les dangers éventuels d’un refus de vote de la LFR. “Ce qui est en cause, c’est de savoir comment préserver la continuité de l’État, de protéger nos compatriotes et maintenir le cap de notre transformation, lorsque les ressources disponibles ne permettent plus de financer toutes les ambitions... Le danger est le suivant : avec les fortes hausses sur les prix de l’énergie, si les subventions sont épuisées, aucun comptable public n’est autorisé à les exécuter”, prévient Al Aminou Lo.
A l’instar du Premier ministre, le ministre des Finances Cheikh Diba est largement revenu sur les baisses de recettes. Il l’impute principalement aux contre-performances du Plan de redressement économique et social. La situation, selon lui, aurait pu être plus grave, n’eut été les performances de la Douane et des impôts qui ont pu mobiliser au-delà de leurs objectifs. “Cette contre-performance est de 451 milliards, si on tient compte des prévisions de la LFI 2026. Mais ces contre-performances ont été atténuées par les performances enregistrées au niveau de la douane et des impôts. Cela nous a permis d’avoir 81 milliards 200 millions supplémentaires, en plus de leurs objectifs. Ce qui a permis de limiter à 340 milliards 300 millions de francs CFA”, souligne le ministre des Finances.
Dans le même temps, les dépenses publiques ont explosé à cause de la guerre en Iran. Diba de rappeler le travail important qui a été fait depuis 2024 et qui doit continuer. “Si nous ne faisions rien, il serait extrêmement difficile de couvrir notre besoin de financement qui allait augmenter. On allait constater une reconstitution des arriérés sur lesquels nous avons commencé à faire des efforts remarquables. À date, si on tient compte des paiements effectués avec la LFR 2 de 2025, nous avons prévu 500 milliards 900 millions au titre de l’apurement des arriérés. Sur les 1 956 milliards qui restent, nous avons prévu 300 milliards dans la présente LFR”, explique le ministre des Finances.
Pour lui, les parties ont le devoir de s’entendre pour préserver la crédibilité de l’Etat. “Si ce projet n’est pas validé, cela pose un problème de crédibilité de l’État, non seulement vis-à-vis des Sénégalais, mais également vis-à-vis des partenaires qui nous accompagnent”, poursuit l’argentier de l’État.
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Sur les suppressions de dépenses
Malgré la situation difficile, le Gouvernement a tenu à préserver certains investissements jugés prioritaires, sans compromettre les salaires, les missions essentielles de l’État, les dépenses de sécurité et celles liées à la protection sociale prioritaire. Le Premier ministre est largement revenu sur les conditions posées par la majorité parlementaire.
En ce qui concerne les investissements publics, Al Aminou Lo a tenu à préciser qu’ils ont été reconduits à l’identique dans les autorisations d’engagement, même si des ajustements ont été faits sur les crédits de paiement pour certains types d’investissements. Le Gouvernement a ciblé, selon lui, les investissements qui ne sauraient en aucune façon être exécutés cette année.
Au total, le PLFR prévoit une baisse sur les crédits d’investissement de l’ordre de 555 milliards. “Mais c’est juste un investissement différé à l’année prochaine, parce que, soit les conditions de consommation ne sont pas réunies, soit il y avait des dépenses plus urgentes qu’il fallait aménager”, a précisé le Premier ministre.
A l’en croire, la majorité doit aussi savoir que certains de ses investissements étaient subordonnés à la réalisation des recettes dans le cadre du PRES. “Soyons clairs, nous étions tous là. Certains de ces investissements dépendaient du rendement du Programme de redressement économique et social, qui n’a pas donné le rendement nécessaire. Donctoutes les dépenses adossées au PRES n’ont pu être exécutées”, précise Al Aminou Lo, évoquant la responsabilité de son prédécesseur qui a supervisé cette LFI et de la majorité parlementaire qui l’avait votée.
En fin septembre, selon lui, les réalisations étaient de l’ordre de 173 milliards. Son gouvernement ne fait que corriger ces carences. “Est-ce qu’on va nous demander de réaliser coûte que coûte ces investissements qui étaient conditionnés aux recettes qui n’ont pas été mobilisées ? Dites la vérité aux Sénégalais : ces investissements c’était sous réserve de la réalisation des recettes du PRES”, s’est-il insurgé.
En ce qui concerne les projets financés sur ressources extérieures, les dépenses ont été baissées de 239 milliards, dont 143 milliards de décaissements suspendus, au titre d’opérations financières par une banque internationale. Le Premier ministre a insisté sur le fait que tous ces investissements suspendus ont été reconduits dans les autorisations d’engagement et le gouvernement compte poursuivre l’exécution en 2027.
Selon le Premier ministre, vouloir imposer au Gouvernement un budget qui préserve à la fois tous les investissements et en même temps les priorités sociales dans un contexte de moins-value de recettes de 540 milliards, c’est faire preuve d’une incohérence. Le gouvernement, estime-t-il, était obligé de faire des arbitrages.
