Publié le 23 Nov 2021 - 07:33
SANTE DE LA REPRODUCTION

Des lacunes dans les services 

 

Malgré les avancées significatives, le Sénégal continue de faire face à des défis liés à la santé reproductive et sexuelle. Les femmes et les adolescentes sont confrontées à d’énormes contraintes dans les services.

 

Il y a 14 % d’adolescentes qui ont déjà commencé leur vie procréative ; 56 % de femmes ont effectué au moins les quatre visites recommandées aux femmes enceintes ; 80 % ont reçu des soins postnatals dans les 48 heures suivant la naissance. C’est ce qui ressort d’une étude sur la problématique dans les services de santé de la reproduction au Sénégal. Présenté hier par le docteur Oumy Ndiaye, chercheur de projet, au cours d’une rencontre organisée par Women Media and Change et Alliance for Reproductive Health Rights, le rapport révèle d’énormes défis liés à l’accès à des services de santé adaptés aux besoins des femmes. L’accès à l’information liée à l’utilisation et à la désagrégation des données au niveau des districts pour combler les lacunes en matière de développement, constitue également une contrainte.

C’est pourquoi, souligne le Dr Ndiaye, il est nécessaire de recueillir et d'analyser davantage les données afin de remédier aux disparités. ‘’Il y a des obstacles provenant du paiement direct aux points de prestation de services des interventions prioritaires. Il s’agit plus particulièrement des consultations prénatales (CPN), de la planification familiale (PF), de la prise en charge intégrée des maladies de l'enfant (PCIME), des accouchements assistés et des soins obstétricaux et néo-natals d'urgence (Sonu)’’, rapporte le Dr Ndiaye.

Et pourtant, les complications de la grossesse et de ses suites menacent constamment la santé des femmes en âge de procréer. Elles sont la première cause mondiale de morbidité, d’infirmité et de décès dans cette cible, surtout dans les pays en développement. Un grand nombre de décès maternels, renseigne la sage-femme Sokhna Dème, interrogée par ‘’EnQuête’’, pourrait être évité par un suivi correct de la grossesse. Elle précise que la consultation prénatale (CPN) doit permettre de mener la grossesse à bien pour la mère et l’enfant. A son avis, la plupart des facteurs de risque liés à la grossesse peuvent être dépistés au cours de la consultation prénatale, d’autant meilleure qu’elle est précoce et régulièrement répétée. ‘’Donc, il est grave qu’il y ait des problèmes pour le paiement direct. C’est la santé de la mère et de l’enfant qui est menacée. Il faut que ces lacunes soient réglées par toutes les parties prenantes’’, conseille-t-elle.

Dans les districts de Dakar et de Diourbel où l’étude a été réalisée, les barrières liées à l’accès aux services de la santé de la reproduction (SR) sont constatées. Selon le Dr Oumy Ndiaye, la disponibilité des services liés à la SR non-explicites dans de nombreux packages d’avantages sociaux. ‘’Les établissements de santé manquent de prestataires de services qualifiés en droits de la SR. Les femmes doivent payer elles-mêmes certains des services de la SR (y compris le coût du transport). Même si les produits de planning familial (PF) sont gratuits, les coûts de transport ne le sont pas. Ceci affecte les femmes les plus pauvres et les moins autonomes’’, fait-elle savoir.

A cela, souligne le Dr Ndiaye, l’attitude des prestataires de services laisse à désirer. ‘’Par exemple, à Mermoz, les prestataires manquent de sensibilité au genre. S’agissant des barrières culturelles, dans le district de Touba, la fréquentation des adolescentes pour les services SR est limitée’’, explique-t-elle.

Pour résorber tous ces écueils, des agents de santé recommandent le renforcement de la gratuité de l’accouchement et la disponibilité des médicaments et des équipements. ‘’Il est aussi urgent d’augmenter le personnel. Il faut construire des maternités dans les postes qui n’en disposent pas’’, recommande le Dr Oumy Ndiaye. D’ailleurs, à ce niveau, le Dr Amadou Doucouré, Directeur de la Division de la santé de la mère et de l’enfant (DSME) soutient que l’ouverture des établissements publics de santé de Kédougou, Touba, Sédhiou et Kaffrine, avec un plateau technique relevé, a permis aujourd’hui d’affecter des gynécologues à Kédougou et même des pédiatres. Il y a aussi la formation en cours de 27 médecins compétents Sonu et à partir de janvier 2022, de 44 techniciens en réanimation.

 Autre activité en cours, c’est le déploiement de 1 000 agents de santé, dont 40 spécialistes dans les régions de Kaffrine, Tambacounda, Sédhiou, Kolda, Kédougou et Ziguinchor. Il y a également l’ouverture prochaine des pôles mère-enfant des EPS de Diamniadio, Pikine et Tambacounda, et la mise en œuvre de l’initiative université-pôle territoire pour plus d’équité. ‘’Toutes ces actions doivent être accompagnées par une demande accrue en soins maternels néonatals dans un contexte de gestion axée sur des résultats. C’est ce qui justifie la pertinence du plaidoyer pour l’institutionnalisation de la Journée nationale de lutte contre la mortalité maternelle, néonatale, infantile et de l’adolescent’’, explique le Dr Doucouré.

  VIVIANE DIATTA

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