Publié le 2 Jun 2021 - 23:30
NOTAIRES, AVOCATS, HUISSIERS…

Les laissés pour compte crient leur ras-le-bol !

 

Pendant que le gouvernement essaie de mobiliser toutes les énergies pour lutter contre le chômage des jeunes, certaines professions libérales continuent de trainer le pas pour l’organisation de concours, en vue de recruter de jeunes diplômés, malgré des déficits criards. Au même moment, chez les notaires et les huissiers, alors que des jeunes ayant réussi aux concours très sélectifs, éprouvent toujours des difficultés à avoir leurs cabinets, quelques privilégiés continuent de passer entre les mailles, sans passer par le concours pourtant obligatoire.

 

Pour la plupart des étudiants de la faculté de droit, le rêve est d’intégrer les professions libérales comme le Barreau, le Notariat, la profession d’huissiers, entre autres. En principe, dans ces professions, seul un concours permet d’y entrer. Mais en réalité, ceci ne semble vrai que dans le corps des avocats qui tient régulièrement des concours pour recruter de nouveaux membres. Dans les autres professions libérales, le système du bras-long a primé jusque-là sur celui du mérite. Bien des jeunes Sénégalais ont ainsi vu leur rêve brisé, en raison de cet ostracisme.

Chez les huissiers de justice, on ne se limite plus à ne pas organiser le concours, on essaie par tous les moyens de contourner les dispositions règlementaires. Dernièrement, un arrêté a été pris par le Garde des Sceaux pour nommer onze clercs stagiaires, sans passer par aucun concours. Pour ce faire, une nouvelle disposition transitoire a été insérée dans le décret portant statut des huissiers, pour éviter les obstacles d’ordre règlementaire.

En 2018, en effet, la Cour suprême avait clairement déclaré illégal un acte portant nomination de clercs. Le Coordonnateur du Regroupement des diplômés sans emploi du Sénégal précise : ‘’Ce n’est pas la première fois que nous allons en justice contre ce corps pour le même motif. La Cour suprême nous avait donné raison, à l’époque. Maintenant pour contourner cette jurisprudence, ils ont pris une autre disposition transitoire. Dans cette disposition, ils invoquent l’urgence pour justifier cette forfaiture, en invoquant un déficit d’huissiers. Mais s’il y a un déficit, pourquoi ils n’organisent pas un concours pour donner la chance à tous ces milliers de diplômés de nos facultés. Cela est inadmissible’’.

Pourtant, au moment où le ministre cherche à titulariser 11 clercs, 16 personnes ayant réussi au concours, depuis 2017, et terminé leur stage, depuis 2020, sont en train d’attendre leurs charges. Pour les diplômés chômeurs, il ne saurait être question de digérer la nomination de personnes autre que ces 16 issus du concours de 2017. Raison pour laquelle, ils ont introduit un recours en annulation devant la Chambre administrative de la Cour suprême.

‘’L’Etat n’aura même pas à payer des salaires aux jeunes qui seront reçus’’

Yves Nzalé de pester : ‘’Ce qui se passe dans ce pays est inacceptable. Nous ne pouvons comprendre qu’au moment où l’Etat fait tout pour lutter contre le chômage, que des gens veuillent fermer les professions libérales qui appartiennent à l’Etat. Et dans ces professions, l’Etat n’aura même pas à payer des salaires aux jeunes qui seront reçus. Tout ce qu’on lui demande, c’est d’organiser un concours pour mettre tout le monde sur le même pied d’égalité et que les meilleurs puissent être reçus’’.  

Ainsi, alors qu’on n’a pas encore vidé le cas des 22 notaires qui sont en train de subir une concurrence déloyale de la part de quelques privilégiés, les huissiers veulent faire le même coup, en usant de subterfuges juridiques. ‘’Nous n’allons pas l’accepter’’, insiste Monsieur Nzalé.  A ce rythme, signale le coordonnateur du Regroupement des diplômés sans emplois, les sortants des facultés comme Droit risquent d’en être les seuls sacrifiés.

Hier, ils avaient prévu de tenir un sit-in devant le ministère de la Justice pour dire non à ce qu’ils considèrent comme une ‘’forfaiture’’. Une manifestation dont l’interdiction pour notamment ‘’risques de troubles à l’ordre public’’ leur a finalement été notifiée, avant-hier. Mais qu’à cela ne tienne, les diplômés chômeurs ne comptent pas reculer. A la place du sit-in, ils se sont donné rendez-vous à la faculté de Droit pour exprimer leur ras-le-bol.

Mais au-delà des huissiers, ce qui intéresse les camarades de Yves Nzalé, c’est une ouverture totale des professions dites libérales : organisation régulière des concours, égalité de tous les candidats. ‘’Il faut que l’Etat ouvre la porte de toutes les professions libérales, pour donner des chances aux diplômés des universités, en l’occurrence des différentes facultés de droit’’.

Revenant sur le motif invoqué du déficit d’huissiers, pour justifier la nomination des 11 huissiers, une autre source déclare : ‘’C’est un argument inopérant. Si c’est le cas, pourquoi ne pas nommer directement les juristes internes qui ont duré dans les cabinets d’avocats comme avocats. C’est la même chose. Là également, il y a un déficit et c’est même bien plus vital pour les Sénégalais’’.

Jeunes notaires ostracisés

Chez les notaires, le problème reste également entier. Alors qu’on croyait que le plus difficile a été fait avec la nomination des 22 ayant été reçus au concours de 2013, des obstacles continuent d’être érigés sur leur chemin pour accéder au graal. Au même moment, d’autres qui n’ont pas fait le concours ont réussi à être insérés, au grand dam des stagiaires issus du seul concours d’aptitude au Notariat jamais organisé au Sénégal. L’un d’eux témoigne : ‘’Nous sommes vraiment exaspérés par cette situation. On se demande, s’il ne valait pas mieux aller dans un autre pays. C’est comme si on n’est pas des Sénégalais, au même titre que les autres. Notre seul tort est de ne pas avoir de parrain. C’est vraiment triste, cette situation. Depuis 2016, on court derrière. Et on est bloqué, parce qu’on ne peut aller faire autre chose et abandonner cette profession pour laquelle nous avons tout laissé. Alors même qu’on a réussi avec brio sur des centaines de candidats’’.

Dans la même veine, constate notre interlocuteur pour le déplorer, des démarches sont effectuées pour les écarter des charges les plus importantes, qu’ils ont pourtant été les premiers à demander. En guise d’exemple, nos interlocuteurs citent la charge de Ouakam. ‘’Des candidats issus du groupe des 22 ont déposé les premiers ; ils ont l’avantage d’être issus d’un concours ; ils sont plus nombreux, mais, on tente de les léser au profit d’autres demandeurs...’’, signale un interlocuteur.

Aussi, faut-il le souligner, l’Etat a, dans ces créneaux, de réelles niches pour octroyer à des jeunes sénégalais des emplois décents. Sans bourses déliées. Ces professions offrent d’autant plus d’opportunités que, pour la plupart, il y a des déficits avérés. Rien que pour les huissiers, on parle de 36 charges déjà disponibles. Au lieu de faire passer des privilégiés, estiment les diplômés chômeurs, il faut organiser le concours pour pourvoir aux postes.

MOR AMAR

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