Les résultats décapants d’une étude nationale
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L’enregistrement systématique et à temps des naissances, mariages et décès à l’état civil, constitue toujours une préoccupation majeure au Sénégal. Certaines croyances, l’ignorance, le manque de moyens… constituent les facteurs bloquants.
Les députés de la treizième législature de l’Assemblée nationale comptent apporter leur contribution spécifique par la mise en œuvre du plan d’action de plaidoyer 2021-2022, pour tenir engagements du Sénégal à la conférence internationale sur la population et le développement plus 25 (CIPD+25) qui a eu lieu, en novembre 2019 à Nairobi. Dans ce sens, les résultats d’une étude sur le faible taux d’enregistrement des faits d’état civil ont été présentés, hier à Dakar. Dans cette étude, trois approches ont été utilisées.
Il ressort de l’étude qualitative 2021 que les facteurs entravant la déclaration des naissances sont : l’ignorance, la négligence ou le manque de moyens, le refus de paternité surtout avec les grossesses non désirées des jeunes filles, le confiage des enfants, la confusion pour certaines femmes entre certificat d’accouchement délivré par la sage-femme et l’acte de naissance, les difficultés à obtenir un certificat d’accouchement exigé par la déclaration de naissance pour les cas d’accouchement à domicile relativement fréquents en milieu rural.
Dans les facteurs entravant la déclaration des mariages, il y a la perception selon laquelle le certificat de mariage n’est utile que pour les salariés des secteurs public et privé. Il y a aussi la perception, pour certains hommes, du certificat de mariage comme une puissante arme pour les femmes, car se disant que ces dernières peuvent l’utiliser, en cas de divorce, pour obtenir des avantages financiers, telle que la pension alimentaire que le mari doit verser. Concernant la polygamie, certains hommes ne veulent pas déclarer le mariage à la mairie, pour éviter d’avoir à choisir l’option de la monogamie. Il y a, en outre, la primauté donnée au mariage religieux à la mosquée et les tracasseries administratives.
Les facteurs entravant la déclaration des décès concernent les superstitions, croyances et autres facteurs socio-culturels disant ‘’que l’on ne compte pas les décès chez les Soninkés. Si tu déclares un décès, tu vas avoir un autre, mieux vaut ne pas déclarer un décès. Si on compte un mort, on va continuer à avoir des morts, c’est culturel’’.
La confusion entre certificat de décès et certificat d’inhumation, l’analphabétisme et la négligence sont autant d’autres facteurs bloquants. Au cours de l’enquête, plusieurs régions ont été visitées. Au Nord, les régions de Louga, Saint-Louis et Matam ont été ciblées ; dans la zone Sud-Est, ce sont celles de Tambacounda, Kolda et Ziguinchor qui ont été choisies. Dans la zone Ouest et Centre, les régions de Dakar, Diourbel et Kaffrine ont été visitées.
Il ressort de l’étude, qu’en dépit de l’engagement politique, l’enregistrement systématique et à temps des naissances, mariages et décès à l’état civil, constitue toujours une préoccupation majeure au Sénégal, au regard des données issues du dernier Recensement général de la population, de l’habitat, de l’agricole et de l’élevage (RGPHAE) de 2013.
‘’ Le taux d’enregistrement des naissances est à 78,7 % en 2019’’
L’approche quantitative a permis d’utiliser les données du dernier RGPHAE de 2013. Ce qui fait dire au consultant et expert pour le développement, Cheikh Moussa Camara, qui a fait la présentation du rapport, que des tendances sorties des résultats de l’étude quantitative présentent ceci : ‘’Le risque de non enregistrement des naissances est plus fort dans la région de Kaffrine. Les femmes dont les mariages ne sont pas enregistrés résident dans les régions de Kaffrine, Sédhiou, Kolda, Louga Tambacounda et Kédougou. Pour les non enregistrements des décès, les régions de Kaffrine, Kaolack, Louga Kaolack et Kédougou sont concernées’’. Il renseigne : ‘’16,6% de la population totale ne possèdent aucun acte d’état civil. 72,7% des mariages n’ont pas été enregistrés à l’état civil (ANSD 2013), c’est à dire près de 2 millions de la population. 70% des décès ne sont pas enregistrés’’.
Cependant, selon le représentant de l’Unicef, Massamba Diouf, un bond en avant a été noté sur le taux d’enregistrement des naissances qui est à 78,7 % en 2019, dont 72% disposent d’un acte d’état civil. Le défi premier, dit-il, est de susciter la demande. Il appelle l’Etat à prendre en main l’état civil.
La troisième approche analytique, à travers l’utilisation d’une grille, a permis d’identifier pour chaque fait d’état civil, les causes immédiates, sous-jacentes et les causes profondes. Pour les causes profondes du non-enregistrement des naissances, il y a la perception favorisant l’idée selon laquelle seul le père peut déclarer l’enfant, l’inaccessibilité financière pour certaines catégories de population. Sur ce, le représentant de l’Unicef Massamba Diouf souhaite que l’application de la gratuité de la déclaration des naissances ne soit pas temporelle, sachant que la loi dit qu’elle est gratuite, si le délai est respecté.
Aida Diène