La famille récuse la thèse du suicide et exige toute la vérité
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La famille d’Abdoulaye Faye, le chauffeur de Baye Modou Fall alias ‘’Boy Djinné’’, et le leader du mouvement Frapp, Guy Marius Sagna, contestent la version initiale de l’enquête qui a conclu au suicide du jeune marchand ambulant, dans les toilettes des locaux du commissariat central de Dakar, dans la nuit du 7 au 8 juin. Hier, à l’occasion d’une rencontre avec la presse, ils ont réclamé une autopsie impartiale et transparente, pour faire toute la lumière sur les circonstances du décès du marchand ambulant.
La version initiale de la police concluant au suicide d’Abdoulaye Faye, un des complices de Modou Fall alias ‘’Boy Djinné’’, dans les locaux du commissariat central de Dakar, dans la nuit du 7 au 8 juin 2021, ne convainc pas les proches du défunt et Guy Marius Sagna, leader du mouvement Frapp/France dégage.
Hier, à l’occasion d’une conférence de presse qui s’est tenue dans les locaux du mouvement citoyen, le père du prévenu, Pape Ali Faye, a fait part de son scepticisme quant aux conclusions de l’enquête préliminaire. ‘’Nous récusons ces conclusions qui parlent de suicide de notre fils. Abdoulaye Faye était un garçon sans histoire et il n’avait jamais fait de prison avant cette tragédie. Il n’était pas du genre à se suicider. Nous espérons que l’autopsie prévue par l’Etat va élucider ce drame’’, s’est-il exclamé avec amertume.
Il estime que des multiples zones d’ombre persistent dans ce dossier, dans la mesure où la famille n’a pas été informée du décès d’Abdoulaye Faye. ‘’Nous sommes meurtris et complètements abasourdis par quelques incohérences dans cette affaire. Son petit frère (Fallou Faye) qui lui a apporté son petit-déjeuner très tôt dans la journée du drame (mercredi 9 juin), n’avait pas pu le rencontrer. Il a quitté les lieux, quelques instants plus tard, avant d’apprendre, via les réseaux sociaux, que son grand frère (NDLR : Abdoulaye Faye) est mort en détention. Son oncle et homonyme, qui a vu la dépouille, a constaté quelques blessures à la tête. Nous réclamons justice pour Abdoulaye Faye’’, a-t-il affirmé.
Devant un parterre de journalistes, le leader du mouvement Frapp, Guy Marius Sagna, quant à lui, a pointé du doigt la responsabilité de l’Etat dans cette tragédie qui a ôté la vie au jeune marchand ambulant. ‘’On nous a dit que le défunt s’est suicidé avec un filet de toilette. Même si c’est vrai, la responsabilité de l’Etat est engagée, dans la mesure où comment ce filet de toilette s’est retrouvé dans les locaux de la police ? Car l’Etat a aussi un devoir de protéger les citoyens, même contre eux-mêmes’’, martèle-t-il.
Une contre-expertise de l’autopsie, en cas de volonté d’étouffer la vérité
D’après l’activiste, cet incident doit servir de signal d’alerte pour tous les citoyens sénégalais qui ne sont pas à l’abri d’abus et de violences policières. ‘’Nous sommes près de la famille d’Abdoulaye Faye qui a droit à la vérité. Mais malheureusement, nous sommes en face d’un Etat qui a l’habitude de maquiller les morts en détention préventive dans les locaux de la police en suicide. Les cas de Pape Sarr, retrouvé mort dans les locaux du commissariat de Thiaroye, et d’Elimane Touré, retrouvé mort au commissariat du port, sont un douloureux précèdent et demeurent encore impunis’’, clame-t-il avec force. Avant d’ajouter : ‘’Aucun citoyen n’est désormais à l’abri des mensonges d’Etat qui protègent les mauvais éléments des forces de sécurité et de défense qui détériorent l’image de ces honorables institutions.’’
Quant aux informations attestant de tentatives de suicide du prévenu lors des auditions à la Section de recherches de Colobane, les proches d’Abdoulaye Faye bottent en touche. ‘’Nous avons entendu des gens dire qu’il a déjà essayé de se donner la mort, en se cognant la tête contre le mur de sa cellule. Nous ne croyons pas à ces informations. Nous ne savions pas qu’’Abdoulaye Faye fréquentait Modou Fall alias ‘Boy Djinné’. Je sais juste qu’ils sont originaires de Diourbel’’, a déclaré Mor Ngom, oncle du défunt.
‘’Nous espérons que cette autopsie va se dérouler en toute transparence et en toute impartialité. Si ça s’avère être le cas et qu’elle conclut à un suicide, nous accepterons ces conclusions. Cependant, en cas d’incohérences et de zones d’ombre, on se donne le droit de demander une contre-expertise pour que la vérité soit faite dans ce dossier’’, avertit-il.
Mahfouz NGOM