Publié le 4 May 2021 - 22:57
TAFSIR ABDOURAHMANE GAYE

Un pédagogue hors pair

 

Il fait partie des conférenciers les plus suivis, ces dernières années, durant le mois de ramadan. Sur les réseaux sociaux, Oustaz Tafsir Abdourahmane Gaye est souvent félicité par les jeunes de toutes les confréries et même des chrétiens, après ses plateaux, notamment ‘’Spécial Gamou’’ qu’il co-amine avec Chérif Mamine Aïdara sur la 2STV les samedis soirs. Cette popularité, le natif de Thiès la doit surtout à la neutralité de son discours à l’égard des différents fondateurs des confréries et des saints de toutes les religions révélées, bien qu’étant fervent tidiane. Mais aussi à sa pédagogie, sa façon d’animer ses conférences religieuses et de faire ses prêches. Tout en faisant rire, il séduit son public à travers sa voix, ses émotions, en contant la vie et l’œuvre du Prophète Mouhamed (PSL) et de ceux qui l’ont précédé.

 

‘’Fais de ta vie un rêve, et d'un rêve une réalité’’. Cette phrase d’Antoine de Saint-Exupéry illustre à souhait ce qu’est devenu, aujourd’hui, l’un des conférenciers les plus suivis du Sénégal durant le mois de ramadan. Ce qu’Oustaz Abdourahmane Gaye est aujourd’hui, il l’a toujours rêvé. Et ce rêve, par la force de la persévérance, est devenu réalité. ‘’Mon rêve a toujours été d’être un maître coranique. Pendant mon enfance, avant même que je n’aille à l’école coranique, je mettais des jouets devant moi, les considérant comme mes élèves ; je me mettais à leur enseigner le Coran. Et cet amour ne m’a jamais quitté. Quand on a commencé le volontariat pour le recrutement des maîtres coraniques par le gouvernement, mon père voulait m’intégrer dans son quota. Mais je lui ai expliqué que cela ne m’intéressait pas. Je lui ai dit que je voulais plutôt avoir mon propre établissement et un jour recruter d’autres enseignants. Alhamdoulillah ! Car mon rêve s’est aujourd’hui réalisé’’, confie l’animateur à la télévision 2STV.

Ainsi, de l’ombre d’un arbre où il dispensait des cours de Coran, au quartier Takhi Kaw de Thiès, notamment chez Baye Cheikhou Omar Guèye, il est aujourd’hui à son troisième internat complexe Khalifa Ababacar Gaye à Tassette. Son deuxième Daara qui porte le nom d’El Hadj Massamba Mbengue, un internat pour les filles, est sis à Takhi Kaw et la première école est baptisée du nom de Mame Tafsir Abdourahmane Gaye et se trouve au quartier Mame Cheikh El Hadj Ndiéguène.

Fils de feu El Hadj Khalifa Ababacar Gaye et Adjaratou Fatou Fall, Tafsir a grandi dans un univers où l’apprentissage du Coran est une règle. Ainsi, il a très tôt intégré l’école coranique ou Daara à Thiès où il fera presque tout son cursus scolaire. Ses premiers cours d’initiation au Coran, il les a pris aux côtés d’Oustaz Serigne Niang, un des disciples de son père. A 6 ans, il intègre l’internat d’Oustaz Aliou Dieye et y est resté jusqu’à sa compréhension des écrits saints. Au retour de son grand frère El Hadj Idrissa Gaye de Saint-Louis où il apprenait le Coran, Tafsir est placé sous sa tutelle. Et c’est avec lui qu’il a terminé ses études et maitrisé le Coran, à l’âge de 11 ans.

Un pur produit de l’école coranique sénégalaise  

Ce n’est là que le début de longues années d’apprentissage des écritures saintes et récits prophétiques. Même s’il est rapporté dans un de ces récits que le Prophète Mouhamed (PSL) a recommandé à ses disciples ‘’d’aller chercher le savoir jusqu’en Chine’’, Tafsir, lui, ne quittera pas sa région nationale à la quête de ce savoir. ‘’Je ne me suis jamais rendu à l’étranger pour des études. Tout mon cursus, je l’ai fait à Thiès et nous sommes une fois aller à Mbour chez El Hadj Ndiagne Mbengue pour suivre des cours.  Nous avons aussi appris les Xassida auprès de Ndiol Cissé. A un moment de mon parcours, j’ai envisagé d’aller à l’étranger, au Maroc ou en Mauritanie, pour poursuivre mes études. Mais mon père s’y est opposé. Il m’a conseillé de rester à ses côtés et de me concentrer sur mes études. J’ai suivi ses conseils’’, raconte-t-il. Bien que poursuivre ses études à l’étranger faisait partie de ses vœux les plus chers.

