“Nous voulons créer nos propres ordinateurs, nos propres smartphones...”

Membre de Pastef France, le directeur de l’Économie numérique et des Partenariats, Roger Thiam, revient dans cette interview sur le vaste chantier de son département, pilier essentiel du New Deal technologique. Il a lancé avant-hier l’Unipod (University Innovation Pod) à l’UAM, avec pour objectif à terme d’assembler des ordinateurs et des smartphones au Sénégal.
Quand on parle de numérique, on pense surtout à Sénégal Numérique. Parlez-nous un peu de votre direction, de ses missions et de ce qui la distingue avec une entité comme Sénégal numérique ?
Sénégal numérique, c’est le bras technique. Lorsqu’il s’agit d’exécuter une commande numérique, ils sont outillés en termes de ressources humaines et de moyens qu’ils peuvent mobiliser…. La direction de l’économie numérique fait un focus sur les entreprises qui vont proposer des services numériques à forte valeur ajoutée. Une entreprise qui propose des services numériques, c’est d’abord une entreprise qui peut faire dans l’informatique, une entreprise qui peut être dans les services postaux -Paps par exemple- une entreprise dans les télécommunications comme Orange, Expresso, Yas, etc. Cela peut aussi être une entreprise qui fait dans l’audiovisuel. Par exemple une entreprise de presse contribue également à l’économie numérique.
Notre travail, ça va être justement d’être à leur écoute au quotidien, comprendre leurs problématiques. J’aime beaucoup cette phrase que je dis aux patrons des entreprises qui proposent des services numériques : je leur dis “je suis votre meilleur commercial”. C’est-à-dire qu’il faut qu’ils viennent à mon bureau, qu’ils m’exposent les freins, les obstacles qu’ils ont par rapport à l’accès au marché, au recrutement, à la formation de leurs ressources humaines, pour que moi aussi j’arrive avec des partenaires qui peuvent résoudre leurs problèmes….
En fait, je joue un rôle de commercial pour les entreprises qui proposent des services numériques, parce que j’espère qu’à travers mes actions, elles pourront contribuer davantage au PIB de l’État du Sénégal.
Ensuite, je fais un travail d’animation. Le numérique, c’est quelque chose d’abstrait pour beaucoup de Sénégalais. Il y a une acculturation du numérique sur le plan national et il faut y remédier. Raison pour laquelle mes équipes d’animation, de promotion de l’économie numérique, vont promouvoir les usages du numérique au quotidien. Mes équipes vont faire de telle sorte que, par exemple, un produit de Wave ou de Orange ou de Eyone -qui est une grande startup sénégalaise- soit connu sur le plan national.
Au-delà de communiquer sur les produits des entreprises, on va créer des événements sur la cybersécurité, sur l’intelligence artificielle et surtout essayer d’attirer des événements internationaux pour attirer en même temps des investisseurs et faire de telle sorte que le monde soit braqué sur les innovations technologiques du Sénégal….
Quid du volet partenariat ?
Sur ce plan, Senum va par exemple exécuter, créer les applications, faire en sorte que la fibre fonctionne bien en tant que bras technique. Mais nous, nous allons chercher l’argent qui va financer tout ça. C’est pour ça que nous complétons l’offre des autres directions. Nous allons chercher des partenaires, modéliser les projets avec la delivry unit…. Et naturellement, nous comptons privilégier le secteur privé national dans tout ce que nous faisons. Avec l’application e-senegal, nous l’avons développé avec des entreprises sénégalaises.
Que pèse le secteur dans l’économie ?
Actuellement, cette contribution est de 655 milliards de francs CFA. Et nous voulons pousser la contribution à 2 500 milliards à horizon 2034. Je dois préciser que ces chiffres ne sont pas forcément exhaustifs. Ils ne sont pas précis. Pour les chiffres de l’Ansd par exemple, c’est sur la base d’un échantillon. Mais surtout, le secteur des télécommunications prédomine, alors que ces dernières années, on a vu l’émergence du e-commerce, des fintechs…. Aujourd’hui, les agregateurs comme Intech, paydunya…. font des chiffres d’affaires importants et je ne crois pas que ça soit suffisamment comptabilisé.
