Les acteurs de la lutte contre le crime organisé peaufinent leur stratégie à Dakar

Des réflexions sont en train d'être menées pour lutter contre le crime organisé sous toutes ses formes. Opérationnaliser cette lutte, c’est ce que souhaite l'ONG Alliance contre le crime organisé en Afrique (Acca), qui collabore avec le Pôle défense au Conservatoire national des arts et métiers (France).
Depuis belle lurette, un débat a porté sur la recherche et l'orientation normatives et stratégiques, à l’initiative de l'ONG Alliance contre le crime organisé en Afrique (Acca). Il s'agit de l'ensemble des textes présentés lors de diverses conférences et forums, visant à lutter contre le crime organisé sous toutes ses formes, qu'elles soient économiques, financières ou extra-économiques. Hier, des experts, décideurs, chercheurs, universitaires, etc., ont été invités à réfléchir sur ce que l’on appelle l'opérationnalisation de la lutte. Quelles sont les actions concrètes qu'il faut poser pour rendre plus efficace, par-delà les textes législatifs et réglementaires qui ont été pris, pour mieux lutter contre le crime organisé, c'est-à-dire pour rendre beaucoup plus efficient le système de lutte ? C’est la question qui se pose. D’où ces assises.
´´Aujourd'hui, toute l'Afrique, que ce soit de l'Est, de l'Ouest, du Centre et autres, est exposée à ce qu'on appelle l'évolution du crime organisé ´´, a estimé le président de l'ONG Alliance contre le crime organisé en Afrique (Acca), Ngouda Fall Kane. Le crime organisé, dit-il, est une notion englobante qui est composée de plusieurs dimensions. Il y a la dimension économique et financière, la corruption, le blanchiment d'argent, le trafic de drogue, le financement du terrorisme, etc. ´´‘’Je crois qu'aujourd'hui, aucun pays, ni en Afrique, ni dans le reste du monde n'est épargné par, en tout cas, ces menaces-là’’, a-t-il indiqué, soulignant que le crime organisé est partout. ‘’
Un chaos mondial
Docteur en géographie et géopolitique de l'illicite à l'université Paris Sorbonne, directeur des études du Pôle défense au Conservatoire national des arts et métiers (France), Xavier Rufer se désole d’un désordre, d’un chaos sur la planète. Pour l’heure, la solution consiste à faire des diagnostics, selon lui. ‘’Ce que fait un médecin quand il voit votre enfant malade, c’est de faire un diagnostic. Et une fois qu'on a posé le bon diagnostic, alors, à ce moment-là, on peut trouver un traitement efficace’’, a-t-il expliqué. Ainsi, le grand intérêt des conférences comme celle d’hier, c’est la recherche de pistes intéressantes.
‘’On nous a montré que tous les problèmes en Afrique, comme sur tous les autres continents, c'était des problèmes de flux. Que parmi les choses qui circulent depuis la mondialisation, il y a des éléments très dangereux : les trafics de faux médicaments, les trafics de drogue, les trafics d'armes. On a fait un rapide calcul montrant que les armes légères en Afrique, depuis 20 ans, ont tué beaucoup plus de monde que la bombe atomique d'Hiroshima, par exemple. Alors, si on ne comprend pas d'où viennent les choses et si on ne comprend pas d'où elles vont, alors à ce moment-là, on n'y comprend rien’’, a indiqué Xavier Rufer, qui invite à se servir des nouveaux outils technologiques dans le cadre de cette lutte. ‘’Les décisions doivent être prises le plus rapidement et le plus efficacement possible’’, dit-il.
En l’en croire, de nos jours, le ‘’carburant majeur’’ du crime organisé sur la planète entière, c'est la cocaïne. ‘’Toutes les actions illicites (le crime organisé, le trafic d'êtres humains, le trafic des autres drogues, la contrebande, la contrefaçon) intéressent les criminels. La cocaïne les rend fous. Rien qu'au niveau de l'Union européenne, si vous arrivez à introduire une tonne de cocaïne et que vous arrivez à la vendre sans vous faire attraper par la police, vous gagnez le bénéfice de 25 à 28 millions d'euros’’, a expliqué Xavier Rufer. Qui renseigne qu’il y en a plus de 500 tonnes qui entrent en Europe. La cocaïne est donc perçue par beaucoup comme l’ascenseur social le plus rapide au monde. ‘’ça les (criminels) rend dingues. C'est pour ça que, par exemple, à Marseille, chez nous, dans le sud de la France, ils s'entretuent. En 2023, il y a eu 49 assassinats dans une seule ville pour les marchés de la drogue et singulièrement de la cocaïne’’, a-t-il ajouté.
