Publié le 13 Nov 2013 - 15:21
SITES DE RECASEMENT POUR COMMERÇANTS

Livraison attendue sous “huitaine”

 

Commerçants, marchands ambulants et mécaniciens déguerpis broient du noir. Une situation qui pourrait bientôt changer si, comme annoncé par des autorités municipales, les sites de recasement sont livrés dans un peu plus d'une semaine. EnQuête a fait un tour sur les différents sites de recasement.

 

Champ de course, mardi 12 novembre 2013. Il est exactement 9 heures et demie. Le site a été choisi par la mairie pour accueillir les sinistrés du marché Sandaga. Ici, les journées sont devenues relativement calmes depuis le déguerpissement des mécaniciens. La présence d'une dizaine de policiers y est pour beaucoup. Des ouvriers s’activent dans le site.

D'ailleurs, Pape Ibrahima Ndao, chef de division Arts et Marchés à la mairie de Dakar, assure que les travaux engagés dans les sites de recasement prendront fin ''sous huitaine''. Ici, des camions sont en train de décharger du sable. À côté, des tracteurs s’adonnent au remblayage du site. Difficile de tirer un mot des ouvriers et de leurs chefs sur la nature des travaux et leur état d'avancement.

Au Champ de course, le contraste est vraiment saisissant entre le calme des lieux et l'animation qui y régnait. D'ailleurs quelques mécaniciens déguerpis errent sur les lieux, comme des âmes en peine. Ils attendent d'être relogés ailleurs. Quelques interlocuteurs révèlent la précarité dans laquelle les opérations de déguerpissement les ont plongés. C'est le cas de Ibrahima Coulibaly, 45 ans environ, père de cinq (5) garçons et mécanicien. Épuisé, le visage émacié et rongé par l'inquiétude, il raconte avec tristesse ses peurs. ''Je ne travaille plus depuis que la mairie nous a chassés.

Avant, je gagnais 20 000 F, voire 25 000 F par jour. Maintenant, faute d’argent pour pouvoir nourrir ma progéniture, la vie est devenue compliquée pour moi. C’est dur''. Ousmane Ba, son compagnon d’infortune et porte-parole du collectif des mécaniciens et des ouvriers du champ de course, partage ses angoisses. Mais, il garde quand même espoir, eu égard aux promesses faites par Khalifa Sall. ''Le maire de Dakar nous a dit d’attendre la fin des travaux, pour voir comment faire pour nous recaser, ici. Même s'il décide de nous amener ailleurs, nous n'y trouverons aucun inconvénient. L’essentiel pour nous, c’est de travailler'', dit-il.

''Aucun commerçant n’a encore été recasé...''

Ailleurs à la cité cap-verdienne, le décor est tout autre. Les travaux sur le site de recasement, situé au bord de la rue Félix Eboué, viennent de redémarrer, après avoir été arrêtés. Une structure dénommée ''MDS'' a la charge de mener à terme les travaux. En attendant la livraison du site, les marchands ambulants tabliers, chassés de l’avenue Lamine Guèye, du Rond-point Sandaga, Peytavin et Pompidou, ne décolèrent pas. 10 heures et quart, comme au Champ de course, les ouvriers s'affairent. Six ouvriers enlèvent des poutres de coffrage, le reste de la troupe s'est regroupé autour d'une théière. Ici également, personne ne veut piper mot.

La question de ce site sera abordée plus tard avec Sibérou Diakhaté, 1er vice-président de l’Association des ambulants commerçants républicains (ACR), rencontré à l'hôtel de ville. Selon ses dires, seuls 600 marchands ambulants tabliers ont été recasés, sur 2 300. Il invite le président de la République à intervenir dans le dossier. Pape Ibrahima Ndao, chef de division Arts et Marchés à la mairie de Dakar, s'inscrit en faux contre de prétendus recasements. Il renseigne que ''943 commerçants ont été recensés.

Aucun d'entre eux n’a été recasé pour le moment dans les sites retenus, car les travaux sont en cours dans les sites''. Le dernier site de recasement visité a été le Cerf-volant, situé à quelques 200 mètres de colobane. En 2005, des opérations de déguerpissement y ont eu lieu. Par la suite, le site a été laissé en friche. Ce que Matar Diongue, garagiste, dénonce. ''Nous sommes revenus sur les lieux, parce que rien n’a été créé ici'', dit-il. Il ne comprend pas que l'endroit soit devenu une aire de stationnement de camions, alors que des pères de familles qui y gagnaient leur vie sont dans d’énormes difficultés pour subvenir à leurs besoins.

EMMANUEL BOUBA YANGA (STAGIAIRE)

 

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