Il faut consolider toutes ces données. C’est pour ça que nous avons déclenché, depuis l’année dernière, des travaux de consolidation de toutes ces données pour vraiment présenter le vrai visage de la contribution du numérique sur le PIB de l’État du Sénégal.
Il y a d’ailleurs une partie de mes équipes qui y travaillent et qui, je l’espère, avant la fin de l’année, vont présenter les premiers chiffres consolidés avec l’ANSD et les autres acteurs de la place... Pour moi, si on consolide l’existant, je suis sûr qu’on dépasse la barre des 1 000 milliards.
Aujourd’hui peut-on avoir une idée du nombre d’acteurs dans le secteur de l’économie numérique ?
Comme je l’ai dit : les données manquent véritablement dans le secteur. On a tout de même une cartographie entre 18 et 25 entreprises majeures qui contribuent. Et ces entreprises-là sont hors cartographie des startups que nous avons lancées depuis novembre. Je ne veux pas trop m’avancer sur des chiffres parce qu’il y en a beaucoup qui divergent. Par exemple la chambre de commerce a ses chiffres, l’Adpme a ses chiffres, le MFB a ses chiffres, l’Ansd aussi a ses chiffres. Il y a aussi l’Observatoire national du numérique (ONN) qui nous a présenté un échantillon de 15000 sociétés. C’est un travail remarquable qu’ils ont fait, mais nous voulons aller plus loin.
Ce qu’on veut c’est vraiment un recensement clair et exhaustif. Pour les startups, on a lancé une plateforme qui s’appelle Ecosystemstartup.sn. Aujourd’hui, on a 416 entreprises qui y sont enregistrées à date (vendredi dernier). Sur la base de ces données, on va mettre en place un Dashboard public. Parce que lorsque nous allons lever des fonds, ce que les partenaires nous disent, c’est : au-delà des data rooms où on met des PowerPoints bien jolis avec des chiffres, ils nous disent : “on veut avoir accès à ces entreprises-là pour parfois les contacter en one-to-one”. D’où l’importance d’avoir ces plateformes avec des informations fiables.
On va donc publier un dashboard public avec l’ensemble des entreprises qui ont été labellisées et même les entreprises qui ont juste été enrôlées, pour que le monde puisse pouvoir les contacter. Les entreprises doivent aussi nous aider en se déclarant comme cela se fait dans les autres pays comme le Rwanda, qui a mis en place un data warehouse, où chacun met ses données.
Avez-vous évalué les taxes mises en place par le gouvernement notamment sur le mobile money et les importations des matériels électroniques ?
Pas encore. Il faut naturellement laisser le MFB faire le travail de consolidation. Mais ce qui est certain, c’est que nous avons un écosystème qui a compris les enjeux. Et un écosystème qui a compris que l’État du Sénégal compte sur eux pour trouver les moyens de ses ambitions. L’État du Sénégal compte sur des partenaires, mais sur l’écosystème sénégalais d’abord.
Pour moi, cette loi, c’est une contribution que les Sénégalais font à l’effort de guerre. Ce plan de redressement intervient dans un contexte particulier. Il fallait mettre en place des dispositifs qui consistent à aller chercher des niches, à exploiter les ressources, en interne, pour aller justement réinvestir dans des secteurs prioritaires.
C’est pour moi l’occasion de remercier l’écosystème des FinTechs sénégalaises, de remercier également le ministère des Finances et du Budget. Le ministère de la Communication, des Télécommunications et du Numérique sera toujours disponible pour accompagner ce genre de procédure.
Les Sénégalais doivent le savoir, les fonds qui seront consolidés et publiés ont été assignés à des projets à forte valeur ajoutée. On parle de la santé, de l’agriculture… A mon avis, cette loi sur la taxation du mobile money, c’est un effort collectif qui a été consenti. C’est le peuple qui a dit oui, on accepte de mettre 0,5 %.
Est-ce que vous lui avez laissé le choix ?
