La peur d’un déficit record

Alors que le directeur général de la Sonacos annonce une collecte record, des sources s’interrogent sur le coût et craignent des déficits record pour 2025 et probablement pour 2026.
Cette semaine, la Sonacos a annoncé une collecte record de graines d’arachides estimée à plus de 205 000 tonnes à la date du vendredi 06 mars 2026. “En deux mois de collecte, nous avons dépassé la totalité de la campagne de l’année dernière où nous avons collecté 155.000 tonnes. Et la campagne suit toujours son cours ; elle va prendre fin en fin avril. C’est le record de plus de 20 ans”, s’est réjoui le directeur général Elhadji Ndane Diagne, qui précise que la collecte suivante date de 2011 avec 204.000 ; suivie de celle de 2019 avec 122.000 tonnes.
Cela dit, nous sommes encore bien loin de l’objectif annoncé par le Premier ministre Ousmane Sonko qui avait annoncé l’achat de 450.000 tonnes pour la présente campagne. La grande question, c’est que va faire l’entreprise publique avec toute cette quantité, si l’on sait que ses capacités sont bien en deçà et qu’elle avait même du mal à écouler les 155 000 tonnes collectées l’année dernière. Pour le DG, une stratégie a bien été élaborée pour s’occuper de la collecte de cette année à laquelle il faut ajouter les restes de l’année dernière évaluée à 22 000 tonnes.
Monsieur Diagne semble plutôt miser sur l’externalisation avec les transformateurs de Touba. “Nous travaillons avec les transformateurs de Touba ; nous comptons en faire de même avec Copeol et avec les autres huiliers de la place. Cela va aussi leur permettre de garder les emplois”, a-t-il expliqué lors d’un ndogou débat virtuel organisé par la Convention des jeunes reporters du Sénégal.
Les unités artisanales à la rescousse de la Sonacos pour transformer une collecte record
Mais est-ce que ces unités artisanales répondent à toutes les exigences qualités que requiert les standards ? Le DG de la Sonacos a tenté de rassurer en soutenant que toutes les dispositions ont été prises, pour faire les vérifications nécessaires, avec notamment des analyses à effectuer avec l’Institut de technologie alimentaire avant toute contractualisation.
À en croire certaines sources contactées par EnQuête, la direction actuelle mène une politique qui risque de mener l’entreprise directe vers la faillite. “Ils parlent de records de collecte, ils n’ont qu’à publier également les déficits de l’exercice 2025 et les projections pour 2026. Ils vont aussi atteindre des records”, charge un de nos interlocuteurs. Pour lui, le meilleur critère de performance, c’est de savoir si l’entreprise a fait un bénéfice ou non.
Notre interlocuteur rappelle que pour 2023 et 2024, les déficits étaient respectivement de 15 milliards et 17 milliards FCFA. En 2019 ; 2020 ; 2021 et 2022, soutient la source qui cite les rapports du commissaire aux comptes, tous les exercices ont été positifs, quel que soit le niveau de collecte. “Les dirigeants avaient une vision pour diversifier les activités : faire revenir l’huile d’arachide, importer de l’huile de soja, faire revenir l’eau de javel, l’aliment de bétail… C’est comme ça que les gens parvenaient à garantir un résultat positif. Eux ils collectent mais ne savent pas quoi en faire… C’est pourquoi vous trouvez des graines de l’année dernière dans les hangars”, souligne notre interlocuteur, qui craint des pertes sèches encore plus importantes.
Des sources craignent des pertes sèches record
Lors du ndogou débat avec les reporters, le DG a confirmé que la dette reste importante, qu’elle l’était déjà à leur arrivée. “La société était très endettée quand nous arrivions et elle l’est toujours. On n’a pas trouvé assez d’argent pour rembourser cette dette. Je dois préciser que la plus grande partie de cette dette était due à l’État du Sénégal”, reconnait-il. Ce qui avait justifié la décision du Gouvernement, en Conseil interministériel en août 2025, de recapitaliser l’entreprise dont les capitaux propres étaient négatifs. L’État avait décidé de recapitaliser à travers une cession de créances, puisqu’il était le plus grand créancier. Dans le même sillage, des discussions avaient été engagées avec les institutions sociales (Ipres et CSS) pour avoir des moratoires de paiement de la dette sociale.
Le mal paysan persiste
Il faut noter que malgré la collecte record, le mal paysan persiste parce qu’en fait cette année comme l’année dernière, la Sonacos est presque seule sur le marché. Si le régime précédent avait favorisé l’arrivée des Chinois, l’actuel avait mis en place des mesures barrières qui ne favorisent pas l’exportation. Les barrières ont certes été levées, mais les exportations peinent à décoller. Pour beaucoup d’experts, c’est parce qu’avec le prix de 305 francs, l’arachide sénégalais n’est pas compétitive. Les chinois arrivent à trouver des graines à des prix plus intéressants pour eux.
À propos de ce mal paysan qui continue malgré les quantités importantes achetées par la société nationale, notre interlocuteur précise : “Le problème est qu’il y a presque un seul acheteur sur le terrain. Il n’y a presque pas d’exportation ; les huiliers ne peuvent pas acheter. Sur une production de 800 000 tonnes, s’ils achètent 250 000 tonnes, l’auto-consommation étant de 100 000 tonnes, les autres 50 000… Il reste encore plus de la moitié entre les mains.”







