La biodiversité érigée en première ligne de défense

La pression sur les écosystèmes au Sénégal reste préoccupante. En caravane, hier, à la Réserve spéciale de faune de Guembeul, autorités, environnementalistes et acteurs de la société civile ont rappelé que, sans biodiversité, il sera impossible de relever le défi des changements climatiques.
À Saint-Louis, les effets des changements climatiques ne relèvent plus des prévisions scientifiques, mais d’une réalité quotidienne. Face à cette menace, l’Association Aar Sunu Aalam, avec le soutien d’Action Education, a organisé, hier, une caravane de la biodiversité à la Réserve spéciale de faune de Guembeul. Placée sous le thème « Face aux changements climatiques : la biodiversité comme bouclier et solution », la rencontre a réuni autorités administratives, services techniques, élèves, étudiants, organisations communautaires et partenaires autour d’un même objectif, à savoir faire de la protection des écosystèmes une priorité.
Présidant la cérémonie, l’adjoint au préfet de Saint-Louis, Abdou Khadre Dieylani Ba, n’a pas mâché ses mots : « La biodiversité représente notre assurance-vie. Elle nous fournit l’air que nous respirons, l’eau que nous buvons, les aliments que nous consommons et les ressources naturelles qui soutiennent notre économie. » Pour l’autorité administrative, la sauvegarde des écosystèmes n’est plus un luxe écologique, mais une nécessité de développement. D’autant que le département de Saint-Louis figure parmi les territoires les plus exposés aux conséquences du dérèglement climatique.
Dieylani Ba a rappelé que la région dispose d’un patrimoine écologique exceptionnel, avec la Réserve spéciale de faune de Guembeul, le Parc national des oiseaux du Djoudj, le Parc national de la Langue de Barbarie et un vaste réseau de zones humides. Des richesses naturelles qui, selon lui, ne pourront être préservées que grâce à une mobilisation permanente de l’État, des collectivités, des écoles, des universités, des organisations de la société civile, du secteur privé et des communautés.
Il a invité les jeunes à devenir les gardiens de cet héritage naturel. « Les gestes que vous poserez aujourd’hui détermineront l’environnement de demain », a-t-il insisté.
Aar Sunu Aalam appelle à une mobilisation générale
Le conservateur de la Réserve spéciale de faune de Guembeul, le capitaine Omar Kane, a établi un lien direct entre crise climatique et disparition des écosystèmes. « On ne peut pas lutter contre les changements climatiques en reléguant au second plan la conservation de la biodiversité. Les deux sont intimement liées. » Selon lui, les écosystèmes assurent des services essentiels aux populations : alimentation, eau, énergie, médicaments et activités économiques. Prenant l’exemple de Guembeul, il a rappelé que la réserve constitue une véritable nurserie naturelle où se reproduisent poissons, crevettes et huîtres. Une richesse dont dépendent les pêcheurs de Gandiole et de Toubé, particulièrement pendant l’hivernage.
Pour le conservateur, restaurer la végétation demeure une priorité afin d’accroître la capacité des écosystèmes à absorber les gaz à effet de serre. Mais il avertit : cette bataille ne pourra être gagnée sans une remise en question des modes actuels de consommation. « L’homme devra apprendre à vivre avec plus de sobriété et à valoriser davantage les ressources locales. » À l’origine de cette initiative, l’Association Aar Sunu Aalam entend faire de la sensibilisation un levier d’action.
Son responsable, Kader Fall, estime que les effets des changements climatiques imposent une responsabilité partagée. « Les organisations communautaires, les ONG, le secteur privé, l’administration et les partenaires techniques doivent agir ensemble. Les solutions ne viendront que d’un engagement collectif », a-t-il plaidé. Pour lui, le choix de la Réserve de Guembeul répond à une logique évidente : montrer concrètement que la faune, la flore et les zones humides constituent des remparts naturels contre les effets du dérèglement climatique.
IBRAHIMA BOCAR SÈNE – SAINT-LOUIS