En tout cas, on a expliqué les raisons qui ont poussé ce genre de démarche. Moi je pense que c’est là où il faut vraiment qu’on soit tous honnête envers nous-mêmes. Nous voulons être autonomes, nous voulons être souverains. Il faut s’en donner les moyens. On ne peut pas l’être si nous restons perfusés de l’extérieur, si nous continuons de nous endetter à outrance. C’est une question de cohérence. Même à l’échelle individuelle, tout ce qui est possible de faire avec ses propres ressources, vaut mieux le faire plutôt que de recourir à l’endettement et aux banques…. L’État du Sénégal ne pourra jamais faire autrement que de compter sur son économie.
Nous ne nous contentons pas de taxer les entreprises. L’État déploie également de nombreuses initiatives pour permettre à ces entreprises de se développer. Il y a l’initiative “Sunu Champions” qui est portée par le président de la République ; la loi Startup Act ; la réforme du Code général des impôts qui est en cours…. Cet équilibre est indispensable pour sortir de la situation dans laquelle on se trouve.
La suppression de ces taxes avait permis de rendre les matériels électroniques accessibles. Avez-vous évalué les effets pervers que leur restauration peut avoir ?
Nous avons lancé, à partir du 27 avril, l’inauguration de ce qu’on appelle Unipod, avec le PNUD. Unipod, c’est un fab lab. Ce sont des laboratoires qui vont nous permettre de prototyper et de créer nos propres composants hardware numériques. Lesquels vont nous permettre de créer nos propres ordinateurs, de créer nos propres smartphones, de créer nos propres claviers, nos propres logiciels, etc. C’est le programme 8 du New Deal technologique. Ça s’appelle “Sénégal Digital Factory : de l’idée au produit”….
C’est bien beau de lancer l’identité numérique, le cloud souverain, l’interopérabilité, c’est très important. Mais si le Sénégalais n’a pas les moyens d’avoir accès aux smartphones compatibles 5G, ça risque de ne pas être efficace. Il y a dans le monde des smartphones compatibles 5G qui coûtent moins de 15 dollars. Mais pour pouvoir y arriver, il faut les assembler ici au Sénégal, avec le bon partenaire qui amène les matières premières. Et c’est en fonction des connaissances acquises lors de l’assemblage qu’on pourra ensuite industrialiser. Nous allons lancer l’initiative le 27 avril (hier) avec 8 laboratoires. Il faut le voir pour y croire. C’est ça le chaînon qui manquait, et qui peut réduire l’importation de ces smartphones, de ces ordinateurs portables, etc. PNUD l’a occupé pour un million de dollars, toute la machinerie. L’UAM a apporté le bâtiment ; on va apporter la formation, on va apporter les partenaires…. Et on a misé sur le transfert de savoir-faire. On veut qu’il y ait un champion sénégalais sur ce sectoriel-là. On va donc brancher des startups sénégalaises avec ces partenaires, et ces entreprises vont assembler ici au Sénégal grâce aux Fab Labs. Le premier c’est le 27 à l’UAM avec le PNUD. Nous avons aussi trois autres : un à Ziguinchor, à l’université Assane Seck, et le deuxième à Saint-Louis. Si on arrive à faire nos preuves en 2027 sur la gestion de ces Unipods, ils sont prêts à en déployer davantage et à aller jusqu’à huit.
Mais nous, nous voulons huit gros Fab Labs dans les huit pôles économiques. C’est ce que nous avons structuré, c’est le projet Sénégal Digital Factory.
Plus exactement, on connaît tous dans nos quartiers un jeune qui n’a jamais étudié et à chaque fois qu’il y a une télé qui est en panne ou une télécommande, c’est lui qu’on appelle, c’est lui qui rafistole. Ce sont ces talents qu’on veut orienter vers les Fab Labs pour qu’ils apprennent à pratiquer et à se professionnaliser. C’était le chaînon manquant.
Pour faire en sorte que leur pratique puisse être pérenne, on va ramener des partenaires qui vont utiliser leurs compétences pour justement permettre d’assembler des dispositifs prioritaires : smartphones, serveurs, etc.