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FACE AUX ATTAQUES ARMEES DES VOLEURS DE BETAILS Les éleveurs de Simbandi Brassou réclament justice et protection de leurs biens Dans la région de Sédhiou, les questions d’insécurité et de vol de bétail sont des équations difficiles à résoudre. La zone de Simbandi Brassou est particulièrement touchée. Les populations y font face à la recrudescence des violences et du vol de bétail. Réunies au sein d’un mouvement de protestation, elles exigent que toute la lumière soit faite sur les cas d’assassinats d’éleveurs perpétrés par des bandits armés dans la zone. Depuis la guerre de libération en Guinée-Bissau, jusqu’au conflit casamançais trentenaire, l’arrondissement de Simbandi Brassou, situé dans le département de Goudomp, région de Sédhiou, continue surtout de souffrir de l’insécurité. Cette insécurité endémique de Simbandi Brassou plonge les populations dans une grande inquiétude. Ces populations constituées d’éleveurs ont investi la rue, mardi dernier, au cours d’une marche pacifique reliant Baghére, localité située non loin de Tanaff, à Simbandi Brassou. Au terme de la manifestation, un mémorandum a été remis au sous-préfet de l’arrondissement, afin d’alerter l’autorité administrative sur la gravité de la situation sécuritaire que vivent les éleveurs. Cet arrondissement a enregistré des pertes en vies humaines, ces dernières années. Le dernier cas survenu le 4 octobre 2025 à Tognataba, dans la commune de Baghére, en est une parfaite illustration. Mba Dobassy, un éleveur, a été froidement assassiné par des individus armés qui ont ensuite emporté son troupeau. En dehors de ces pertes humaines, les éleveurs dénoncent également l’ampleur du vol de bétail. « Plus de 500 têtes de bétail, toutes espèces confondues, seraient subtilisées chaque année dans l’arrondissement de Simbandi Brassou », a expliqué le porte parole des éleveurs, Bouro Wolou. Une situation qu’il qualifie d’«intenable » et qui met en péril les moyens de subsistance de nombreuses familles. Face à cette insécurité persistante, le collectif plaide pour que les éleveurs soient autorisés à porter des armes afin de pouvoir se défendre en cas d’attaque et assurer la protection de leurs troupeaux. Recevant les manifestants, le sous-préfet de Simbandi Brassou a salué le caractère pacifique et responsable de la marche. Il a promis de transmettre fidèlement le mémorandum à sa hiérarchie, tout en invitant les éleveurs au calme et à la collaboration avec les forces de défense et de sécurité en attendant des solutions durables à cette crise sécuritaire. L’application de la peine de 10 ans exigée par les éleveurs D’après certains habitants interrogés, la promulgation d’une loi visant à protéger les agriculteurs contre le vol de bétail est devenue une nécessité. Ils appellent ‘’les magistrats à appliquer la loi votée à l’Assemblée nationale visant à mettre un terme à ce fléau’’. Selon toujours ces derniers, les peines doivent être revues à la hausse à l’encontre des voleurs de bétail, pour les porter à 10 ans au lieu de 2 ans. Sur un ton ironique, Ismaila Diatta, un jeune villageois, ajoute : ‘’Un agriculteur a été emprisonné, pour avoir défendu ses biens, en arrêtant un voleur et en le bastonnant avant de le présenter à la brigade de gendarmerie. Pourquoi ? Parce qu’au Sénégal, on dit que nul n’a le droit de se faire justice.’’ Les propriétaires de bétail éprouvent toutes les difficultés du monde pour rapatrier les bêtes retrouvées en territoire bissau-guinéen. C’est pourquoi les zones les plus touchées par le fléau demandent aux autorités bissau-guinéennes installées au niveau de la frontière, de plus collaborer pour faciliter la restitution des bêtes volées et retrouvées. ‘’On vous vole vos bêtes, vous vous mettez à leur recherche, vous retrouvez vos bêtes en Guinée-Bissau, mais vous avez tous les problèmes du monde pour les récupérer’’, explique Sirofo Sadio. L’Etat invité à assumer ses responsabilités Les éleveurs invitent, de ce fait, l’Etat et le ministère de l’Elevage à assumer leurs responsabilités, à aider les éleveurs à poursuivre leurs activités, à trouver les solutions à même de stopper les vols. Les différentes unités sécuritaires doivent poursuivre la lutte contre ce crime. Ils soulignent que les malfaiteurs doivent être arrêtés et que les réseaux soient également démantelés. Pour certains observateurs, ce phénomène nécessite la conjugaison des efforts de toutes les parties prenantes, à commencer par les éleveurs. Il a aussi évoqué la nécessité d’éviter le retard dans l’alerte aux forces de défense et de sécurité, en cas de vol. Faisant savoir que des enquêtes ont démontré que plusieurs vols ont eu lieu dans la même zone rurale. L’arrondissement de Simbandi Brassou, comme certaines localités, de la région de Sédhiou attire un bon nombre d’ouvriers saisonniers généralement employés sans déclaration de leurs identités et de leurs lieux de résidence et qui sont souvent impliqués dans la planification des vols. NFALY MANSALY |
BABACAR SY SEYE






