Publié le 19 Mar 2026 - 10:49
SAINT-LOUIS : PRÉPARATIFS DE LA KORITÉ  

Le marché à l’épreuve de la rude conjoncture

 

À 48 heures de la fête de Korité, qui marque la fin du mois de Ramadan, l’effervescence est palpable dans les marchés de Saint-Louis. Entre préparatifs culinaires et achats de dernière minute, les ménages s’activent pour célébrer dignement cette fête religieuse majeure. Cependant, derrière l’animation et les allées bondées, la situation du marché révèle des tensions sur les prix et des disparités dans l’approvisionnement de certains produits de grande consommation.

 

Au marché Sor et à celui de Ndar Toute, les étals et les cantines sont bien approvisionnés en denrées alimentaires. La pomme de terre et l’oignon, indispensables dans la préparation des plats festifs, figurent parmi les denrées les plus recherchées. Si leur disponibilité est globalement assurée, les prix connaissent une légère hausse. Le kilogramme de pomme de terre se négocie entre 500 et 600 FCFA, suivant la qualité, tandis que celui de l’oignon peut atteindre 450, voire 500 FCFA, selon les vendeurs. « Les clients se plaignent, mais depuis deux semaines, nous aussi, nous achetons plus cher chez les fournisseurs », confie le commerçant, Mame Mor Fall.

Les pâtes alimentaires, autre produit prisé durant cette période, restent relativement accessibles, bien que certaines marques importées soient devenues plus coûteuses. D’ailleurs, les consommateurs privilégient les alternatives locales ou les formats économiques. Trouvée à l’entrée de la place Me Abdoulaye Wade, attendant désespérément un taxi, la dame Madjiguene Boye dénonce la hausse de certains prix de denrées. « On fait avec ce qu’on a. L’essentiel est de pouvoir préparer un bon repas pour la famille. Rien ne justifie la hausse des prix de certaines denrées alimentaires nécessaires à la fête », explique Mme Boye.

Du côté des produits céréaliers, le mil conserve une place de choix dans les habitudes alimentaires de la Korité. Utilisé pour la préparation de plats traditionnels, il est disponible en quantité suffisante, mais son prix a lui aussi légèrement augmenté. Cette tendance s’explique en partie par la forte demande liée à la fête, mais aussi par des contraintes logistiques en amont. La pâte d’arachide, ingrédient incontournable de nombreux plats sénégalais, est également très sollicitée. Les vendeuses, installées à même le sol ou sous des abris de fortune, écoulent rapidement leurs stocks.

La hausse de certains prix de denrées dénoncée

« Cette semaine, on vend presque le double de ce qu’on vend habituellement. Le kilogramme de la pâte se vend à 1 750 FCFA », affirme l’une d’elles, tout en reconnaissant que le prix du kilogramme a aussi grimpé depuis quelques jours. Le pain de singe connaît également un regain d’intérêt. Utilisé pour la préparation de jus rafraîchissants, il est très recherché en cette période de fête. Les vendeurs notent une hausse significative des ventes, même si les prix restent relativement stables.

Au marché de volaille de Tendjiguéne de Sor, la demande est particulièrement élevée. Poulets de chair et poulets du pays sont très prisés pour les repas de fête. Toutefois, les prix varient considérablement en fonction de la taille et du poids. Un poulet peut coûter entre 3 500 et 7 000 FCFA, voire plus, suivant les spécimens. Malgré ces tarifs, les clients continuent d’affluer dans le coin.

Contrairement aux denrées alimentaires, ce n’est pas le grand rush dans le secteur de l’habillement et des articles d’enfants. Les boutiques de prêt-à-porter, les tailleurs et les vendeurs ambulants ne sont pas pris d’assaut. Malgré la transformation des rues commerçantes de Saint-Louis en véritables vitrines à ciel ouvert, où se mêlent tissus colorés, vêtements modernes et accessoires, les commerçants comptent les clients devant leurs étals ou comptoirs. « Les clients veulent être bien habillés pour la fête, c’est une tradition. Malheureusement, les poches sont vides, les pères de famille sont plus occupés par la bouffe quotidienne qu’à autre chose », souligne la vendeuse, Sokhna Madeleine Mboup.

Cependant, là aussi, les prix peuvent constituer un frein pour certains ménages. Entre inflation et pouvoir d’achat limité, de nombreux Saint-Louisiens ont fait des choix. Certains optent pour des habits moins coûteux, d’autres privilégient la couture sur mesure avec des tissus achetés au marché.

Malgré ces contraintes, l’ambiance reste festive et solidaire. Entre tradition, foi et réalités économiques, le marché de Saint-Louis offre ainsi un reflet fidèle des enjeux auxquels sont confrontées les populations à l’approche de cette célébration tant attendue.

IBRAHIMA BOCAR SENE
SAINT-LOUIS

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