Publié le 7 Mar 2022 - 21:28
CULTURE DU RIZ EN CASAMANCE

Le pari de la souveraineté semencière

 
Outre son aspect très nutritif, le riz traditionnel de Casamance occupe une place de choix dans les événements qui rythment la vie quotidienne. Une trentaine de variétés de ce riz aux vertus parfois médicinales vient d’être caractérisée, en vue de leur vulgarisation, dans le cadre de la promotion de la souveraineté alimentaire en Casamance.
 
 
Une mission de l’association Fahamu Africa, conduite par son chargé de programme Mamadou Danfakha, vient de séjourner en Casamance. Cette tournée d’une semaine, qui a pris fin ce dimanche, entre dans le cadre du suivi-évaluation du Projet de valorisation de semences traditionnelles de riz en Casamance, initié par l’association, en partenariat avec le Mouvement panafricain des femmes rurales ‘’Nous sommes la solution’’ et l’Association des jeunes agriculteurs de Casamance (Ajac/Lukaal).
 
D’une durée de deux ans, ce projet vise la valorisation et la vulgarisation des variétés traditionnelles de riz en Casamance. ‘’Avant de parler de souveraineté alimentaire, il faut d’abord assurer la souveraineté semencière. Nous travaillons sur le riz, parce qu’il est l’aliment de base, la principale spéculation de nos membres constitués pour l’essentiel des femmes rurales. C’est pourquoi notre objectif est de capitaliser, mais également de valoriser davantage les variétés traditionnelles de riz’’, a expliqué M. Danfakha.
 
Partout où elle s’est rendue, à Oussouye et à Niaguis notamment, la mission a recueilli de nombreux témoignages des producteurs visiblement heureux de la mise en œuvre de ce projet. ‘’Je cultive la variété Etoukhal. Ce riz, très économique qui se cultive dans les bas-fonds, peut être conservé pendant dix ans, sans qu’il ne perde sa valeur semencière. Il est utilisé lors des cérémonies royales dans la commune d’Enampore’’, renseigne Mme Tendeng de Badiate.
 
La variété Etémoro, au goût succulent et très économique, sert de repas pour les initiés dans le bois sacré. Il est aussi utilisé lors des funérailles et entre dans le traitement de la fièvre jaune ou de la varicelle. Il est cultivé dans des vallées et sur les plateaux’’, explique Aliou Djiba, le président de l’Ajac/Lukaal. Comme Etoukhal et Etémoro ou encore Boulégnarou, elles sont nombreuses les variétés de riz traditionnelle en Casamance dont la valeur nutritive ne souffre d’aucune contestation.
 
Selon les producteurs, ces variétés qui rythment la vie socio-culturelle des populations, entrent aussi dans le traitement de certaines pathologies. ‘’Nous avons pu, après un an d’exécution de ce projet qui intègre la pratique agroécologique, caractériser près de 30 variétés traditionnelles de riz en Casamance. Nous disposons d’un stock important de semences disponibles dans la Case de semences du centre Karoghen Wati Nani, à Niaguis. Un centre qui œuvre dans la fabrication de biofertilisants, la formation d’animateurs et de techniciens et la production de semences biologiques.
 
A la fin de la mission, le chargé de programme à Fahamu Africa, par ailleurs Coordonnateur du Mouvement panafricain des femmes rurales ‘’Nous sommes la solution’’, a tiré un bilan, à mi-parcours, ‘’satisfaisant du projet, aussi bien au niveau de la qualité de la production et des rendements obtenus grâce à l’utilisation des intrants biologiques’’. ‘’Nous disposons d’une réserve assez importante de variétés de riz traditionnelles qui seront redistribuées aux producteurs, dans le cadre de la promotion et de la vulgarisation de ces variétés qui disparaissent petit à petit’’, a indiqué Mamadou Danfakha.
 
Selon lui, la valorisation de ces semences contribuera à la diversification variétale par rapport aux différentes topo-séquences et au changement climatique, et permettra de disposer de variétés assez résilientes, en cas de baisse de la pluviométrie.
 
HUBERT SAGNA (ZIGUINCHOR)

 

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