J’aurais pu vous donner l’exemple de Marché Alizé. C’est impressionnant le vivier qu’on a retrouvé là-bas. C’est des jeunes qui n’ont jamais étudié, mais lorsqu’il s’agit d’assembler des composants type smartphone, en cinq minutes, ils le font. On a pris contact avec leur consortium pour travailler avec eux sur la façon dont nous pouvons assembler et être complètement indépendants pour des dispositifs smartphones accessibles. Ce qu’on veut, c’est que le composant soit accessible à quiconque, surtout dans les zones rurales, où le gap de connectivité est assez important.
Quel est le montant du financement prévu pour ce projet ?
Le projet global a été maturé à 115 milliards. Ça, c’est la maturation pour avoir les huit gros Fab Labs en modèle PPP, en partenariat public-privé. Quelqu’un qui décide d’ouvrir un Fab Lab peut vendre des formations, des produits aux entreprises... Par exemple : Marché Alizé, ils ont besoin des coques de téléphones qui sont importées à 100 %. Ils nous disent que, pour couvrir leurs demandes, il faut tant de coques…. Si nous arrivons à créer un Fab Lab qui les rend autonome en termes de créativité pour faire de l’impression 3D, on comble un gap extraordinaire. C’est bien possible. Regardez le Fab Lab qu’on a ouvert : 1 million de dollars, 650 millions de francs CFA. Cela veut dire qu’on peut ne pas atteindre les 100 milliards. Le plus important c’est de le rendre attractif pour les privés.
Parlons de la digitalisation. Depuis des années, on en parle mais on a l’impression que ça n’avance pas ou timidement. Où en êtes-vous dans ce processus ?
C’est vrai que beaucoup parlent de digitalisation : prendre un processus manuel pour le remplacer par un processus technologique. Nous on parle plus de transformation digitale qui allie acculturation, le “change management” (c’est-à-dire amener un individu à accepter le processus numérique)…. Dans les pays développés, on parle même de transformation augmentée. Ce qu’on a fait c’est d’engager d’abord l’infrastructure, pas mal de choses ont été faites sur ce plan. Nous avons aussi engagé la formation des agents pour qu’ils puissent s’approprier ces innovations. Quelqu’un qui a l’habitude de faire une procédure manuelle pendant 15 ans, ce n’est pas évident de le faire changer d’habitude. Aujourd’hui, si E-Senegal est né c’est parce que l’administration a été préparée, parce que l’infrastructure a été mise en place, parce qu’une communauté a été créée, avec différentes entités publiques. C’est pourquoi e-senegal a fonctionné.
On a l’impression à vous entendre que toutes les réticences ont été levées. Est-ce que vous disposez de chiffres pour illustrer que l’administration et le citoyen se sont justement appropriés ces processus ?
Tout ne peut pas se faire immédiatement. Mais avoir une communauté qui accepte de se mettre d’accord autour de cet idéal c’est déjà une réussite. L’être humain a tendance à avoir des réticences. C’est pourquoi quand on arrive à se mettre d’accord, c’est déjà une victoire. Dans la transformation digitale, le plus grand frein ce n’est pas la machine, c’est l’homme. À m’entendre, je suis très content que tous ces ministères décident de se mettre autour d’une table et discutent de mutualiser les processus. Il y a encore du travail, mais il faut saluer ces efforts.
Vous parlez beaucoup de l’acceptation par les acteurs, mais est-ce que le challenge n’est pas dans la mise en œuvre, il y a eu tant de stratégies avant le New Deal ?
Vous savez, c’est là où je crois que le ministre Alioune Sall va réussir là où d’autres ont eu des difficultés. Il a compris que l’homme est la clé de la réussite d’une transformation digitale. S’il y a des réticences, peu importe la solution que tu mets en œuvre, ça ne fonctionnera pas. Et c’est là où je suis confiant parce que j’ai vu les différentes administrations, j’ai vu leur engagement, leur prise de conscience. À partir de ce moment, il n’y a pas de raison qu’on ne réussisse pas. E-Sénégal en est une parfaite illustration. On peut dire ce qu’on veut mais c’est un grand pas pour l’humanité. Si l’option extrait de naissance que Senum est en train de mettre en place sort, je suis persuadé que l’impact sera extraordinaire.
