Un malade sur 4 non identifié

À l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre la tuberculose célébrée ce 24 mars à Kaolack, le gouvernement annonce un renforcement budgétaire et technologique pour tenir son engagement d’éradiquer l’épidémie d’ici 2030.
Le constat est sans appel. Selon un communiqué du ministère de la Santé et de l'hygiène publique, la tuberculose reste un défi de santé publique majeur au Sénégal. Si le pays affiche des indicateurs de performance solides, l’ombre des cas non détectés plane sur la stratégie nationale d’élimination. En 2025, le système de santé a fait face à une réalité préoccupante : sur les 20 983 cas attendus à l'échelle nationale, seuls 16 158 ont été effectivement diagnostiqués. Ce sont ainsi 4 825 malades qui, ignorant leur statut, continuent de souffrir sans soins et constituent, malgré eux, les principaux vecteurs de transmission au sein de leurs communautés.
En effet, près d’un cas de tuberculose sur quatre échappe encore au système de santé. Cette année, c’est la région de Kaolack qui a été choisie pour porter le message de sensibilisation nationale. La zone illustre parfaitement la complexité de la situation : en 2025, elle a notifié 809 cas sur les 1 049 attendus, déplorant par ailleurs 28 décès. Toutefois, Kaolack ne se contente pas d'être une zone à forte charge ; elle s'impose désormais comme un laboratoire d'innovations, testant de nouvelles méthodes de dépistage et de suivi qui pourraient être généralisées à tout le pays.
Le défi est d'autant plus pressant que la maladie continue de tuer. L'année dernière, près de 480 décès ont été enregistrés sur le territoire national, des morts que les autorités jugent « encore évitables ». Face à ces lacunes, le Gouvernement a décidé de passer à la vitesse supérieure. Le thème retenu cette année, « oui ! nous pouvons mettre fin à la tuberculose », se décline en trois piliers : l'engagement communautaire, l'investissement financier et l'action de terrain. Pour soutenir cette ambition, une rallonge budgétaire de “500 millions de FCFA a été allouée à la lutte contre la pathologie”. Ce financement doit permettre de déployer le nouveau Plan stratégique intégré 2026-2030, lequel mise sur la modernisation des outils : “radiographie mobile pour atteindre les zones reculées, généralisation du diagnostic rapide et digitalisation du suivi des patients”.
La stratégie repose également sur un cri du cœur des autorités sanitaires : la traque du moindre symptôme. Comme le souligne le communiqué du ministère de la Santé et de l'Hygiène publique : « Chaque cas non détecté est un risque pour toute une communauté. Notre priorité est claire : trouver tous les malades, les traiter et casser la chaîne de transmission. »
Le Sénégal peut néanmoins s'appuyer sur des acquis réels. Le taux de succès thérapeutique atteint aujourd'hui 90%, et la prise en charge de la co-infection tuberculose-VIH est quasi systématique, avec 98% de dépistage du VIH chez les patients tuberculeux. Le combat ne pourra toutefois être gagné sans l'implication directe des populations. Le Ministère rappelle que le dépistage et le traitement sont entièrement gratuits au Sénégal. Le message est simple : en cas de toux persistante, il faut consulter. L'objectif final reste inchangé et hautement symbolique : éliminer totalement la tuberculose du paysage sanitaire sénégalais d'ici 2030.
Mamadou Diop







