Publié le 16 Jan 2026 - 10:02
TAUX DE CHÔMAGE DANS LE MONDE

186 millions de chômeurs attendus en 2026

 

Malgré une stabilité annoncée du taux de chômage mondial à 4,9 % en 2026, soit environ 186 millions de personnes sans emploi, l’Organisation internationale du Travail alerte sur une réalité plus préoccupante : la pénurie d’emplois décents, la montée de l’informalité et la vulnérabilité persistante des jeunes et des femmes, dans un contexte marqué par l’essor de l’intelligence artificielle et les incertitudes du commerce mondial.

 

Le chômage mondial devrait rester globalement stable en 2026, mais cette apparente accalmie cache une réalité plus sombre : une pénurie persistante d’emplois décents et une précarité qui touche des centaines de millions de travailleurs. Dans son rapport annuel sur l’emploi et les tendances sociales, publié mercredi, l’Organisation internationale du Travail (OIT) estime que le taux de chômage mondial se maintiendra à 4,9 % en 2026, soit environ 186 millions de personnes sans emploi. Pour le directeur général de l’OIT, Gilbert F. Houngbo, ces chiffres ne doivent pas rassurer outre mesure. « La résilience de la croissance et la stabilité des chiffres du chômage ne doivent pas nous détourner d’une réalité plus profonde : des centaines de millions de travailleurs demeurent piégés dans la pauvreté, l’informalité et l’exclusion », avertit-il.

La pauvreté et l’informalité persistent

Au-delà du chômage, l’OIT met en lumière la dégradation de la qualité de l’emploi. Près de 300 millions de travailleurs continuent de vivre dans l’extrême pauvreté, avec moins de 3 dollars par jour. Parallèlement, l’informalité progresse : environ 2,1 milliards de personnes devraient occuper des emplois informels d’ici 2026, sans réelle protection sociale ni sécurité de l’emploi.

Cette situation traduit, selon l’OIT, un déséquilibre croissant entre la création d’emplois et les besoins réels des populations, notamment dans les pays les plus pauvres. Les jeunes demeurent les plus exposés. Le taux de chômage des 15-24 ans s’est établi à 12,4 % en 2025, contre 12,6 % en 2024. Environ 260 millions de jeunes sont aujourd’hui sans emploi, sans études et sans formation. L’OIT alerte également sur l’impact potentiel de l’intelligence artificielle et de l’automatisation, en particulier pour les jeunes diplômés des pays à revenu élevé cherchant leur premier emploi dans des secteurs qualifiés. « Si l’impact global de l’IA sur l’emploi des jeunes demeure incertain, son ampleur potentielle justifie une vigilance étroite », souligne le rapport. À ces difficultés s’ajoutent les inégalités de genre. Les femmes ne représentent que deux cinquièmes de l’emploi mondial et ont 24 % de chances en moins que les hommes de participer au marché du travail.

Le rapport analyse aussi les effets des perturbations du commerce mondial. Les incertitudes liées aux règles commerciales et les blocages dans les chaînes d’approvisionnement pèsent sur les salaires, notamment en Asie du Sud-Est, en Asie du Sud et en Europe. Malgré tout, le commerce reste un moteur important de l’emploi, soutenant environ 465 millions de travailleurs dans le monde, dont plus de la moitié en Asie et dans le Pacifique. L’OIT appelle donc à des politiques coordonnées pour faire du commerce et de la technologie des leviers du travail décent, en particulier dans les pays les plus vulnérables. Les évolutions démographiques redessinent également les marchés du travail. Dans les économies à revenu élevé, le vieillissement de la population freine la croissance de la main-d’œuvre, avec moins de personnes en âge de travailler. À l’inverse, les pays à faible revenu font face à une croissance démographique rapide qu’ils peinent à transformer en emplois productifs. Ce décalage accroît les tensions sur l’emploi et renforce les inégalités entre régions.

Les pistes de l’OIT

Face à ces défis, l’OIT recommande des politiques axées sur la productivité, à travers l’investissement dans les compétences, l’éducation et les infrastructures. L’organisation appelle aussi à réduire les écarts entre les sexes et entre les générations, en utilisant la technologie de manière responsable. Elle plaide également pour que le commerce mondial profite davantage au travail décent, afin que toutes les régions bénéficient des échanges. Enfin, l’OIT insiste sur la nécessité d’atténuer les risques liés à l’endettement, à l’intelligence artificielle et à l’incertitude commerciale par des politiques coordonnées aux niveaux national et international. Derrière la stabilité annoncée des chiffres du chômage, le message de l’OIT est clair : le défi majeur n’est pas seulement de créer des emplois, mais de créer des emplois décents, capables de sortir durablement des millions de personnes de la pauvreté et de la précarité.

Par Cheikh Thiam

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