Pour nous, le travail de fond c’était les hommes. Et c’est là où le ministre a été extrêmement rassembleur. Et là où les autres ministres aussi ont été extrêmement rassembleurs. C’est une chose de comprendre une vision, mais c’en est une autre de convaincre ses propres équipes de l’adopter. Ils ont tous accepté de mettre en place une seule et unique plateforme, pour tous les services. Aujourd’hui e-senegal existe et va devenir le guichet unique de services. Et on va continuer de travailler les hommes pour qu’ils prennent conscience de l’impact que le numérique peut avoir dans leur quotidien, mais surtout pour que le Sénégal puisse rayonner. Aujourd’hui nous sommes cités en exemple grâce aux produits que nous mettons sur le marché : e-senegal ; Pinse pour l’interopérabilité ; ecosystemstartup… C’est un grand pas pour l’humanité.
Vous pouvez revenir un peu plus sur Pinse et l’interopérabilité ?
Pinse est une plateforme d’interopérabilité. Par exemple : vous allez aux impôts et domaines, ils vous demandent votre pièce d’identité. Vous allez à la justice, on vous demande votre pièce d’identité. L’idée, c’est que vous déposiez la pièce d’identité une fois. Si vous allez demander un autre document qui nécessite la pièce d’identité, le système aura déjà fait l’analyse que votre pièce est déjà dans le dispositif et toujours valable.
C’est comme ça, par exemple, que des pays ont pu faire en sorte que les contrôles routiers soient automatisés. Les plateformes d’interopérabilité permettent d’abord à l’administration de communiquer efficacement. Et enfin, l’usager se fatigue de moins en moins parce que ses documents sont dans le système. Et comme c’est là où l’identité numérique joue un rôle extraordinaire.
Où en êtes-vous avec cette interopérabilité ?
Ça fonctionne, mais comme dans toute technologie : on commence d’abord par un proof of concept. Vous mettez en œuvre la technologie et vous partez d’un échantillon. Là aujourd’hui, SenTrésor l’utilise, il travaille avec le MFB pour vraiment valider le concept, valider la technologie. Durant l’utilisation, il y aura beaucoup de bugs, beaucoup de retours d’expérience, d’améliorations. Et c’est en fonction de cela que les équipes vont développer des correctifs. Ce qui fait que lorsque le backlog de développement sera exécuté, tu auras un produit mature qui peut passer à l’échelle.
C’est pour ça qu’on interdit aux entreprises tech, après développement, de mettre directement sur le marché un produit. Il faut toujours l’éprouver.
Vous avez parlé de l’identification numérique. Pouvez-vous revenir sur les enjeux ?
Aujourd’hui on a vu l’impact de l’identification manuelle. C’est ton extrait de naissance, ta carte d’identité, etc. C’est très bien, mais ça reste incomplet, surtout si on veut faire communiquer des technologies. L’avantage majeure de l’identité numérique c’est de permettre aux technologies de parler entre elles. Cela va faciliter la vie à tout le monde. L’identité numérique permet de compléter et renforcer l’existant. Ça permet de mettre en place ce genre de wallet pour permettre à l’assurance de communiquer avec le transport, avec la DAF…, à telle enseigne que demain, en cas de contrôle, si vous n’avez pas avec vous vos documents, on peut facilement faire les vérifications nécessaires. Il faut qu’on ait tous un ID unique. Même les visiteurs doivent en disposer. L’enjeu est sécuritaire, économique, mais surtout ça facilite la vie au citoyen.
Pour mettre en œuvre tous ces projets on a besoin de connecter les populations. Quels sont les défis à ce niveau ?
