Publié le 7 Jul 2023 - 15:21
RENONCEMENT DE MACKY SALL POUR UN TROISIÈME MANDAT

Le F24, à la recherche d’un nouveau cheval de bataille 

 

Le désistement de Macky Sall qui a décidé de ne plus se représenter pour un troisième mandat, semble avoir coupé l’herbe sous les pieds des membres de la Plateforme des forces vives de la nation (F24). Cette dernière, qui avait comme principal cheval de bataille la lutte contre le troisième mandat, se cherche d’autres combats afin de pérenniser sa présence au cœur du débat public.

 

La déflagration du renoncement de Macky Sall risque de faire des victimes inattendues au sein de la classe politique sénégalaise. Ainsi, la Plateforme des forces vives de la nation (F24), qui avait été portée sur les fonts baptismaux par une centaine de partis politiques d’opposition, d’organisations de la société civile, de syndicats et de personnalités indépendantes en avril dernier, pour combattre un troisième mandat de Macky Sall, risque de se désintégrer.

‘’Les forces qui sont réunies dans le F24 devraient permettre une très grande mobilisation des citoyens sénégalais pour faire admettre à Macky Sall qu'il ne peut pas et qu'il ne doit pas briguer une 3e mandature. Nous avons une force dissuasive supérieure à celle du 23 juin’’, avait déclaré Mamadou Mbodj, coordonnateur du F24. L’organisation qui avait réussi son rassemblement à la place de la Nation (17 mai) a décidé d’organiser un ‘’dialogue du peuple’’ le 1er juin dernier en parallèle du Dialogue national initié par Macky Sall.

Le choix du chef de l’État de ne pas briguer un troisième mandat risque de briser la dynamique de la plateforme qui a plusieurs fois appelé à des rassemblements (9 et 10 juin) interdits. Le F24 ambitionnait de faire converger les différentes formations politiques autour de cette thématique. La non-partance de Macky Sall pour la Présidentielle de 2024 fait perdre à l’organisation tout son substrat. Ce débat qui était le cœur de cible de la plateforme risque de se heurter au choc des ambitions des candidats de la Présidentielle de 2024.

De ce fait, les Dethie Fall, Babacar Diop, Malick Gackou (YAW), Aminata Touré et Boubacar Camara, à terme, risquent de se détourner au fil des prochaines semaines du combat. La fin du suspense concernant le troisième mandat de Macky Sall pourrait entraîner une débandade des partis politiques loin de se préoccuper des questions citoyennes. La défense des libertés publiques et le respect des droits humains chers aux organisations de la société civile risquent de ne pas constituer un élément central afin de perpétuer la lutte du F24.

Risque de débandade des partis politiques à l’approche de la Présidentielle

Selon l’analyste politique Ibrahima Bakhoum, ce risque est bien réel, avec comme point d’orgue un affaiblissement du mouvement à court terme. ‘’Beaucoup de partis politiques risquent de ne plus y trouver d’intérêt à se mobiliser. La question du troisième mandat qui était centrale pour eux a été réglée. La décision de Macky Sall de ne plus se représenter a valeur de redistribution des cartes au sein de la classe politique sénégalaise’’, a déclaré l’ancien directeur de publication de ‘’Sud Quotidien’’. 

Néanmoins, ajoute le journaliste, tant que l’affaire Sonko reste toujours en cours, le F24 pourra toujours garder une certaine capacité de mobilisation. Ses responsables, à l’occasion de leur conférence de presse hier, ont réaffirmé leur détermination à poursuivre le combat pour l’épanouissement de la démocratie sénégalaise.  ‘’Certes, la question du troisième mandat est importante dans le programme du F24, mais il y a d’autres revendications. Il faut que les Sénégalais continuent de se mobiliser pour des élections libres, transparentes et inclusives. Il y a le problème du parrainage qui est une nébuleuse qu’il faut dénouer. Il faut aussi mettre fin aux artifices juridico-politiques qui visent à écarter des candidats comme Ousmane Sonko’’, dit Aliou Sané, vice-coordonnateur du F24. 

Au regard des autres exigences de la plateforme (libération des détenus politiques, levée du blocus du domicile d’Ousmane Sonko, mise en place d'une commission d'enquête indépendante pour les événements de juin 2023 et l’organisation d'une élection présidentielle inclusive, transparente et apaisée en 2024) les membres du mouvement ne semblent pas destinés à baisser la garde face au régime de Macky Sall. 

Ainsi, le F24 a décidé de surseoir à son rassemblement du 14 juillet prochain, mais prévoit d’autres plans d’action dans les prochaines semaines, afin de continuer la lutte contre le pouvoir actuel. 

La crainte d’une récupération politique

Par ailleurs, selon plusieurs observateurs, le principal danger qui guette la plateforme est la récupération politique à l’instar du M23 (Mouvement du 23 juin) qui s’est finalement scindé en deux entités : Cos/M23 proche de la société civile et de l’opposition et le M23 originel proche du régime de Macky Sall. La volonté du F24 d’exiger l’application des propositions issues du ‘’dialogue du peuple’’ de la part de tous les candidats à la Présidentielle pourrait entraîner quelques remous au sein du mouvement. Le caractère de la Présidentielle (suffrage universel) qui est la rencontre d’un homme avec le peuple laisse peu de place à des corps intermédiaires qui voudraient encadrer cette légitimité accordée par le peuple.

Macky Sall, qui avait signé la charte des Assises nationales “avec des réserves”, n’avait pas hésité, au lendemain de son élection en 2012, à mettre en avant son programme ‘’Yoonu Yokkuté’’ et plus tard le Plan Sénégal émergent (PSE) au détriment du programme des Assises nationales. 

Amadou Fall

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