Il est inscrit chez El Hadj Mansour Wade pour apprendre le fikh (NDLR : l'interprétation temporelle des règles de la charia) ; le lugha (théologie et philologie dans l’islam médiéval ou la linguistique et l’idéologie dans le domaine arabe à l’époque moderne), le nahwu (la grammaire arabe) et une partie du balagha (science de l'éloquence). ‘’Il nous a enseigné beaucoup de matières et en même temps, nous avions continué à étudier aux côtés de notre père. Même si ce dernier était trop pris avec les Gamous, il nous a fait découvrir les livres sur les conférences religieuses publiques tels que ‘’Sirah’’ (science de la vie du Prophète Mouhamed, PSL), les ouvrages d’El Hadj Malick Sy. On a aussi fait des études auprès d’El Hadj Dabaye Gaye, sur les ouvrages de Serigne Touba. Pour le tafsir (interprétation du Coran), nous l’avons appris auprès de notre père’’, dit-il.

Un homme inspiré par son père

Oustaz Tafsir Abdourahmane Gaye ne s’est pas uniquement limité à suivre les cours que lui donnait son père. Ce dernier fut son idole. Il était sa muse. D’ailleurs, ceux qui connaissaient ce dernier verront des similitudes dans sa manière d’animer ses conférences. ‘’La manière de faire des prêches lors des conférences religieuses, je l’ai ‘’héritée’’ de mon père. D’ailleurs, il était plus actif que moi et depuis tout petit, il m’emmenait avec lui, lors de ses conférences. Et j’étais chargé de réciter le Coran avant qu’il ne démarre la cérémonie et je l’observais attentivement. Mon père se donnait à fond, pendant les conférences. Il lui arrivait même de donner des coups aux chanteurs sans s’en rendre compte. J’ai voulu être comme lui’’, avoue-t-il d’un air fier.

Quand il est en pleine conférence, le co-animateur de l’émission religieux ‘’Spécial Gamou’’, diffusée tous les samedis durant le ramadan sur la 2STV, confie que parfois, il ne sent même pas qu’il est en train de bouger. Pendant ces moments de communion avec son public, on le voit souvent en sueur, immobile par moments, surtout quand il raconte les dernières heures du Prophète Mouhamed (PSL). Son espace ; il sait l’occuper et son public, aussi, il sait capter son attention. ‘’Il arrive des moments où je ne me contrôle plus où je ne suis plus vraiment moi-même. Ce n’est qu’après, en regardant les vidéos, que je me rends compte de mes faits et gestes. Ce sont des choses qui se passent naturellement. Je ne prépare rien’’, fait-il savoir.

Son histoire avec les médias a démarré en 2009, avec la RTS où il était invité parfois par son ami Chérif Mamine Aïdara qu’il a connu lors d’une de ses conférences au Djolof. A la fin du contrat de ce dernier à la RTS, les deux amis ont mûri l’idée d’émissions télévisées avec la création du concept ‘’Sukeru Koor’’ qu’ils ont proposé à la 2STV. ‘’Et depuis, on y travaille et aujourd’hui, nous en sommes à notre 10e année d’émission. Nous avons aussi un autre plateau dénommé ‘’Spécial Gamou’’ diffusé tous les samedis. Si je suis aujourd’hui à la télévision, c’est grâce à Chérif Mamine et je le remercie et prie qu’Allah lui accorde une longue vie’’, dit-il.

Fidèle en amitié et amoureux de son art

Que Tafsir soit si connu et si adulé aujourd’hui ne surprend guère ceux qui le connaissent bien. Ils le décrivent persévérant. ‘’Il aime ce qu’il fait. Il aime bien les faire et réussir ce qu’il entreprend. Il n’aime pas les échecs. Il adore les enfants. Je peux en témoigner. Il aime être entouré de gens. Il est très fidèle en amitié. On a souvent été ensemble Chérif Mamine, lui et moi. Je fais des Gamous avec lui. On n’a pas la même culture. On ne vient pas de la même localité. On n’a pas grandi ensemble. Il est un pur produit de l’école arabe et moi de celle française, mais on se complète. Il a besoin de nous pour améliorer ses pratiques religieuses, de sa culture religieuse et ce qu’il veut traduire à travers ses prêches. Il a besoin du monde moderne. Il veut toujours s’améliorer’’, témoigne Abdallah Fall qui chemine avec lui depuis 2007.

