Publié le 30 Jan 2026 - 16:17
TOURNÉES POLITIQUES

Quand le PR et le PM “se disputent” le terrain

 

Alors que le président de la République est annoncé dans la zone sud-est du 05 au 09 février, Ousmane Sonko lui emboîte le pas, en sillonnant le département de Guinguinéo dans le centre du pays les 7 et 8 février. Un chevauchement de calendrier qui suscite interrogations et relance le débat.

 

Après le 8 novembre, cap sur le 8 février. Alors que le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, est attendu durant cette période dans la zone sud-est du pays, à Tambacounda et à Késougou, son Premier ministre, lui, promet de mener une tournée politique dans le centre, plus précisément dans le département de Guinguinéo. Sur sa page Facebook, le vice-président de l’Assemblée nationale, Ismaila Diallo, s’est réjoui de la décision du Premier ministre et président de Pastef de lancer ses tournées politiques dans son fief.

Si cette tournée était projetée depuis plusieurs semaines, la date qui vient d’être rendue publique suscite étonnement et interrogation chez certains analystes. Comment le Premier ministre peut envisager une tournée politique au même moment que la tournée économique du chef de l’État ? Ce choix est d’autant plus incompris que Ousmane Sonko avait lui-même travaillé sur l’agenda des tournées du président de la République dans les régions. Il en avait fait la révélation, à l’issue du Conseil des ministres du jeudi 11 décembre 2025.

Le président de la République a pris la décision de lancer ses tournées économiques. Cela entre dans le cadre d’une gouvernance de proximité que nous voulons impulser. Quand on dirige un pays, il faut rester proche du peuple, ne pas être éloigné. C’est comme ça qu’il faut comprendre ces tournées économiques”, avait-il prévenu, tentant de faire la différence avec les tournées économiques de leurs prédécesseurs. Le Premier ministre de préciser : “…. Le Président nous avait confié la mission de lui élaborer le programme. Nous y avons travaillé avec ses services. Il va les lancer dans la zone sud, plus précisément dans les régions de Ziguinchor et de Sédhiou, dès ce mois de décembre, du 20 au 25. Il y aura de l’économie, du social, de la culture et autre.” Il avait aussi souligné que ces visites sont une occasion pour inaugurer des réalisations, lancer de nouveaux projets.

Le PM enfile à nouveau la tenue de combat

Déjà à l’époque, le chef du Gouvernement avait informé que la deuxième phase des tournées économiques du chef de l’État aura lieu dans le sud-est du pays, dans les régions de Tamba et de Kédougou. À l’issue du dernier Conseil des ministres, le Gouvernement a informé que ce sera plus exactement du 05 au 09 février, tandis que la tournée du PM est prevue les 07 et 08 février. Après le sud-est, si le calendrier initial est respecté, la troisième étape sera dans le centre du pays.

Que mijote donc le PM pour prévoir des meetings politiques sur la même période que son patron ? À Casablanca au Maroc face aux militants de son Parti, le PM a en tout cas donné le ton de sa nouvelle ligne sur certaines questions majeures comme la Justice. Comme à son habitude, il n’a pas du tout été tendre. “L’un des problèmes fondamentaux de ce pays (le Sénégal), c’est la justice… Quand dans un pays, la justice ne marche pas, rien ne peut marcher. Malheureusement, certains prennent les magistrats pour des demi-dieux, que personne ne doit critiquer. Les magistrats ne sont que des humains, et ils rendent la justice au nom du peuple….”, a déclaré le Premier ministre, qui a ajouté : “Ce n’est pas tous les magistrats, la majorité sont honnêtes, mais il y a un clergé qui est à la tête de la justice. Ils sont la source de tous les maux de la justice et de notre pays.”

Le pire, à l’en croire, c’est que le régime auquel il appartient “ne fait pas ce qu’il faut pour changer” la donne. Le Premier ministre s’est toutefois gardé de trop s’épancher sur le sujet, puisque le cadre n’est pas approprié.

Il y a quelques jours, lors de la rentrée solennelle des cours et tribunaux, le président de la République, tout en rappelant aux magistrats leur obligation d’être à l’écoute des citoyens et des critiques positives, avait réaffirmé son attachement aux principes qui constituent le socle de ce pouvoir essentiel dans un État de droit.

Par ailleurs, il convient de noter qu’aussi bien pour le Président que pour son numéro 2, ces sorties revêtent un cachet politique évident. Et dans ce contexte préélectoral, les esprits ne peuvent s’empêcher de penser aux prochaines élections territoriales prévues, en principe, dans le premier trimestre de 2027.

Locales et justice : les sources de conflits

Souvent accusé de s’éloigner du parti qui l’a porté aux affaires, Diomaye n’a pourtant cessé d’être en contact avec la base. Et c’est son chef de cabinet Ousmane Barro qui vendait la mèche lors d’une émission sur la web Tv Seneweb, pour le défendre contre les accusations d’abandon des militants.

Dans toutes ses sorties, à l’intérieur comme en dehors du pays, il rencontre les militants, aborde avec eux les questions politiques comme la préparation des élections locales à venir, leur prodigue des conseils, notamment pour désigner leurs candidats le plus tôt possible, confiait le chef de cabinet.

C’est pour toutes ces raisons que certains ne peuvent s’empêcher de penser à une campagne avant l’heure de la part des deux têtes de l’exécutif. Est-ce en parfaite intelligence pour tirer dans la même direction ou bien chacun est en train de prêcher pour sa propre chapelle ? C’est encore la grande question. Une chose reste cependant clair, la divergence reste encore très profonde et porte en grande partie sur le fonctionnement de la Justice, avec un Ousmane Sonko qui veut coûte que coûte se laver à grande eau et un Président de la République qui refuse de s’immiscer dans le fonctionnement de la Justice.

L’introduction, il y a quelques jours, d’un nouveau recours pour demander la révision du procès Ousmane Sonko contre Mame Mbaye Niang, risque de réveiller à nouveau les démons de la division.

Par Mor Amar

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