Publié le 6 May 2021 - 00:09
SANTY SENE AGNE (FEDERATION NATIONALE PARALYMPIQUE HANDISPORT)

‘’Nous avons des difficultés et nous essayons de les surmonter’’

 

Le handisport reste encore un sport méconnu ou, du moins, peu célèbre au Sénégal. Toutefois, plusieurs disciplines sont pratiquées par les personnes vivant avec un handicap au Sénégal. Dans cet entretien exclusif accordé à ‘’EnQuête’’, le prédisent de la Fédération nationale paralympique handisport, par ailleurs Député-Maire de la commune de Sicap-Liberté, a listé les défis qui attendent sa fédération et a lancé un appel aux autorités pour un accompagnement de ces athlètes.

 

Quel est l’état actuel du sport paralympique au Sénégal ?

Le sport paralympique au Sénégal ne se porte pas mieux, ni pire que les autres sports. Tout le monde connait le handisport, mais il a des difficultés et cela fait longtemps que nous sommes sur les terrains de basket-ball, sur les pistes d'athlétisme… Donc, les Sénégalais ont appris à nous connaître. Cela fait maintenant quelques années que nous sommes au niveau international. Nos athlètes vont à des compétitions au niveau africain et même mondial.

Cet engouement a fait que beaucoup de clubs sont nés. Mais cela demande des moyens et des exigences de plus en plus importants. Malheureusement, le handisport a cette caractéristique, qu'il partage avec d'autres sports d'ailleurs, de ne pas avoir de recettes au guichet et de ne pas avoir non plus de subventions conséquentes. Cela veut dire que tous les jours, c'est une bataille pour arriver à trouver de quoi assurer le quotidien de handisport. Il faut jouer les championnats, des tournois, mais aussi faire du social. Ce matin, j'ai reçu un athlète qui est venu me présenter une facture d'une prothèse. Ce n'est pas prévu dans la nomenclature sportive, mais nous sommes obligés de l'aider. De la même manière, nos athlètes sont allés à Marrakech ; il y en a un qui a eu une rupture des ligaments que nous avons pris en charge. Nous sommes obligés de le faire.

L'un dans l’autre, nous avons des difficultés et nous essayons de les surmonter, juste parce que si vous vous arrêtez aux difficultés, vous n'avancerez pas. C'est la raison pour laquelle, des clubs comme Mbour Handi Basket-ball sont fatigués, mais continuent toujours leur travail, car c'est au bout de l'effort qu'il y a la réussite et ils le savent bien. Mbour de cette année, ce n’est pas Mbour d’il y a trois ans. Les gens essayent progressivement de surmonter les difficultés.

Par quelle stratégie arrivez-vous à surmonter ces difficultés ?

La stratégique de la démonstration par la pratique d'abord. Si vous ne faites rien, rien ne vous trouvera. Donc, les gens vont sur le terrain, ils s'entrainent, ils participent au championnat. Nous leur donnons peu, ils dépensent beaucoup, mais ils tiennent à participer. Et au fur et à mesure, les gens se rendent compte que vraiment, nous devrons aider ces messieurs et dames. Moi, personnellement, quand j'ai été pris comme président du handisport, j'aime à le raconter, parce que le jour de la passation de service, je n’ai reçu ni maillot, ni ballon, ni fauteuil. Et je me suis retrouvé ave zéro franc dans les caisses. Je suis élu le dimanche, le mardi, les Mauritaniens sont venus nous inviter en disant : ‘’On vous attend, mais vous payez votre transport.’’ Et il n'y avait pas un franc. Nous n'avions même pas d'équipe. J'ai dit que nous n'allions pas partir parce que nous n'avions pas d'équipe. Mais les gosses étaient enthousiastes et me disaient : ‘’Il faut que tu fasses tout pour que nous y allions.’’

Bref, nous sommes allés avec les moyens du bord. C'est ce jour-là que le maire de la ville de Dakar nous a connus et nous a aidés. C’est la raison pour laquelle, depuis lors, nous osons organiser notre championnat. Vous savez, nous sommes le seul pays en Afrique et au sud du Sahara à organiser chaque année un championnat de basket-ball, et très difficilement. Chaque année, on réussit parce que nous y allons avec de l’enthousiasme à chaque fois. Les joueurs font des sacrifices, les dirigeants font des sacrifices, les responsables de haut niveau font des sacrifices. Il n'y a pas de secret ; nous travaillons, car nous aimons ça. En plus, les personnes handicapées, de manière générale, sont des hommes, des femmes de défi ; ils aiment relever les défis.

Parlons maintenant du championnat de para-basket qui le plus célèbre de vos compétitions. Quel sentiment nourrissez-vous envers cette discipline ?