Ce dernier décrit son ami comme quelqu’un de ‘’très modeste’’ et c’est ce qu’ont affirmé également ses collaborateurs à Tassette. ‘’Depuis que j’ai commencé à travailler avec lui, je n’ai eu que satisfaction et cela plus que ce que j’espérais en venant ici. C’est quelqu’un de pieux, véridique et franc. Il est sociable, modeste et adore plaisanter avec les gens. Ce qu’il dit dans les prêches, c’est ce qu’il vit avec nous. Il ne nous considère pas comme ses employés, mais des collègues. Il prend de nos nouvelles, échange régulièrement avec nous, demande notre avis, au besoin, et s’enquiert de notre situation, de nos besoins. Vraiment, il nous met à l’aise, nous fait confiance. Il nous encourage et cela nous donne plus envie de travailler avec lui’’, reconnait Cheikh Alioune Diop, un des employés du Daara.

Travaillant pour lui depuis un an, ce dernier raconte qu’avant d’être son employé, il ne l’a jamais côtoyé auparavant. Il ne suivait ses prêches et conférences qu’à travers la télévision. ‘’Sa modestie et sa franchise sont des choses qui me frappent le plus chez lui. S’il trouve que vous ne faites pas bien les choses, il n’hésite pas à vous le dire et moi, j’aime les gens francs’’, ajoute-t-il.

Chez les femmes qui s’occupent de la cuisine dans le Daara, les témoignages sont unanimes. ‘’Nous sommes en de bons termes avec Oustaz. Il est humble et modeste. Il sait comment vivre avec les enfants et comment bien traiter les femmes. Sincèrement, on ne peut pas dire du mal de lui. Il adore les enfants plus que tout au monde’’, dit Fatou Sène, considérée par les autres femmes trouvées sur place comme étant la doyenne des lieux. 

Cependant, le parfait n’étant pas du ressort de l’humain, l’ami de Tafsir, Abdallah Fall, a, par ailleurs, relevé que le seul problème, c’est qu’il est ‘’tenace’’. ‘’C’est quelqu’un qui veut réussir, qui veut améliorer les choses, mais aussi son quotidien et celui de tous les gens qui sont autour de lui. Que ce soit ses amis, sa famille, les pensionnaires de son Daara. De plus, c’est un excellent pédagogue. Il a réussi à former, forger les jeunes qui chantent à ses côtés, pour bien mener sa mission religieuse. C’est un tidiane ; quand il parle des autres confréries, on croirait qu’il est un des leurs’’, renchérit M. Fall.

Cette neutralité, Oustaz Tafsir la justifie par le fait que son seul sujet lors des prêches reste la vie et l’œuvre du Prophète Seydina Mouhamed (PSL), sachant que tous les érudits de l’islam au Sénégal ne se référaient qu’à lui. ‘’Je dis souvent qu’en dehors de Serigne Touba, El Hadj Malick, même si ceux avec qui on ne partage pas la même religion avaient chanté les louanges au Prophète Seydina Mouhamed (PSL) et que ce soit des paroles véridiques, j’en parlerai. De plus, tous les guides religieux au Sénégal sont de la même famille. Il y avait une certaine fraternité entre eux’’, pense-t-il.

Lui considère les guides religieux comme des soldats appartenant à différents corps des armées. Chacun d’entre eux est un général. ‘’Les généraux n’ont pas les mêmes responsabilités suivant leur corps. Donc, en tant que civil ou simple soldat, on doit du respect à tous ces généraux, quel que soit leur corps. C’est cette image que j’ai de la chose. C’est pourquoi j’essaie d’être neutre lors de mes conférences, même si je suis un fervent disciple de Serigne El Hadj Malick, de même que mon père, mon grand-père qui est mon homonyme’’, précise-t-il.

Il convient de noter qu’au-delà du conférencier, Oustaz Tafsir est aussi entrepreneur. Dans son internat sis à Tassette, se mènent différentes activités économiques : la couture, l’aviculture, une boulangerie moderne qui ravitaille l’internat et commercialise le pain dans les villages environnants. Il y aussi un jardin où on cultive des légumes pour le ravitaillement de l’école et le reste de la récolte est vendu et l’argent versé à la caisse de l’institut où on apprend aussi bien l’arabe que le français. Et toutes ces activités sont financées sur fonds propres, notamment avec l’argent qu’il gagne lors des conférences et des Gamous.

MARIAMA DIEME 

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