Transparence sur les 120 milliards de francs du mécanisme de protection d’urgence contingente
Dans ces conditions, Pastef a aussi exigé la transparence sur les 120 milliards de francs du mécanisme de protection d’urgence contingente de la Banque mondiale. Pour Al Aminou Lo, le Gouvernement est prêt à produire toutes les informations nécessaires. Ce mécanisme, rappelle-t-il, a été mis en place par la BM pour permettre aux pays dans un contexte de crise de recourir à ce guichet pour éviter de faire vaciller le front social. 75 milliards de l’enveloppe ont été utilisés pour l’énergie, pour permettre à la Senelec et à la SAR de continuer à s’approvisionner ; 50 milliards sont affectés aux bourses de sécurité familiale.
A en croire Al Aminou Lo, Pastef aurait reproché au Gouvernement le paiement de ces bourses. “L’anecdote, c’est qu’on nous reproche d’avoir augmenté le montant des bourses, en nous disant que c’est pour faire de la politique. Nous rappelons que nous avons 1 million de ménages qui sont pauvres, soit 800 000 personnes concernées. On ne couvrait que 350 000 ménages. Cette année, nous serons à 400 000 ménages ; un million à partir de l’année prochaine. On nous a demandé de ne pas augmenter les bourses. Chacun n’a qu’à assumer ses positions”, accuse le PM.
Selon lui, Pastef est dans la désinformation et la manipulation. “On peut certes s’opposer, mais pas colporter des mensonges ; ce n’est pas responsable”, dénonce-t-il, non sans préciser que les bourses ont été portées de 35 milliards à 70 milliards.
En sus des bourses qui ont été revues à la hausse, le gouvernement insiste également sur la détermination à poursuivre les efforts pour éponger la dette due au secteur privé, évalué à 1 956 milliards. Dans le PLFR, il a été prévu un montant de 300 milliards pour soulager les entreprises. “Si on ne vote pas la LFR, cela va attendre, alors que ça concerne des milliers de Sénégalais. Ne pas voter la LFR, c’est empêcher une entreprise du BTP de retrouver la trésorerie, de reprendre un chantier interrompu, de payer ses fournisseurs et de renouveler des équipements”, plaide le Premier ministre.
Trains de vie de l’Etat : des ponctions de 150 milliards
Toujours sur les accusations de Pastef, le PM a informé que 180 milliards de FCFA ont été ponctionnés sur les crédits de fonctionnement. Les dépenses liées aux fournitures, aux consommables, aux séminaires et aux cérémonies ont été fortement réduites, seules les dépenses obligatoires ayant été maintenues. Il interpelle également l’ancien gouvernement sur son bilan en matière de maîtrise des dépenses publiques.
Concernant les conclusions des travaux sur le secteur parapublic, le Premier ministre indique qu’elles avaient été transmises à son prédécesseur depuis 2025. Il annonce une accélération du processus, tout en insistant sur la nécessité de garantir la qualité du travail réalisé. Le chef du gouvernement met en garde contre une précipitation qui ne tiendrait pas en compte le sort des travailleurs concernés
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Les révélations fracassantes du PM Traitement de la dette, subventions énergétiques, fonds politiques : les révélations fracassantes du Premier ministre. Traitement de la dette “Je peux vous avouer que je me suis retrouvé dans son bureau (le bureau de l’ancien Premier ministre), quelques semaines avant qu’il ne quitte le poste. Je lui ai demandé qu’est-ce qu’on fait avec le traitement de la dette ? Il m’a dit : Monsieur le ministre d’Etat, je suis d’accord, mais trouvons la bonne appellation. Eh oui, il était d’accord. Je lui donnerai la date exacte qui est là dans mon téléphone, s’il le veut”, révèle le PM. Très en verve, il a estimé également que son prédécesseur était aussi d’accord pour la révision des prix. Il l’a défendu aussi bien en Conseil des ministres qu’à d’autres occasions. “L’alternative était simple : soit les Sénégalais le supportent et il n’y aurait pas eu de révision sur cette ligne. Soit faire supporter la charge au budget de l’État. Il s’est agi d’aller chercher plus de 500 milliards dans les différents projets… Nous ne sommes pas des paresseux, nous sommes une équipe particulièrement douée, et on est allé chercher ces 540 milliards, pour une bonne partie sur des investissements qui n’allaient pas s’exécuter”, se défend le Premier ministre. Dans le même sillage, à propos des crédits spéciaux, le Premier ministre Al Aminou Lo qui s’est jusque-là gardé d’aborder le sujet a été un peu plus loquace. “C’est peut-être la seule chose qui les intéresse, mais ce n’est même pas 1% du budget. On veut bloquer, parce qu’on est mauvais perdant”, regrette le chef du gouvernement. Pour lui, le président de la République n’a jamais refusé d’encadrer ces fonds. Il est revenu sur des accusations de Ousmane