Publié le 14 Jun 2014 - 20:49
POURSUIVI POUR DEGRADATION DE BIENS PUBLICS ET DIFFUSION DE FAUSSES NOUVELLES

Apollinaire alias Mandela condamné, mais libre

 

Apollinaire Diatta a été reconnu coupable de diffusion de fausses nouvelles et condamné à une peine d'emprisonnement de six mois assortie de sursis. ''Mandela'' jure de ne pas refaire le coup.

 

C'est comme si Me Souleymane Ndéné Ndiaye savait ce qui l'attendait  pour ne pas être pas venu hier au tribunal. Dès l'entame de ses propos, le juge a rejeté la constitution du maire de Guinguinéo. Se confrères qui ont voulu écarter l'agent judiciaire de l'État n'y sont pas parvenus. Le procès d'Apollinaire Diatta a pu enfin avoir lieu. L'étudiant était poursuivi pour dégradation de biens publics appartenant à l'État et diffusion de fausses nouvelles. Drapé dans un boubou traditionnel bleu, Apollinaire est revenu sur les faits. 

Le 25 avril 2014, aux environs de 22h, l'étudiant faisait partie du groupe d'étudiants qui a manifesté devant le restaurent Argentin et la direction des locaux du Centre des œuvres universitaires de Dakar (COUD), pour dénoncer la qualité de la viande servie pour le dîner.

Quelques jours plus tard, lorsque les étudiants de la Faculté des lettres et sciences humaines ont manifesté encore pour le paiement de leur bourses et l'inscription au Master. Apollinaire est une nouvelle fois sorti de ses gonds. Interrogé par  la presse ( L'Observateur), il confia que ''des étudiantes ont été violées par des policiers, des ordinateurs saccagés et volés''. Il fût arrêté le 27 mai. 

Hier, lors de sa comparution au tribunal des flagrants délits, il n'a pas hésité à clamer son innocence. Toutefois, il a reconnu avoir fait une grave erreur. ''J'ai eu tort de donner une information, sans en apporter la preuve. Je suis prêt à présenter mes excuses publiquement'', a-t-il déclaré.

Versions contradictoires sur le rôle d'Apollinaire

À sa suite, 6 témoins ont défilé devant le juge. ''Si c'était un film, j'aurais dit que c'était lui l'acteur principal'', a laissé entendre Omar Fall, le premier témoin. Le vigile n'a pas hésité à le présenter comme le cerveau de la bande. Il a affirmé que c'est Apollinaire et sa bande qui ont mis le feu à la direction du COUD. C'était lui le meneur. Même son de cloche chez Woula Ndiaye, également agent de sécurité.

Par contre, leur patron, Sadio Ndiaye, chef de sécurité du COUD, a soutenu qu'il ne peut pas affirmer avoir vu Apollinaire parmi les manifestants. Selon El Hadj Mouhamed Seydi, le chargé de communication, ''Apollinaire était certes parmi les manifestants, mais quand je l'ai appelé, il a arrêté. Il menait un discours moralisateur, un discours d'apaisement, avant de rentrer tranquillement dans sa chambre. Le lendemain, il m'a même envoyé un message pour me dire qu'il déplorait ce qui s'était passé'', a-t-il confié au juge. Le chef du service social Khalifa Ababacar Diagne et l'étudiant Mathurin Habib Coly ont abondé dans le même sens. 

L'AJE demande 250 millions...

Le représentant de l'État a demandé la somme de 250 millions, en guise de dommages et intérêts. A son avis, l'étudiant était bien sur les lieux et a participé à la destructions des biens du COUD. Tout comme lui, le substitut du procureur s'est dit convaincu que l'étudiant est coupable des faits qui lui sont reprochés. ''L'université est un temple de savoir non un temple de l'arène, les meneurs, c'est des porteurs de parole, des gens audacieux'', a asséné le parquetier. Il a requis  trois ans de prison ferme contre Apollinaire. 

… Une réclamation honteuse, selon la défense

Les avocats de la défense n'ont pas raté l'agent judiciaire. ''Cette réclamation est honteuse. C'est assez choquant pour un État de réclamer une telle somme, surtout que lui-même lors du procès des 22 étudiants avait dit qu'il ne demandait pas d'argent à de pauvres étudiants'', a lancé Me Bamba Cissé.

L'avocat de se tourner vers le parquet : ''il est temps pour vous de mener une enquête pour savoir si les restaurants servent de la bonne nourriture''.  Me Assane Dioma Ndiaye a pour sa part demandé au juge de tenir compte du critère d'apaisement dont il a toujours été question. Selon lui, Apollinaire Diatta a besoin de sa liberté pour terminer tranquillement ses études.

Après délibération, l'étudiant a été relaxé du délit de dégradation de biens appartenant à autrui. Par contre, il a été reconnu coupable de diffusion de fausse nouvelles et condamné à une peine de 6 mois assortie de sursis. Il devra payer une amende de 100.000 F et verser le franc symbolique à la partie civile. ''Le tribunal a été très clément à votre égard, retournez tranquillement à vos cours. C'est un avertissement'', lui a lancé le juge.

Après 18 jours de détention, ''Mandela'' va enfin retrouver ses proches. 

PROFIL

Apollinaire, le ''Mandela'' de l'UCAD

En l'espace de deux semaines, il a beaucoup fait parler de lui. À juste titre, car Apollinaire Diatta n'est pas un étudiant comme les autres. Taille moyenne, teint noir, ce natif de Bakel manie avec aisance la langue française. Normal, car il est étudiant en Master 1 en Langues et civilisations internationales à la Faculté  des lettres et sciences humaines. 

A l'université, il ne passe pas inaperçu. Son courage et sa détermination ont fait de lui le ''Mandela'' du campus social. Un surnom qu'il étrenne fièrement depuis un certain temps. ''J'ai été une fois victime d'une certaine violence. J'ai utilisé la voix judiciaire pour obtenir gain de cause, c'est pour cela qu'on me surnomme Mandela'', révèle-t-il.  Au fil du temps, il faut dire qu'il a pris goût au surnom qui lui colle à la peau. 

Aujourd'hui, il s'engage à militer pour le respect des droits des étudiants, en créant le Front opérationnel pour une reconsidération conséquente de l'Étudiant (FORCE). ''J'ai toujours milité pour la non violence et condamné les actes de vandalisme'', n'a-t-il cessé de dire tout au long de son procès. D'ailleurs, lors des débats organisés au sein de l'UCAD, ''Mandela'' est désigné par ses camarades comme capitaine d'équipe. 

L'air belliqueux qu'on lui a collé, lors de son procès, ne ressort pas dans son comportement au quotidien. Il reconnaît quand même avoir dérogé à la règle. Il semble avoir compris la leçon et jure de ne plus recommencer.

Nd. A. BEYE

 

 

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