D’abord, un sentiment de fierté que chaque année nous jouons le championnat.  Et ce n’est pas évident. Chaque année, des clubs râlent, se plaignent de tout maux, mais ils reviennent le lendemain, parce qu'ils aiment ça. Ensuite, parce que nous nous rendons compte des progrès réalisés. Savez-vous qu'il y a au moins deux équipes de basket-ball en Europe où évoluent des Sénégalais qui viennent tous du championnat de Dakar ? Vous pouvez constituer aujourd'hui deux équipes nationales et tous ont appris à jouer du basket-ball ici. Ils sont partis d'ici, alors qu'ils étaient déjà des basketteurs et qui jouent dans les plus grands clubs européens. C'est ça l'expertise sénégalaise. C'est les techniciens des clubs. C’est ça qui fait qu'aujourd'hui, nous pouvons être fiers. Vous savez, au début, c'était des scores de 7 à 2, 4 à 3. Maintenant, ils te placent 60 points. Croyez-moi, cela veut dire que le niveau a beaucoup évolué. Maintenant, il faut que nous continuions le travail. 

C’est la même chose pour le para-athlétisme et vous avez un exemple, Mamadou Bâ (athlète mbourois qualifié aux Jeux paralympiques de Tokyo, NDLR) est là. Il y a deux ans, personne ne le connaissait. Nous avons fait des détections et il en est sorti. Aujourd'hui, il a réussi les minimas B pour aller aux Jeux paralympiques.  Les minimas B, quand vous les avez, vous n’êtes pas loin des minimas A, mais il peut arriver que sans minimas A, qu'on aille aux Jeux avec les minimas B. On ne se contente pas seulement des minimas B, on veut l'envoyer au Maroc pour décrocher les minimas A, et il peut le faire.

Donc, c'est le travail des athlètes, de l'engagement des dirigeants et des techniciens.

Cela suppose des détections au niveau des régions. Est-ce la raison de l’organisation des journées du 28 et 29 mai prochains à Mbour ?

En vérité, c'est plus de la compétition que de la détection. Parce que nous avons organisé de la détection il y a un ou deux ans. Maintenant, ce que nous voulons, c'est sortir les talents. C’est pour cela que nous organisons des championnats para-athlétismes qui vont avoir lieu à Mbour où on ne va pas amener le tout-venant. Parce que quand on faisait de la détection, chaque ville pouvait amener 50 athlètes. Maintenant, c’est 11 athlètes. C'est-à-dire les meilleurs qui vont s'affronter pour qu'on détecte la bonne graine, la meilleure graine pour les années à venir.

Donc, ça sera des championnats et ce n’est pas n'importe quel athlète qui vient. C’est les gens qui sont déjà détectés et qui ont déjà fait la preuve de leurs capacités.

Concernant les Jeux paralympiques, nous avons déjà un Mbourois qui est presque à Tokyo. Que pouvez-vous dire de ses performances ?

J'ai lu le rapport des techniciens et j'ai été très impressionné. Vous savez, seul le travail paye ! Le travail ne ment pas. Il y a des gens qui sont là depuis très longtemps et qui n'arrivent pas à approcher un palier. Mais à force de travailler, il n'y a pas de limites. Lui, il a montré qu'il a déjà des aptitudes. Maintenant, là où on l'attend, c'est la confirmation aux prochains Jeux. Comme je vous dis, quand on peut être minimas B, c’est que vous avez les aptitudes. Cette année, nous avons déjà deux qualifiés : l'un en para-taekwondo (Sèye) et l'autre en para-athlétisme et lancé de javelot (Youssouf). Nous avons trois minimas B. C’est une première ! On n'a jamais vu ça. On a eu une fois un qualifié, c'est Youssouf, et les autres étaient invités. Maintenant, nous espérons que tous ceux qui ont les minimas B vont les transformer. Vous voyez qu’il vient de Mbour pour s'entraîner à Dakar. Il faut le faire, mais il ne le regrettera pas. J'ai le plaisir de vous annoncer qu’il aura un appui à la fin de ce mois et il pourra venir à Dakar tranquillement, acheter des tenues et bien manger. Parce qu'il y a la diététique et c'est le fruit de son travail.

Que vous inspire le club de Handisport de Mbour ?

Vous savez, il n'y a pas de hasard, ils sont des leaders. Le leadership est très important. Ce n’est pas pour rien qu'ils ont deux membres dans le bureau national. Il y a des régions qui ne l'ont pas. Cela veut dire qu'il y a un travail fait par l’administration. Moi, quand j'ai pris handisport, les athlètes étaient à la fois athlètes, entraîneurs, présidents ; ils étaient tout. Dans les réunions de bureau, les athlètes venaient et faisaient n'importe quoi. Quand je me suis approprié les choses et qu’elles soient claires dans ma tête, j'ai dit : attendez les gars ! Que les administratifs administrent, que les techniciens entrainent et les athlètes, qu’ils s'entraînent. Il n’y a plus de confusion des genres. Petit à petit, les gens ont compris que c’est la voie et ils commençaient à le faire. Mbour a la chance d'avoir des leaders et des athlètes qui en veulent et si vous avez ce mélange là…

Mais Mbour, aujourd'hui, quand on évoque le championnat de basket-ball, on sait que Mbour, bon an mal an, fera partie du carré d’as. Et quand on est au carré d'as, avec un peu de chance, on peut aller en finale où tout est possible. Mbour fait partie des équipes qu'on cite pour dire attention !, faites très attention à Mbour.

IDRISSA AMINATA NIANG (MBOUR)

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