Récits glaçants de miraculés thiessois
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Plusieurs jeunes résidant dans la cité du Rail, ont tenté de rallier, ces derniers jours, les côtes espagnoles via une pirogue. Leur périple a pris fin à 50 km de l’Espagne. Ils ont accepté de partager leur expérience douloureuse qui a failli leur coûter la vie.
‘’En voulant rejoindre à tout prix l’Europe, nous avons frôlé la mort. Avec mes camarades, nous avons passé sept jours en haute mer. Au bout de trois jours, nos provisions étaient déjà finies. Nous n’avions rien à nous mettre sous la dent. Tout le groupe est resté quatre jours sans manger, ni boire. On ne buvait que l’eau de mer. Je ne peux pas tout vous dire, mais retenez qu’avec le reste du groupe, nous avons vécu l’enfer. La mort était tout proche de nous’’.
Ce récit glaçant est d’une jeune Thiessois du quartier Diakhao, dans la commune de Thiès-Nord. Il y a quelques jours, il a tenté, avec une centaine de jeunes, de rejoindre l’Europe à bord des pirogues. Au nombre de 306 dont trois femmes sur une seule pirogue, ces jeunes ont tenté de gagner les côtes espagnoles. Les candidats étaient des pêcheurs pour la plupart. Ils ont payé chacun entre 250, 300 et 600 000 F CFA pour la traversée de l’Atlantique.
Le départ a eu lieu à Mbour, vers les coups de 5 h du matin. Ils ont presque touché le Graal, puisqu’ils sont allés jusqu’à 50 km de l’Espagne. Mais ils n’ont pu aller plus loin. Leur aventure s’est arrêtée à un jet de pierre des îles Canaries, au large des côtes marocaines. Transis de froid, tenaillés par la faim et surtout la fatigue, les migrants ont, toute une nuit durant, lutté contre les vagues qui les empêchaient de progresser. Face aux événements contraires, confie un autre miraculé, le groupe a décidé d’abandonner, alors qu’ils étaient à un doigt de réaliser leur rêve.
Dès lors, ils n’avaient qu’une seule idée en tête : retourner au Sénégal. Mais le retour au ‘’pays de la Téranga’’ se révéla beaucoup plus compliqué que le voyage vers le pays du roi Felipe VI. Le trajet aller avait été facile, jusqu’à ce que les intempéries les empêchent d’aller plus loin. Mais le retour fut dantesque et tragique, car le capitaine de la pirogue s’est perdu en pleine mer. La mort a, dès lors, frappé à la coque de leur pirogue. Pour retrouver le bon cap, l’un d’eux a eu l’idée de jeter un coup d’œil sur la boussole qui leur indiquait que leur pirogue se dirigeait tranquillement vers la Guinée-Bissau. C’est le GPS, doté de nombreuses fonctionnalités de navigation, qui les a sauvés.
Ils sont finalement arrivés au ‘’pays de la Téranga’’ le jour de la célébration de la Nuit du Prophète Mouhamed.
‘’Six personnes se partageaient un verre d’eau’’
Pour cet autre migrant de retour, cette nuit d’horreur sera à jamais gravée dans sa mémoire. ‘’Nous avons tout vu dans cette pirogue. Nous étions accompagnés de trois femmes. Parmi nous, certains étaient presque devenus fous. Je n’ai jamais vécu une situation pareille, de toute ma vie. Nous étions tout près de la mort. Heureusement, tous les passagers qui étaient dans cette pirogue sont revenus au Sénégal sains et saufs. Nous l’avons échappé belle. Donc, nous rendons grâce à Allah le Tout-Puissant’’, dit-il.
Pape Laye raconte : ‘’Il n’y avait pas assez d’eau. Six personnes se partageaient un verre d’eau. Pour la restauration, nous avions embarqué des biscuits et du couscous sénégalais. On ne mangeait pas à notre faim. Avant même d’embarquer, j’avais déjà faim. Si nous sommes là aujourd’hui, c’est parce que Dieu l’a décidé ainsi. On pouvait tous périr en mer.’’
Toutefois, après avoir vécu ce douloureux épisode, les avis sont partagés sur le fait de retenter l’aventure. L’un d’eux, après avoir vécu cette étape douloureuse, conseille aux jeunes de rester dans ce pays et de ne pas tenter cette traversée qui peut leur être fatale. Par contre, cet autre jeune Thiessois se dit prêt à tenter à nouveau le voyage, au péril de sa vie. Il suffit, dit-il, d’avoir un capitaine ‘’courageux et une pirogue en bon état’’.
Ainsi, même si le voyage a été long et compliqué, le fait d’avoir aperçu les lumières de l’Espagne pousse la majorité d’entre eux à vouloir repartir. Obnubilés par l’exil, ils reprendront le chemin vers l’Europe, si l’occasion se présente.
GAUSTIN DIATTA (THIES)