L’ANAM mobilise les acteurs et les partenaires

Un atelier de partage consacré au projet intégré de dragage et d’aménagement des voies navigables s’est ouvert hier à Saint-Louis. Cette rencontre vise à mobiliser les acteurs autour d’une réponse durable aux menaces croissantes liées à la brèche, tout en posant les bases d’un développement économique structurant.
Réunis hier dans la capitale du Nord, autorités administratives, experts et partenaires techniques ont lancé une nouvelle phase de concertation autour de la brèche de Saint-Louis, devenue au fil des années une source majeure d’inquiétude. À travers cet atelier de partage, l’État entend aligner les interventions sur une stratégie cohérente visant à contenir les effets d’un phénomène désormais hors de contrôle.
Représentant le ministre de la Pêche et de l’Économie maritime à la rencontre, le gouverneur adjoint chargé des affaires administratives, Sidy Guissé Diongue, a dressé un constat préoccupant. « Ce qui était envisagé en 2003 comme une solution pour atténuer les inondations à Saint-Louis est devenu une véritable problématique. L’élargissement incontrôlé de la brèche entraîne aujourd’hui une érosion côtière accélérée, des chavirements fréquents de pirogues souvent mortels, ainsi qu’une salinisation progressive des terres agricoles », a rappelé le gouverneur Guissé Diongue.
Les études menées par des experts néerlandais en 2014 et 2015 avaient déjà alerté sur l’ampleur du phénomène. Elles faisaient état d’une érosion sévère, d’une intrusion saline profonde et de la disparition de localités entières comme Doun Baba Dièye et Pilote Barre dans le Gandiolais. Des constats récemment confirmés par l’Agence nationale des affaires maritimes (ANAM), qui évoque désormais des risques de rupture sur plusieurs segments de la Langue de Barbarie et une instabilité croissante du chenal.
Un projet intégré d’envergure en 2040
Face à cette situation, les autorités sénégalaises ont décidé de passer à une approche intégrée. Le projet présenté prévoit des opérations de dragage, l’aménagement des voies navigables, mais aussi la construction d’un port de pêche et d’un centre de formation aux métiers de l’économie bleue. « Il s’agit d’un projet majeur qui contribuera à la fois à sécuriser les activités maritimes et à dynamiser l’économie régionale », a souligné le chef de l’exécutif régional adjoint.
Pour Bécaye Diop, directeur général de l’ANAM, cette rencontre marque une étape décisive. Elle a permis la signature d’un protocole d’accord entre plusieurs institutions, dont l’ADM, SOGENAV et le Bureau opérationnel de coordination et de suivi des projets (BOCS). « L’objectif est de conduire des études concluantes, notamment sur la stabilisation de la brèche, afin d’éviter de nouvelles pertes en vies humaines », a-t-il insisté, rappelant que de nombreuses études antérieures n’ont pas abouti à des solutions concrètes.
Le projet, qui s’inscrit dans une perspective allant jusqu’en 2030, mobilisera d’importants financements. Il bénéficie déjà du soutien d’Invest International, représentant du Royaume des Pays-Bas, tandis que l’Union européenne et d’autres bailleurs sont attendus.
De son côté, le directeur général de l’Agence de développement municipal (ADM), Dr Mahmoud Diop, a mis en garde contre les conséquences d’une inaction prolongée. « Si la brèche n’est pas stabilisée, une partie de Saint-Louis pourrait être engloutie », a-t-il averti, appelant à une intervention urgente et coordonnée.
À travers cette initiative, les autorités espèrent poser les bases d’une réponse durable à une crise environnementale et humaine, tout en ouvrant de nouvelles perspectives de développement pour la région.
IBRAHIMA BOCAR SENE, SAINT-LOUIS