Sonko selon lesquelles il avait essayé d’inscrire cette question à l’ordre du jour du Conseil des ministres, mais s’est heurté au refus du chef de l’Etat. “Nous nous sommes retrouvés, en pré-conseil, avec un décret qui encadre les crédits spéciaux qui est tombé sur nos boites mail à 1H du matin…. Le Président lui a dit : Monsieur le Premier ministre, comment nous pouvons avoir un débat serein dans ces conditions, avec un document que vous nous avez envoyé à 1H du matin. Voilà ce qui s’est passé. Il (le Président) lui a dit textuellement ceci : je ferai encadrer les crédits spéciaux. Mais comme vous connaissez le Président, il a dit qu’il va le faire dans la sérénité”, rapporte l’ancien ministre d’Etat. Il estime que les crédits spéciaux sont indispensables pour un Etat qui se déclare tenu par la solidarité dans son préambule. Pour lui, le président avait juste demandé à son prédécesseur un travail supplémentaire qui n’a pas été fait. Cela dit, il a rappelé que son prédécesseur a fait usage desdits fonds pendant trois exercices budgétaires. “Comme on dit, charité bien ordonnée commence par soi. Moi je sais ce que j’ai trouvé à la primature et ce que je n’ai pas trouvé à la primature. Ce que j’ai trouvé de plus qui n’aurait pas dû être fait…. Restons dans la cohérence. Un État doit fonctionner avec des crédits spéciaux, c’est ça la responsabilité. On ne peut pas, après 3 ans, venir subitement faire n’importe quoi”, charge-t-il. Plaidoyer pour un dialogue sincère De l’avis du Premier ministre, l’espoir est encore permis. Pour sa part, il est prêt pour retrouver le président de l’Assemblée nationale pour une séance d’explication, comme il le lui a toujours proposé. “Après la DPG, je lui ai proposé des échanges techniques avec des personnes qu’il désignerait, dès le 8 septembre. Il m’en a consenti le principe avec cette phrase : je vais voir. Le jeudi 15 octobre 2026, à 13H56, à l’issue d’un échange téléphonique avec un des vice-présidents de l’Assemblée nationale, je lui ai chargé de rappeler au président de l’Assemblée nationale ce dont on avait convenu dans le cadre de la LFR. Aucune réaction, sinon celle de m’inviter à un débat public”, regrette Al Aminou Lo. Au président de l’Assemblée nationale qui préconise un débat public, il propose des échanges techniques féconds entre les deux parties dans le seul but de trouver des solutions. “Je remets cette offre sur la table. Monsieur le président de l’Assemblée nationale, solennellement, je ne peux pas débattre avec vous ; nous ne sommes pas en campagne électorale. Ça ressemblerait à une République bananière. Si vos portes me sont ouvertes, je viens avec tous les ministres pour répondre à toutes vos questions. Si vous souhaitez le faire ce soir, mon téléphone est ouvert ; je passe immédiatement avec tous les ministres. Si vous le voulez, je passe des demain. Nous devons nous donner la main pour que les Sénégalais puissent passer à autre chose. Il faut qu’on passe à autre chose”, plaide le chef du Gouvernement. La seule chose qui doit prévaloir, selon lui, c’est l’intérêt supérieur de la Nation. Pour Al Aminou, il n’y a pas à priori de concession à faire. Il faut juste se parler pour se retrouver, puisque les propositions sont déjà très raisonnables. “Il n’y a pas de concession à faire à priori. Parce que ce que nous présentons est très rationnel. Normalement ça ne devrait pas poser de problème. Maintenant, si nous n’y arrivons pas, nous avons des ressorts constitutionnels qui doivent aider à poursuivre la trajectoire. Mais je reste confiant que nous allons nous entendre”, souligne le PM. Al Aminou Lo invite ainsi Pastef à renoncer au ‘gatsa gatsa’ à cause de ses revers devant le Conseil constitutionnel. “Face à ces revers devant le Conseil, ils se disaient peut-être qu’ils vont nous attendre au coin. Mais faut-il attendre un gouvernement au coin au risque de mettre un peuple en péril ? Parce que des choses leur ont été refusées de par la loi, ils prennent la seule prérogative qui leur reste : bloquer le budget de l’État du Sénégal. Les Sénégalais pourront apprécier, mais en tant que gouvernement, nous allons prendre toutes nos responsabilités”, met-il en garde. Le Premier ministre écarte toutefois l’application de l’article 86 dans le contexte des JOJ. Il serait irresponsable, selon lui, de plonger le pays dans une situation sans gouvernement. “Si le blocage doit perdurer, nous allons utiliser tous les outils institutionnels à notre disposition. La majorité doit savoir que ce ne sont pas seulement les Sénégalais qui nous regardent, c’est le monde entier. Ils n’ont pas le droit d’offrir un spectacle théâtral. Ressaisissons-nous pendant qu’il est encore temps. Comme nous avons su le faire entre 2021 et 2024 dans une situation plus compliquée.” |
MOR AMAR