Pour moi, c’est la connexion satellitaire -pour ne pas chercher midi à quatorze heures- c’est ce qui se fait de mieux aujourd’hui en zone rurale. Dans les zones urbaines, les opérateurs sont excellents. Ces derniers ne sont malheureusement pas intéressés par les petits villages en milieu rural. Et il faut les comprendre, c’est des choix de rentabilité. La connexion satellitaire, c’est la seule technologie qui permet, sans infrastructure lourde, de mettre un niveau de connectivité très compétitive et de développer une économie locale. Il n’y a plus besoin de faire des benchmarks, tout a été fait. Il faut continuer à encourager cette technologie. Faire en sorte que les entreprises sénégalaises soient fortes aussi pour proposer des offres de VSAT, des connexions satellitaires. C’est comme ça qu’il faut comprendre l’arrivée de Starlink. Je dois préciser qu’avant Starlink, Sonatel offrait également ce genre de service. Et c’est une excellente chose qui va profiter à l’usager.
À mon avis, il faut continuer à développer cette offre-là pour permettre à des villageois comme moi de pouvoir, depuis chez eux, regarder des matchs sans interruption, envoyer des mails sans interruption, créer leur entreprise sans problème. Et effectivement, vous avez raison : toutes ces initiatives, sans connexion, ce n’est pas possible.
Quel est l’état des lieux par rapport à la connectivité ?
Il y a 83,5 % de connexion en zone urbaine et 33 % en zone rurale. En zone urbaine, les opérateurs sont là parce que la demande existe. Mais en zone rurale, cette demande est faible, parce que l’activité est plus agricole. Et l’agriculteur n’a pas forcément besoin d’ordinateur ou de connexion. Mais il faut noter que de plus en plus des services numériques se développent pour la mise en relation entre producteurs et acheteurs. Le problème est de moins en moins de produire, mais de vendre. Et pour vendre, on a besoin de ces services. Au-delà même de la connectivité, il y a aussi l’énergie qui est essentielle. C’est pourquoi le ministre Alioune Sall a dit : partout où l’Aser passe, il doit passer derrière pour créer de l’économie. C’est comme ça que nous parviendrons à résorber les gaps.
Vous voulez connecter le monde rural avec une connexion starlink plus cher. Quel est le mécanisme pour y parvenir ?
Nous voulons connecter les Sénégalais gratuitement -en tout cas certains profils qui sont dans des secteurs prioritaires. Aujourd’hui, il y a des partenaires qui financent ce type de programmes pour réduire la fracture numérique. Notre objectif c’est de connecter un million de Sénégalais. Le président en veut plus et je pense qu’il a raison. La connexion ne doit pas être un luxe. Les hôpitaux, les écoles, les agriculteurs ne doivent pas être privés de connectivité pour ces histoires de coûts. Il faut faire en sorte que le maximum de Sénégalais soient connectés et rapidement. Ça, c’est notre ambition.
Quel est le montant de la subvention dégagée pour permettre à ces Sénégalais d’accéder gratuitement à internet avec Starlink ?
Pour moi, ce n’est pas l’essentiel. L’essentiel, c’est le service public que nous offrons aux sénégalais. Il faut mesurer l’impact de cette subvention. Pour ce faire, il faut mettre sur une balance la subvention et les résultats de la subvention. Là on sera plus à même d’en juger. Il ne faut pas non plus oublier que beaucoup de kits ont été offerts.
On a l’impression que vous n’êtes pas trop disert, quand il s’agit de parler des incidences financières avec Starlink ?
Vous savez, beaucoup de gens seront surpris quand on parlera de ces subventions. Nous on a aucun problème de publication de ces chiffres. Vous avez vu ce qu’on a fait avec le FADP. Ne vous inquiétez pas, tant qu’on sera là on fera preuve de transparence. Je pense que depuis que nous sommes là, on vous a montré suffisamment de preuves. Pour Starlink, c’est juste qu’il y a eu plusieurs acteurs et chacun a joué son rôle, c’est vraiment un travail d’équipe. Je pense qu’il y a de quoi être fier dans le domaine du numérique, il y a de quoi être optimiste et confiant. C’est parce que nous avons des ressources humaines très compétentes qu’on a pu discuter avec ce géant et trouver les meilleurs formules.
Par Mor Amar






