La lutte contre le terrorisme se fait désormais depuis le Sénégal
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Pour mieux lutter contre le terrorisme et la criminalité sahélienne, la France a inauguré hier son escale aéronautique à l’AIBD. Elle va permettre d’assurer le transit du personnel et du fret dans toute l’Afrique de l’Ouest, partout où les armées françaises sont engagées.
Conscient de sa stabilité intérieure et de son appareil de sécurité efficace, qui en font un partenaire particulièrement fiable et donc précieux dans la sous-région, la France a choisi le Sénégal pour abriter son escale aéronautique Commandant Henry Lemaitre des Eléments français du Sénégal (EFS). Nichée à l’aéroport international Blaise Diagne (AIBD) et opérationnelle depuis le 28 septembre dernier, elle a été inaugurée, hier, après deux ans de construction. Le commandant des Eléments français au Sénégal explique qu’elle se nourrit de liens avec le reste de l’AIBD, dans le domaine de la sécurité et des services aéroportuaires. Le général de brigade Michel Delpit ajoute que l’escale permet d’assurer le transit du personnel et du fret dans toute l’Afrique de l’Ouest, partout où les armées françaises sont engagées aux côtés de leurs partenaires africains.
Elle permet, ainsi, d’assurer le transit de 250 personnes environ et une dizaine de tonnes par jour. ‘’Nous sommes en mesure de monter en puissance, si cela s’avère nécessaire. Dans le cadre de la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme violent, nous contribuons également au soutien de l’opération Barkhane qui agit dans la bande sahélo-sahélienne et de bien d’autres partenaires africains. Cela aussi fait partie de la mission de cette escale. Nous sommes en permanence et en coopération avec l’armée sénégalaise et en particulier l’armée de l’air. C’est la seule raison d’être de notre présence au Sénégal. C’est le constat aussi avec les autres armées de la CEDEAO et de la Mauritanie. On se nourrit constamment avec ce partenariat, cette relation réciproque en particulier, dans le cadre de la sécurité de la sous-région, puisque c’est la vocation des forces armées’’, déclare le général Delpit.
‘’Le Sénégal est une base idéale pour rayonner sur l’ensemble de la sous-région’’
Le chef d’État-major de l’armée de l’air et de l’espace de la France a, lui, insisté sur le rôle déterminant que joue le Sénégal dans les opérations de maintien de la paix des Nations Unies et de la CEDEAO. Et les liens forts qui unissent les deux nations et qui placent le Sénégal au cœur de la politique de défense française.
Le général d’armée aérienne, Philipe Lavigne, de poursuivre : ‘’Ces EFS sont le cœur de cette coopération opérationnelle. Votre mission principale est de promouvoir la mise en place d’une structure de paix et de sécurité en Afrique de l’Ouest, fondée sur la mise en relation plus étroite des armées nationales. Le Sénégal est une base idéale pour rayonner sur l’ensemble de la sous-région. C’est la raison pour laquelle le pays a été choisi pour accueillir, à partir de l’an prochain, le projet de Partenariat pour les actions dans l’Ouest africain (PAOA) qui devra coordonner l’ensemble des formations effectuées par nos partenaires au profit des États de l’Afrique de l’Ouest’’.
Ainsi, le général d’armée aérienne souligne que l’action française au Sahel est une priorité placée au plus haut niveau de l’État français. Cette priorité se traduit, au niveau militaire, par l’opération Barkhane dont l’objectif principal est de contribuer, aux côtés des pays de la région, à lutter contre les groupes terroristes qui sévissent dans cette zone. Ce qui fait que leurs armées sont donc mobilisées dans ce combat et ont obtenu, depuis 6 ans, des victoires qui ont fait reculer l’ennemi, tout en menant de nombreuses actions de développement au profit des populations locales.
‘’Je tiens à rappeler toute l’importance des moyens aériens dans les opérations au Sahel. En effet, l’étendue de la zone d’opération et la nature discrète des groupes armés terroristes rendent l’action aérienne indispensable, afin de saisir les opportunités, de les débusquer, puis de les frapper avec célérité et proportion. L’armée aérienne est également indispensable à une logistique agile, adaptée aux bascules rapides d’efforts, comme au rapatriement sanitaire des combattants blessés’’, explique le général Lavigne.
Le chef militaire est convaincu du rôle déterminant joué par la puissance aérienne dans cette zone aux fortes élongations.
Il se dit, ainsi, particulièrement attentif au renforcement des partenariats sur les volets de la formation, du renseignement et de la coordination des moyens aériens. ‘’C’est pour cela que je mène une politique particulièrement volontariste pour développer, avec pragmatisme, de nouvelles actions de formation dans le cadre des coopérations bilatérales entre armées de l’air, y compris avec l’armée de l’air sénégalaise qui joue un rôle déterminant dans la stabilité et la sécurité régionale’’.
Qui était le commandant Henri Lemaitre ? L’escale aéronautique qui vient d’être inaugurée porte le nom du Commandant Henri Lemaitre (1894-1935). Il est une figure glorieuse de l’aviation de bombardement de la Première Guerre mondiale. Titulaire de deux victoires aériennes, ce pionnier a, en effet, marqué de son empreinte le lien franco-sénégalais, en ouvrant la ligne aéropostale Paris - Dakar en février 1925. Pilote d’essai, il s’est également illustré en battant le record du monde de distance en 1925, en ralliant Dakar depuis Paris, en seulement deux étapes. A la fin de la Première Guerre mondiale, il a le grade de capitaine et totalise 134 missions de bombardement dont 87 la nuit. Il est détenteur de la Légion d’honneur de la médaille militaire et de la Croix de guerre 14-18 avec neuf citations. Fait rare pour un bombardier, il est crédité de deux victoires aériennes. Eléments français du Sénégal Les Eléments français du Sénégal (EFS) sont au nombre de 350 militaires et civils du ministère des Armées, sur l’ensemble des familles qui habitent sur sept emprises réparties sur Dakar dont l’ancienne base aérienne 160 de Dakar, aujourd’hui nommée quartier Colonel Geille. Ils ont été créés en août 2011, à la dissolution des Forces françaises du Cap-Vert. Leur action s’inscrit dans le cadre du traité du 18 avril 2012 de partenariat en matière de coopération militaire entre le Sénégal et la France. Pôle de coopération régionale pour l’Afrique de l’Ouest, les EFS réalisent des missions de formation au profit des armées locales, à la demande de pays partenaires. |
CHEIKH THIAM