Publié le 4 Apr 2017 - 03:11

Il ne faudrait pas avoir peur de l’entrée du Maroc à la CDEAO

 

La longue absence du royaume chérifien de l’union africaine pendant plus de trois décennies, n’a pas cependant empêché le Maroc de tisser des liens économiques forts  avec presque l’ensemble  les états du vieux continent. Le dernier exemple de dynamisme du secteur privé marocain est  matérialisé  par la volonté de certains investisseurs de racheter la CSS, dans l’objectif  de tripler la capacité actuelle de production de l’industrie sucrière ; Bien sûre, les avantages pour l’économie sénégalaise en termes de réduction du déficit de la balance commerciale, de création d’emplois, d’augmentation de la valeur ajoutée, en plus d’autres effets d’entrainement, restent appréciables.

Plus que le retour dans l’union africaine(UA), l’intégration du Maroc dans la communauté des états de l’Afrique de l’Ouest(CDEAO) constitue une donne majeure  pouvant indubitablement vivifier l’économie de la région ; Le cas échéant, Certains observateurs avertis avancent le niveau de seizième puissance économique mondiale avec les progrès induits subséquents à cette immersion, d’autant que les marges importantes de croissance dans le monde se situent en Afrique.

Les grandes opportunités économiques qu’offre cette entrée, résultent d’un processus naturel d’intégration des états de la région, à partir du moment où le Maroc fait partie de l’Afrique du Nord-Ouest et possède un capital de solidarités humaines, historiques et culturelles avec les états autour du Sahara 

En effet, les frontières héritées de la balkanisation ne doivent plus être des freins au développement des états de l’Afrique de l’Ouest, notamment, entre l’Afrique noire et l’Afrique blanche qui ont toujours eu des échanges à travers le commerce transsaharien depuis les almoravides ; D’ailleurs l’internationalisme qui a toujours été un aspect important de la politique extérieure du royaume chérifien, avait amené le Maroc à vouloir s’intégrer à l’union européenne(UE) ;Nous nous souvenons aussi du projet transméditerranéen (EUROMED) développé en son temps par le président Sarkozy ,en dépit de la discontinuité territoriale et de l’existence de nombreux obstacles au plan culturel et politique. Cependant, l’intégration du Maroc aussi bien à la CDEAO qu’à l’UA reste cohérente et homogène et ne présente pas les mêmes obstacles par rapport à l’Europe ou le Maghreb où de profondes divergences politiques ou culturelles insurmontables persistent (Maroc, Algérie).

La libre de circulation des personnes et des biens dans l’espace CDEAO élargie au Maroc qui a une population de 35 millions d’habitants avec un PIB de 15 milliards de dollars , l’existence d’un tarif extérieur commun et d’un droit harmonisé des affaires, en plus de cours communes d’arbitrages et d’un parlement communautaire, sont autant d’atouts tangibles pour un développement économique et social optimal de la région. ; Le seul hiatus est constitué par le retrait de la Mauritanie de la CDEAO pour des raisons subjectives, alors qu’elle est moins arabophone et plus négro africaine que le Maroc, mais, nous espérons son retour dans l’organisation dans un futur porche, afin que l’espace Ouest africain devienne plus homogène d’un point de vue territorial.

Le critère géographique, ou, comme disait le président Senghor, la prééminence de la  politique du voisinage et de l’intégration économique par cercles concentriques,  reste  le critère déterminant pour un développent réel , car, basée sur les réalités physiques ; Or, entre le Maroc et le Sénégal, d’immenses complémentarités existent au plan infrastructurel ;Des organisations pour l’exploitation commune de réalités physiques en vue d’améliorer le niveau de vie des populations comme l’OMVS ,l’OMVG ,le CILCS et, pourquoi pas une organisation qui regroupe tous les pays  du Nord et du Sud Sahara(le Sahara étant considéré comme une réalité physique) , le prouvent à suffisance.

Si la Mauritanie a été membre de la CDEAO, le Maroc pourra bien être en conformité avec les dispositions du nouveau traité de l’organisation régionale dont le processus d’intégration est parmi les plus ambitieux et les plus avancés à l’échelle du continent.

Selon le model économique mondial impliquant plusieurs régions qui correspondent aux différents domaines de la vie et des activités humaines, le regroupement des africains au niveau de l’échelle la plus large constitue une nécessité existentielle ; en effet, plus la taille est grande, plus il ya abaissement des couts , plus il y a d’opportunités et de compétitivité pour les entreprises, d’autant que de grandes complémentarités existent entre les états de la Zone CDEAO au plan énergétique , alimentaire et culturel.

Toutefois, certaines forces économiques de la zone dans certains pays comme le Sénégal s’inquiètent de l’arrivée du Maroc dans l’organisation, notamment, pour la prise de parts de marchés, mais, cette frilosité relève plus d’un souci de protectionnisme  à l’antipode d’une libre circulation des capitaux propice à une allocation optimale des ressources.

On ne peut pas reprocher aux entreprises marocaines d’être compétitives et au gouvernement chérifien d’avoir un bon environnement des affaires et une bonne politique de promotion des entreprises locales qui relèvent plus de stratégies internes qu’à autre chose. ; Le secteur privé national doit être conquérant aussi bien sur les marchés intérieurs que sur les marchés extérieurs en développant les tailles et la compétitivité, c’est au demeurant, de cette seule  manière dont nous pourrons nous en sortir avec l’existence de vrais  capitaines d’industries. Le Sénégal compte quelques 4000 entreprises dont les 80% sont de petites tailles, plus de 60% demeurent  des informels et 50%  relève du stade de commerce ; Il est temps que ces tendances négatives qui caractérisent le secteur privé national soient renversées au risque d’être damé par le pion par des pays comme le Nigéria où des nationaux possèdent des flottes d’avions ,de cimenteries etc.

L’entrée du Maroc dans la CDEAO, si elle sera  effective, demeurera la donne géostratégique  la plus importante, comparable à l’acte fondateur de la CDEAO en 1975, en raison des perspectives intéressantes induites au plan économique et social ,culturel et sécuritaire, au-delà des obstacles politiques surmontables du reste (Sahara Occidental).

Kadialy  Gassama

Economiste

Rue Faidherbe X Pierre Verger

Rufisque

 

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